Blonde

Je ne sais pas… je ne crois pas au hasard… quand la foudre frappe, ce n’est jamais un accident, ni quand le train déraille, ou que la terre tremble …
Il y a une loi secrète qui gouverne nos mutations, nos errances…
Tous nomades d’instinct, appelés devant le juge, car il y en a bien Un, ou plutôt Une… en dernière instance.
Encore que : ni l’un, ni l’autre une, mais neutre. Le genre n’existe pas en français. Que faire ?
Comment s’en sortir avec des mots ? Avec des corps ? Ah, je le savais, je l’avais deviné, le lien secret qui unit les mots, les corps, les organes, les liquides, les tubes et les ossatures, les musculations. Car il faut courir : une-deux, une-deux, il le faut !
Entretenir la forme, prévenir l’effondrement des corps… car le style c’est l’homme. Aujourd’hui, il préfèrera sculpter son corps que styliser son verbe.
Corps en mouvements, à la course, suant d’effort sur des tapis roulants, devant des machines, comme des phrases qui tournent en rond ou comme le silence au bout de la parole.
Des choses dont on ne parle pas.
Des choses qui se glissent la nuit sous les draps.
La nuit sécrète son sérum de vérité dont ils se piquent les avant bras.
Oh nuit affreuse !
Une lumière dans la nuit… Ce sont les reliures des livres qui brillent. Des mots pour lutter contre la mort même si elle finit toujours par gagner.
Les mots sont comme des virus, ou plutôt : les livres sont des virus, littéralement, des armes génétiques.
Leur code : des mots, un style, une voix, une parole. Quelqu’un qui dit des choses avec son corps. A quelqu’un d’autre. Par-delà, temps, espace, barrière des langues. Les livres sont passeurs. Les virus sont passeurs. Sans eux nous n’aurions pas évolués, ne serions pas mieux adaptés à notre environnement.
On peut dire la même chose des livres.
Et cette chose étonnante : la littérature, condition de survie de l’espèce humaine.
Il y a des livres qui tuent aussi. Etrange. Appartenir à un seul Livre : définition de la religion. Mortifère.
Mais comme les virus, au début du cycle de la vie et de la mort, qui tuent aussi,  et puis finissent par se mêler à notre code génétique, ces livres uniques, intolérants, sont le mal qui ronge l’enfance des peuples et des nations. Et puis la littérature apparait.
Langage tu es le corps de notre cortex.
Danser les mots. Devenir de l’homme : la danseuse.
(Céline, Nietzsche : vous aviez bien compris).

Blonde, je te rencontrai enfin.
Maintenant je vais pouvoir t’écrire.
La Mort file vers toi au début du roman.
Je vais la détourner de son but.

Le point de départ de cette non-histoire : Marilyn lisant l’Ulysses de Joyce.


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