Greg Egan - Baby Brain

Car rien n’a d’importance (éditions), 45 pages, 1994
traduit de l’anglais par Sylvie Denis et Francis Valéry
(Apropriate Love, Interzone, août 1991)

Greg Egan est sans conteste l’auteur le plus prometteur de la décennie. Publié dans ce qui est devenu entretemps les éditions DLM, où l’on trouvera aussi le recueil Notre-Dame de Tchernobyl, et où est attendu courant 1997-98 la traduction en quatre volumes du gros recueil Axiomatic, cette première nouvelle parue en français, situe déjà une partie du champ spéculatif dans lequel le jeune Australien prodige se débat avec maestria, pour notre plus grand bonheur de lecteur d’une science-fiction exigeante, digne de ce nom. En effet, Greg Egan est passionné par les développements des sciences biologiques (génétique, neurobiologie) et par la médecine.
Dans Baby Brain, il soumet notre conscience à un problème bioéthique des plus incroyables : verra-t-on des mères-porteuses, non pas de fœtus, mais du cerveau d’un adulte, dont le corps a été endommagé dans un accident ? C’est le dilemme auquel est soumise l’épouse de Chris: préserver l’esprit de son mari, donc son cerveau, deux années durant dans la chaleur et la sécurité de son ventre “maternel”, en attendant qu’un corps de remplacement soit arrivé à maturité, ou bien refuser, et laisser son mari mourir ? Car dans ce monde proche du nôtre, où ce genre de choses sera peut-être techniquement possible, le nerf de la guerre sera plus que jamais l’argent, privatisation de la santé oblige, et les compagnies d’assurance dicteront leurs lois aux particuliers. Outre les problèmes sociaux évoqués en filigrane par l’auteur, la maternité est mise à mal, au nom de ce conflit moral d’un genre inédit, subversif, propre à nous retourner mentalement l’estomac.
Une petite perle à se procurer d’urgence...

Publication originale sur le site web "Icarus" (disparu) - dédié à la science-fiction (1994)
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