D'un Kubrick l'Autre

La proposition dans ce jeu est la suivante : rédigez autant de fragments d’écriture qu’il vous plaira sur des bouts de scènes inspirés des films de Stanley Kubrick. Les mélanges sont autorisés. L’abus de symboles est déconseillé. Votre adversaire au jeu aura toujours le dernier mot que vous devez deviner. Le suicide est une fin de partie acceptée à la condition que vous fassiez partie de l’ensemble des suicidés qui ne mettent pas fin à leur jour par eux-mêmes.


L’être dominait la troupe d’hominidés de sa splendeur de basalte froid venu du fond de l’espace…

Une photographie en noir et blanc d’un cireur de chaussures à New York lui valut un ticket d’entrée au musée d’art contemporain…

La troupe de Marines avançait avec lenteur dans la jungle moite autour de Da Nang encerclée par les vietcongs…

Le boxeur rebondissait avec grâce d’un bord à l’autre du ring tapant des uppercuts sur son adversaire lourd comme un bœuf…

L’hominidé leva l’os et fracassa le crâne séché au soleil de l’herbivore dont un éclat traversa les millions d’années…

Une sarabande accompagnait le convoi funéraire traversant la rivière à gué…

Un triple viol suivi d’assassinats fut commis dans la maison de la rue Morgue sur fond d’hymne à la joie…

La mutation de l’espèce humaine en insectes hautement spécialisés allait se réaliser dans l’abri des profondes mines de sel du Nevada…

Un colonel de l’armée de l’air britannique et un général américain éclairé au cobalt radioactif s’échangeaient courtoisement des répliques à faire pâlir d’envie le prince des dialecticiens…

L’œil rouge du dispositif panoptique provoquait des hallucinations généralisées chez quiconque s’en approchait à moins de distance qu’il n’en fallait au cavalier pour bondir de deux cases…

Un écrivain raté s’exerçait à la pratique des haïkus dans la baignoire remplie de bordeaux où flottait le cadavre d’une femme encore frais…

Dans l’usine abandonnée se déroulait le jeu de la fin du monde entre un mutant psychotique et une jeune danseuse marxiste-léniniste…

L’enfant des étoiles suçait son pouce en observant la petite boule bleue qui roulait sur le parquet du salon dix-huitième…

Les légions de Crassus chassaient les esclaves en révolte dans les collines de Campanie et allumaient le soir des feux de joie sur lesquels ils brûlaient bien…

Les gens, gênés de n’avoir rien compris, quittèrent rapidement la salle de cinéma au générique de fin, sauf l’adolescent qui resta jusqu’au bout et même au-delà, s’endormit, et rêva qu’il regardait ce beau film une nouvelle fois ; à son réveil le film recommençait, les ouvreuses l’avaient laissé en paix, savourer un rare bonheur, être seul au matin du monde.

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