Amsterdam - Arles (V)

Une journée de liberté…

Il n’en avait aucune idée. C’était une situation inédite. Partir sur un coup de tête, ou plutôt un coup de volant à droite dans un tunnel au dernier moment, une impulsion, le contraire d’une réflexion mûrie, tout à l’opposé de ce qu’il était ou prétendait être. Mais il ne pouvait nier cette force qu’il l’avait poussé à l’action, et le résultat, il courrait sur les routes de Hollande, objectif : Amsterdam. Très bien. Il prit conscience de l’absurdité de la situation, des collègues qui avaient confiance en lui l’avaient attendu à neuf heures précises, il était la ponctualité incarnée, et il n’était pas arrivé ; pire, pas même un appel téléphonique ou un texto, un empêchement, cela arrive à tout le monde, prévenir, c’est la moindre des choses. La honte lui monta au visage. Qu’allaient-ils penser ? Ils ne penseraient pas, voila tout, ils avaient autre chose à faire. Il appellerait plus tard se dit-il. Pour dire quoi ? Un gros mensonge, une maladie, cela arrive à tout le monde, ce n’était pas bien grave, une journée de travail perdue, allons ! Juste une journée ? Il comptait faire l’aller-retour et rentrer tranquillement le soir même ? Il se dit qu’il appellerait Marie plus tard, voila, un rendez-vous important à Amsterdam… C’était absurde, il travaillait pour une autre banque, c’était plutôt dans l’autre direction, vers Paris, qu’il aurait put se rendre, qu’il s’était rendu parfois.
L’autre direction, celait voulait dire : vers le sud, demi-tour sur Bruxelles et puis Paris. Plus loin encore, le grand sud, le Midi. Le soleil lui faisait penser inévitablement aux pays du sud, ses pays à lui. Qu’irait-il faire à Amsterdam, retourner à l’hôtel Barbizon, au stade d’Ajax ? Le football, la grande affaire ! Il se rappelait ses anciens collègues hollandais tout d’orange vêtus l’été de la coupe du monde, il y était souvent pendant cette période intense ; depuis la fin Juin et la qualification des Pays-Bas en huitième de finale l’excitation avait monté comme une grosse vague et explosé lors de la victoire contre le Brésil en quart-finale, puis celle contre l’Uruguay avait bouleversé le pays tout entier. Il s’en rappelait très bien, un soir il devait rentrer sur Bruxelles avec Pavel, un collègue allemand amateur de rock gothique. Plus de trains à Bijlmer Arena, il fallait prendre un bus pour rejoindre Schiphol où il y avait un arrêt du Thalys, le centre-ville étant inaccessible. Mais le bus s’arrêta quelque part dans la banlieue, ils durent poursuivre en taxi. Sur les quais du Thalys c’était la cohue, les trains à grande vitesse étaient à l’arrêt eux aussi, on disait que le centre ville était engorgé de supporters en délire. On leur disait d’attendre le train suivant qui viendrait d’Amsterdam Central, à quelle heure ? Dans deux heures ! Avec cette foule, impossible ! Ils en discutèrent rapidement avec un petit groupe de consultants français qui rentraient sur Paris. Finalement ils prirent l’avion pour Bruxelles, c’était bien pratique, ils étaient déjà dans un aéroport. Il y avait encore quelques places sur le dernier vol de la journée à vingt et une heure. Un vol de vingt minutes, à peine le temps de boire une tasse de café. Cela avait été une journée excitante. Mais la coupe du monde avait été perdue finalement dans un match décevant contre l’Espagne : 0 à 1. Pendant ces journées un peu folles il était devenu hollandais, tout d’un coup ce pays et son peuple étaient magnifiques. Il avait eu presque envie de pleurer avec Martijn qui était tout penaud d’avoir préparé avec sa famille et les voisins de son quartier un barbecue géant pour faire la fête toute la nuit.
C’est vrai, il avait plein de bonnes raisons pour retrouver Amsterdam en cette journée de liberté improvisée. Sauf que la coupe du monde était loin derrière, sauf qu’il y avait aussi une place pour lui quelque part dans le sud. Mais où exactement ?

En fait du Midi de la France il avait peu d’expérience. C’était pendant le quatrième mois de grossesse de Marie qu’ils y avaient effectués un tour de quinze jours, et c’était avec peine s’il s’en rappelait encore quelques images touristiques ; des fragments se détachaient du brouillard du temps : le Palais des Papes d’Avignon, les Baux de Provence, les arènes de Nîmes, et peut-être Aigues-Mortes, il en était déjà moins sûr. Il avait récemment demandé à sa femme s’ils étaient passés par Arles, c’était sur la carte, mais tous les deux n’en savaient plus rien. Il se dit qu’ils n’y étaient pas allés. Non, le Midi n’était pas représentatif des vacances, mais il y avait eu Montpellier. C’était autre chose. A une certaine époque Montpellier était devenue une ville très importante pour lui, à cause du C.H.U. pôle neurosciences et d’Antigone…

Antigone district, Montpellier.

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