Tous en scène! (II)

Coucou !

Je suis de retour.

Je n’ai pas été absente très longtemps, juste quelques battements de vos cœurs, pendant que votre respiration s’ajustait au rythme des tambourins.

Je suis un peu facétieuse avec vous ce soir, vous verrez apparaître tous mes personnages.

Faites attention au son de cette guitare électrique qui déchire le silence.

Voila !
L’avez-vous entendue ?

Elle annoncera chacune de mes apparitions. Un détail de mon corps changera à chaque fois: ma coiffure, mes souliers, un petit pas de danse irrésistible.

J’ai agrafé un camélia dans mes cheveux d’or, blanc comme l’enfance et sa pureté. Commençons par mon enfance alors. Vous êtes là pour écouter le récit de ma vie n’est-ce pas ? Vous vous attendez à quelque chose de formidable. Vous ne serez pas déçus.

Ce spectacle, j’ai décidé de le monter toute seule, oui, c’est moi qui l’ai écrit, qui l’ai mis en scène dans ses moindres détails, le texte bien sûr, le décor sonore, la musique, les bougies, le rideau du fond. Même les chaises en rond, le désordre apparent, tout est voulu ! Comment je fais pour apparaître et disparaître devant vous ? C’est mon petit secret.

Mon enfance : j’étais heureuse. Je courrais sur les plages, le sable chaud caressait mes pieds nus. Une période de félicité avec le souvenir de ma mère généreuse comme les blés mûrs. Les champs de la mémoire ont été – hélas ! – fauchés depuis.

Oh ! Je risque de glisser trop vite du bonheur au désespoir.

Voila !
C’est déjà fini ! Le déchirement aigu de la guitare.

Je disparais…


J’ai grandi !

J’ai beaucoup trottiné, regardez mes souliers rouges vernis, les talons sont tout usés, comment marcher vite avec des hauts talons ? Avant, j’avançais comme une poule.
J’ai été, oui, ce qui s’appelle une poule de luxe, parfumée de cette fragrance qui évoque la splendeur du diamant.
Vous connaissez très bien cette période de ma vie, tout le monde la connait, le cinéma.
Très jeune, sans expérience. J’ai vite appris.

Regardez mes souliers, les talons ont disparu à force de marcher, de danser, de virevolter.
Je vous les jette ! Attrapez-les ! Souvenirs ! Trophées !

Celle qui était une idole s’est déchaussée, pieds nus devant vous. Retour à la case départ.

Attention !
Ce riff de guitare qui revient !

Vite ! Je m’en vais, je glisse dans le fond de la scène où vous ne me voyez plus. Seule ma voix éraillée est là pour vous, cette voix qui s’est mise à chanter il y a longtemps.
Ah ! Le monde entier a connu ma voix.
Mais là… Silence…

Je remonte doucement du bleu de la nuit. Qui suis-je maintenant ? Je suis redevenue une petite fille. Ma robe bleue ciel avec ce ruban blanc, n’est-elle pas jolie ? Fait-elle illusion ?

E maintenant – enfin – vous allez entendre l’histoire de la fille qui est tombée dans le terrier du lapin, et ce qu’il advint d’elle après sa rencontre avec le Roi de Cœur du pays à la bannière magique pleine d’étoiles.

Il  y a longtemps je trainais mon ennui dans les rues de cette ville…

(to be continued…)

Rédigé en atelier d'écriture, 2è série, 15 juin. Suite de la nouvelle entamée le 8 juin. Parti pris d'une mise en scène. Théâtre pour une voix

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