L'Instant Borgès (VI)

Mahabalipuram, Tamil Nadu (Inde du Sud). Février 2010  jusqu’à  moins l’infini

Temps zéro. Singularité de la Création. Le « Big Bang » popularisé par la presse scientifique. Temps Zéro. Le nombre du rien, du vide, du néant. Temps néant. Néant. Limite absolue.
Temps zéro + 1x10-43 secondes.    L’inflation démarre, le début de l’expansion de la singularité en une bulle, l’univers. 10-43 secondes ? Seule la notation scientifique des nombres, la base et l’exposant peuvent rendre compte de ce qu’il est impossible autrement de nommer, de figurer. 10-43, l’exposant est négatif, la mesure s’exprime en secondes, c’est un nombre infiniment minuscule, la quarante-troisième puissance de dix négative, autrement dit : zéro, virgule, zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro zéro une seconde. Du Néant à ce nombre infiniment petit mais pourtant différent de zéro, l’Etre. L’Etre apparait. Néant. Etre. En une fraction infinitésimale infiniment infiniment infiniment infiniment courte (quarante-trois fois) l’Etre survient. Quel être ? Quoi l’être ? L’être-là ? L’être-question ? L’être-univers. Les savants lui donnent pour nom : inflation. Et très vite, très vite, très vite, de plus en plus vite, l’inflation enfle la bulle de néant et la peuple de particules élémentaires, de fractions de particules, de fractions de fractions de particules et de forces. Forces et particules, c’est la même chose. Mais c’est ainsi : l’être émerge du néant et se dilate tout en remplissant la bulle de grumeaux de particules et de forces. Soupe cosmique.
Temps zéro + 1.198368 x 10+13 secondes. Light! Et Fiat Lux! Feu d’artifice ! Champagne ! Lampions de la fête. Eblouissements. Nature surnature rideaux de lumière radeaux de lumière mer de lumière lumen lumina illuminations hymne à la joie. Autrement dit : trois cent quatre vingt mille années : 3.8 x 10+05 années en notation scientifique ou encore 380000 en notation générale. Trois cent quatre vingt mille ans après le Big Bang que se passe-t-il ? Début de l’univers visible. Que s’est-il passé entre T0 + 1x10-43  secondes et T0 + 1.198368 x 10+13 secondes ? L’être émerge du néant en une transition de phase incompréhensible et se dévoile αλντεια α λντεια dans la lumière. Tout le travail est fait. Le reste est histoire, banale en somme. De la soupe des quarks neutrinos protons les premiers noyaux d’atomes de sont formés et de leurs interactions les premiers photons φοτος porteurs du feu porteurs de lumière. Le rayonnement fossile de l’univers. Celui que Planck est en train de photographie se dit Chidambaranathan. A l’instant T Zéro plus, approximativement, 11983680000000 secondes (près de quatre cent mille de nos années), l’univers s’est agrandi, les atomes les plus élémentaires, ceux de l’hydrogène, ont été créés (un proton), et la lumière est jaillie de leurs interactions pour nous apporter des informations. Voila, c’est le temps des News de l’univers. La lumière porte l’information, elle est l’information à l’état pur. Qui nous informe de quoi ? Planck enregistre le ciel, il prend des photos à haute résolution du rayonnement fossile à environ deux degrés Kelvin qui peuple de manière uniforme le ciel dans toutes les directions. Pas tout à fait uniforme justement, tout l’intérêt de la chose est là, le rayonnement des origines n’est pas isotropique, il est anisotropique, autrement dit il présente des légères, légères, très légères, fluctuations, infimes, infinitésimales qu’il faut avoir la patience d’observer et qui nous renseignent sur la distribution des sources de lumière dans l’univers primitif. Une photo faite de tâches dispersées au hasard, mais peut-être des formes ? Une caméra qui filme le passé de l’univers et qui nous dévoile peut-être des images de ce dont les irrégularités de la distribution primitive de lumière témoignent, l’origine des galaxies mais aussi l’origine de l’origine, les structures possibles déjà à l’œuvre dans les rides initiales du temps, l’au-delà ? Planck enregistre tout mais ne voit pas, Planck est l’œil, le cerveau c’est l’homme, c’est lui, Chidambaranathan, docteur astrophysicien et brahmane. Brahmane et astrophysicien, lui l’homme de l’équipe qui va analyser les données, pendant combien de temps, un an, deux ans, difficile à dire, Planck vient à peine d’entamer sa mission, il a été lancé à la fin de l’année dernière depuis la base de Kourou en Guyane française, pas de tir des fusées Ariane 5. La mission vient à peine de commencer. Le plus dur reste encore à faire, pourtant, la récolte des données et puis la patience de la lecture et l’interprétation des résultats, et puis pour finir, peut-être, en apothéose, la communication scientifique, les caméras, la gloire. La gloire ? Ce n’est pas une pensée digne d’un brahmane. Nous verrons bien. Le souffle de Shiva peut encore passer plusieurs fois sur ce rivage et retourner le sable des origines, y dévoilant d’autres archéologies enfouies.

Temps zéro + 4.32 x 10+17 secondes. Aujourd’hui.

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