Une légende naturelle

Martin-pêcheur
Sur ton petit bout de rocher, sur ta branchette, tu observes le cours des choses, parfaitement immobile. Soudain un frémissement dans les ondes de l’étang, et le ressort de tes courtes pattes se détend. Tu plonge, flèche bleue étincelante dans les fonds argentés d’où tu ramènes un poisson vif comme toi, petit bout d’oiseau, martin-pêcheur.
D’où viens ton nom ? En anglais tu es appelé le kingfisher, le roi des pêcheurs. Sais-tu qu’une compagnie aérienne en Inde à choisi ton nom et ta silhouette comme image ? N’est-ce pas étrange pour un si petit animal, qu’un même souffle fasse vibrer les ailes de tes très lointains cousins de métal.
Et puis il y a cette légende du vieux fond arthurien, du roi pêcheur, du fisher king et du Saint-Graal. C’est le roi malade qui n’a plus la force de bouger, il attend qu’un de ses chevalier lui apporte un remède, car lui malade, toute la terre souffre, devient sèche et noire. Chrétien de Troyes l’a le premier raconté dans Perceval au douzième siècle. Le roi attend en pêchant au bord de l’eau.
Chaque promeneur qui t’observe te ramène peut-être sans le savoir une part mystérieuse de lui-même que tu pêches et remontes à la lumière.
Nos histoires s’y superposent comme une huile de bain sur l’eau.

Martin-pêcheur
Ca n’a pas mordu, ce soir, mais je rapporte une rare émotion.
Comme je tenais ma perche de ligne tendue, un martin-pêcheur est venu s’y poser.
Nous n’avons pas d’oiseau plus éclatant.
Il semblait une grosse fleur bleue au bout d’une longue tige. La perche pliait sous le poids. Je ne respirais plus, tout fier d’être pris pour un arbre par un martin-pêcheur.
Et je suis sûr qu’il ne s’est pas envolé de peur, mais qu’il a cru qu’il ne faisait que passer d’une branche à une autre.



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