Grèce I



Hôtel Cokkinis sur la route de Corinthe non loin de Mégara. Chaleur. Un peu de fraîcheur le soir. Pas d’internet, connection faible, déficiente. Un Perrier glace, citron. Un groupe de touristes français, un couple de nordiques, chacun avec son électronique portable, laptop Windows 7 et tablette iPad. Bon moi je me contente d’un MacBook Air. Vacances ou pas vacances? Entre les deux. La chambre est sympa, avec vue sur la mer. Suis arrivé direct de Bruxelles, passé rapidement voir ma mère, déjeuner tardif dans l’après-midi, c’était bon, rien dans l’avion, pas de petit-déjeuner au départ, estomac vide, c’était un peu lourd comme ça sur le tard. Dois faire attention. Ce soir diète au Perrier.
Demain matin debout à 7heures, petit-déj. spécialement préparé pour moi à 7h30. Rendez-vous avec Giorgios à la maison et carrelages de Corinthe qu’on ira chercher, puis démarches administratives à Mégara. 
Prendre l’avion, trois mille kilomètres la route, trois jours de voiture, trois mois à pied à l’époque des croisades en route vers l’Orient, trois heures d’un aéroport à l’autre puis la voiture de location, une Nissan 4x4 noire flambante neuve pour le prix d’une small (Opel Corsa), rien ne va plus, pas assez de touristes cette saison, alors la compagnie fait cadeau, offre des turbo au prix des teuf teuf. L’autoroute urbaine de contournement d’Athènes un dimanche: presque vide. Même impression, un rien plus forte que lors de mon dernier séjour en Avril de cette année (voir plus haut). Signe tangible de la crise économique, moins de voitures sur les routes. Autre signe: le péage a encore augmenté, à mon avis les routes de ce pays doivent figurer parmi les plus chères d’Europe (sujet d’étude pour un bachelor en science éco).
Impression familière, c’est presque chez moi ici, pas aussi simple et plus onéreux que de prendre le bus pour rendre visite à des amis dans les Ardennes ou à la côte Belge (pardon: la côte Flamande) mais je m’y rends bien plus souvent: en fait déjà quatre fois en une année, et même cinq fois si j’anticipe sur le prochain saut dans quatre  semaines avec la petite famille. Pas mal d’aller-retour, je devrais m’inscrire au programme Frequent Flyer de la SN Brussels Airlines.
Une journée de transit et d’adaptation.
Le Brésil est au programme du bureau des projets. Voyage été 2013. Année folle? On a envie de s’éclater en voyages: Noël à Berlin (on s’était d’abord dit New-York), Pâques dans le Sud de l’Inde (Tamil Nadu principalement), Eté au Brésil, grand tour de quatre semaines. Le prétexte? Henry nous accueille chez lui (son nouveau chez-lui) à Joao Pessoa. Guide routard 2012 trouvé à l’aéroport, j’ai commencé à lire les chapitres chiants: violences, enquiquinements, maladies, en fait les avertissements habituels du guide. On a vraiment envie d’aller là? Evidemment. Ce voyage n’est pas n’importe quoi, pas pour les tapettes (façon de parler). Se prépare. D’abord l’idée, “c’est quoi le Brésil, c’est où, quelle histoire, la société, les enjeux, les films, la littérature, l’économie, le design, l’art, la cuisine...”
Le Brésil, terre d’avenir écrivait l’écrivain cosmopolite Stefan Zweig exilé là-bas fin des années trente, suicidé en 1941 (ou début 1942) avec sa femme (elle a choisi de le suivre dans la mort volontaire, c’était sa seconde épouse, jeune et passionnée -- folle). Pauvre Zweig, visionnaire Zweig. Lâche Zweig, pauvre con, tu t’es flingué au moment où la guerre mondiale prenait doucement une autre tournure avec l’entrée dans le conflit du géant américain. En fait c’est début 42 qu’il s’est donné la mort, maintenant cela me revient, après la chute de Singapour devant l’armée japonaise. Quelqu’un peut vérifier la date exacte? J’ai pas internet en ce moment (voir plus haut).
C’est bien triste pour Zweig, le gars incarnait l’idéal d’une culture européenne qui s’était suicidée en masse an Août 1914, et puis cela avait été de mal en pis, quand les nazis avaient annexé l’Autriche, il avait décidé de partir, d’abord à Londres, avec Freud je crois, et puis le Brésil où il avait déjà voyagé avant (à vérifier). Toujours est-il que Zweig rédige ce livre prophétique “Brésil terre d’avenir” vers 1940, et me voila transporté dans le Nouveau Monde, une autre histoire, une autre géographie, d’autres hommes. Oui, cela me fascine, m’a toujours fasciné, ce continent “New World” rêve des Européens suicidés ou assassinées ou rejetés ou exilés et de tous les ancêtres. Le saviez-vous? Mon grand-père maternel est parti travailler à New-York vers 1910-1911. J’avais retrouvé sa trace dans les fichiers du centre consacré à l’immigration d’Ellis Island (New-York) en 2007. Il n’y est pas resté longtemps, moins d’un an je crois, mais le temps de se faire suffisamment de blé et de rentrer au pays (la Grèce continentale arriérée du Péloponnèse s’acheter des terres). Le plus fort: le grand-père paternel de mon épouse a fait le même voyage. Quelques années auparavant: lui aussi il est rentré au pays (région de Naples, Italie), acheter des terres. Ces deux hommes n’ont pas eu assez d’audace. Pourquoi sont-ils rentrés? Evidemment “je” ne serais pas là si mon grand-père était resté en Amérique. Quelle importance; “je” aurait été encore le même en partie grâce à ses chromosomes. Le mélange aurait été un peu différent.
Ok, le Brésil, pourquoi le Brésil? C’est l’autre civilisation, le grand métissage (des races); les classes sociales sont plus clivées que partout ailleurs, sauf en Inde peut-être. Inde et Brésil: des parallèles, des divergences. Dans les deux cas une fascination pour la marée des hommes et leur violence interne, contenue, la poussée d’une vitalité, d’une jeunesse qui se déverse à l’image d’une nature, végétale, animale. En Inde la vitalité de la sur-nature est en arrière-plan, massive avec les Himalayas, horrible avec le Gange, immense égouttoir divin, étouffante avec le golfe du Bengale; au Brésil, c’est sur les plages que la masse humaine s’amoncelle (70% de la population vit à moins de cent kilomètres des plages - 200 millions d’habitants et plus). Le Brésil c’est donc un peu Rio et beaucoup l’Amazone. Quoi d’autre? Une langue, une culture qui détonne dans une Amérique Latine massivement hispanophone (encore que... quels sont les chiffres des populations cumulées de tous les autres pays de la région, centre et sud compris, comparés au Brésil? “Should be roughly equivalent” Non?) Qu’un lecteur qui a le temps de faire les recherches, rassembler les chiffres donne l’info, merci d’avance, merci (pas d’internet en ce moment, merci). Enfin, c’est un monde à part entière et un peu à part.
Avant d’être un pays que nous allons peut-être visiter un jour, été 2013 ou 2014, c’est d’abord un imaginaire. Rien ne me tente plus que ce type de voyages, pour commencer...
Mais là je reviens sur terre... plus prosaïque, banal, un hôtel, plutôt sympa, sur la route d’Athènes à Corinthe où je m’installe pour quelques jours le temps de régler des “affaires”.
Vacances, pas vacances?
L’important, c’est d’être-là et d’écrire. Enfin, écrire!
J’avais plus rien écrit depuis le 30 juin, une éternité! Horreur!
Tiens! Internet est revenu. J’en profite pour mettre le point à ce billet jeté dans l’improvisation la plus totale et le copier - coller vite fait pour le blog.
Merci de votre attention. Bonne nuit.




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