Amsterdam - Arles (VIII et Fin)

Arles…

Ce soir là il était bien en avance au Pêle-Mêle d’Ixelles. Le retour d’Amsterdam s’était déroulé sans incident. C’était un Mardi soir, atelier d’écriture. Il en profita pour fouiner un peu dans les rayons. Il avait quelque chose à y terminer qui s’était trouvé interrompu la veille à cause d’une maladresse.
La veille, il avait été invité au vernissage de l’exposition consacrée au dernier livre d’Aude, l’animatrice des ateliers. Après avoir salué il s’était perdu un verre de mousseux à la main dans les allées du bouquiniste, caché en particulier derrière les rayonnages dédiés aux livres de l’éditeur Actes Sud, et là, geste maladroit, son verre tomba sur le sol et se brisa. Un peu confus il s’excusa, ramassa les débris, puis s’éclipsa rapidement.
Mais voila que le souvenir du début de la journée lui revint d’un coup : l’annonce à la radio du décès d’Hubert Nyssen, l’éditeur d’Actes Sud, la célèbre maison établie en Arles, qui avait précédé sa fugue temporelle et sa décision, ou plutôt l’impulsion, de poursuivre une route improbable vers Amsterdam, et d’y revenir. Et c’est ainsi qu’il fut immédiatement attiré par la tranche d’un livre d’Actes Sud intitulé « L’Editeur et son Double » écrit par Hubert Nyssen. Il s’agissait du tome deux des carnets de l’écrivain couvrant la période 1988-1989 où il parlait de son métier d’éditeur, des découvertes d’auteurs étrangers qu’il avait faite et qui avaient contribué au grand succès de sa maison tels Nina Berberova ou Paul Auster. C. pris le livre, l’ouvris, et à la première page tomba sur une dédicace d’Hubert Nyssen, une signature sous le titre de l’ouvrage. Il eu un peu de mal à le croire et il lui fallu quelques minutes pour la déchiffrer :

L’EDITEUR ET SON DOUBLE,
ensemble, laissent à Laurence
le soin de juger leur parcours
et lui font un signe amical,

                           Hubert Nyssen
                           4 mai 2002

Trois fleurs séchées traînaient en marque pages dans le livre, le genre de traces émouvantes laissées par d’autres lecteurs et qui justifient le plaisir de fouiller chez les bouquinistes. Il s’agissait sans doute des traces laissées par le passage de Laurence dans le livre.
C. se demanda comment répondre au geste amical de l’éditeur et son double, par delà le mur du temps et de la mort. Il savait n’être jamais allé en Arles, qu’il ne s’y rendrait peut-être jamais, car une vie était courte et qu’il y avait tellement de choses à faire mais que ce jour-là c’était Arles qui était venue à lui par la voie des ondes et puis par la trace d’une écriture, il sut alors que la jonction était rétablie entre les moments éparpillés dans le temps, entre les lieux éclatés à la surface d’une vie, sa vie enfin. Tout était fini, tout pouvait commencer.
Le livre en mains, C. sourit  à cet ami invisible et s’accorda le temps d’une lecture, le temps d’un arrêt…

A l’arrêt…

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Cœur ouvert XI

Et si pas maintenant, quand ? Arendt et Heidegger, par Emmanuel Faye