Les renards

Texte sous double contrainte, entre un incipit et une closule donnés.

La colline blanche derrière la maison était pleine de renards. L’hiver était tombé tôt cette année-là, surprenant hommes et animaux d’une vive et brutale froidure.
Julien éprouva le désir de s’y promener, la progression lente vers le sommet, ses bottes enfoncées dans la fraîcheur de la neige, sa respiration, la vie en lui qui montait, la nature qui se reposait, mais il serait toujours possible songea-t-il à tirer le coup de fusil, les gouttes de sang maculant la blancheur, la fourrure chaude encore d’une petite vie qui s’en échappait, oui, c’était un bon moment pour sortir dans l’attente d’autre chose, dans l’espoir insensé d’autre chose.
Devant sa figure un léger voile d’air froid se formait frisant barbe et moustache ; le soleil déclinait à mesure de son ascension, le bruit de sa respiration seule dans le silence le précédait toujours plus haut.
Il contempla enfin son pays, les douces collines qui déroulaient leurs plissements vers la forêt sombre des sapins qu’une lumière rasante inondait encore d’un manteau pâle et troué d’ombres.
Où sont les renards se demanda Julien, l’oreille fine m’ont-ils entendus, où sont partis mes deux petits renards.
L’hiver est arrivé trop tôt, beaucoup trop tôt cette année songeait-il le regard perdu sur le pays qui s’enfonçait dans la nuit, les larmes elles-mêmes gèlent très vite, il n’y aura bientôt plus d’eau en moi pour pleurer.
Julien vit alors le visage de ses deux filles s’élever avec la dernière lumière.
Oui, l’hiver est arrivé beaucoup trop tôt pensait-il, et pourtant elles dansaient toutes les deux, le jeudi, dans le préau vide.

Rédigé en atelier d'écriture, 2è série.

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