Michaël Bishop - Requiem pour Philip K. Dick

Philip K. Dick is dead, alas - Tom Doherty Associates, 1987
Denoël, collection Présences, 514 pages, 1997 (traduit de l’américain par Paul Villon).

Richard Nixon, surnommé Richard Ier, en est à son quatrième mandat présidentiel en cette année 1982. Les Etats-Unis qui ont remportés une écrasante victoire militaire au Viêt-nam, ont installés une base permanente sur la Lune, et se transforment en un état totalitaire. Les déplacements intérieurs y sont sévèrement contrôlés, la presse est muselée, les agents du FBI sont partout, les opposants à la guerre des années soixante-dix, acteurs de cinéma, vedettes de rock, ont disparu de la scène. Enfin, le nombre de disparitions de simples citoyens dans des camps militaires, augmente de manière inquiétante.
Tel est le monde dans lequel meurt l’écrivain Philip K. Dick, qui fut dans les années soixante un célèbre auteur de littérature générale, avant de tomber en disgrâce aux yeux de l’establishment, et d’écrire de la science-fiction dans la clandestinité.
Tel est le sinistre tableau qui forme l’arrière-plan de la vie quotidienne de Cal Pickford et Lia Bonner, un couple sans histoire de l’Amérique Profonde. Mais pas vraiment un couple quelconque: lui, est amateur de Philip K. Dick, et il a lu sous forme de samizdats les romans interdits de l’auteur; elle, est psychothérapeute. Ensemble, ils vont être choisis par une mystérieuse entité qui a pris possession de l’âme de Philip K. Dick, dans le but de changer le cours de l’histoire... Dick mort n’en continue pas moins son œuvre de subversion du régime, d’une manière plus radicale encore, car l’ennemi à combattre n’est autre que le Mal incarné, et dans cette lutte sans merci qui s’achèvera sur la Lune, les élus du Démiurge, et de Dick sa créature, tels les premiers chrétiens, devront faire preuve d’un sens du sacrifice absolu.
Telle est, griffée d’un coup de patte sans finesse, la substance du roman étonnant que Michael Bishop nous livre des pérégrinations plus dickiennes qu’Ubik, du Maître de la SF américaine moderne; hommage en forme de pastiche, qui réussi le coup de maître - car Bishop n’est pas n’importe quel auteur - de dépasser le modèle, d’offrir un roman passionnant sur une certaine vision de la réalité, très peu académique. Il n’est même pas nécessaire d’avoir lu une seule ligne de Dick pour bien apprécier le roman; il tire de lui-même sa propre justification, mais si vous voulez l’apprécier par comparaison, lisez Radio Libre Albemuth.
Un bon conseil, gardez toujours à portée de main un sachet de vrai café. Rien de tel en effet pour fixer un ressuscité dans votre plan de réalité. On ne sait jamais, peut-être sentirez-vous l’air trembler autour de votre fauteuil, une fois la lecture du Requiem pour Philip K. Dick achevé.

Publication originale dans "Ozone n°6" - magazine de science-fiction vendu en kiosque (1997)
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