Grèce IX (End)


Athens International Airport
La civilisation des aéroports. Confessions at the Airport. J’apprends que l’écrivain Alain de Botton a écrit un livre après avoir passé une semaine déguisé en employé à l’aéroport d’Heathrow. Il y a recueilli des observations, des confessions de voyageurs...

Je me suis souvent demandé si les meilleurs postes d’observation de notre monde n’étaient pas ces lieux anonymes et multiples, ces lieux de transit, de passage, de voyage, d’attente: autoroutes, gares, aéroports, terminaux. Les routes invitent à la méditation, quand je suis seul en voiture et roule, roule, mon esprit flotte, dérive, librement, il prend tout ce qui s’offre à lui, bribes de conversation à la radio, musiques, lumière du ciel, flux des véhicules, force de la pluie, ballet des phares, des couleurs rouges, orangées, blanches, brillantes, ou de leur absence, ou de leur manque, ou de leur fuite en avant.
Mon esprit flotte alors dans le passé, dans l’avenir, dans les cinq prochaines minutes, dans l’enfance...
Un aéroport est une expérience particulière lorsqu’on y est contraint par de longs moments d’attentes, correspondances, retards. Ce sont les meilleurs moments pour en profiter.
Il me vient des souvenirs de ces moments, mais aujourd’hui mon avion est à l’heure et je n’ai plus beaucoup de temps.
Il me revient juste pour clore ce mini-journal d’une translation en Grèce de citer dans le texte... car pour quelle raison ce motif s’est-il imposé, qu’importe, mais pour le plaisir, de découvrir ou relire les grands classiques de notre civiliation... Si Eschyle, ou Sophocle, ou Euripide vivaient de nos jours je suis certain qu’ils écriraient des tragédies dont la conjonction scénique serait un aéroport, ou une gare, ou une autoroute...
... Les Perses (Eschyle)
Ἄτοσσα
Ταῦτα δὴ λιποῦσ' ἱκάνω χρυσεοστόλμους δόμους
καὶ τὸ Δαρείου τε κἀμὸν κοινὸν εὐνατήριον.
Κἀμὲ καρδίαν ἀμύσσει φροντίς· ἐς δ' ὑμᾶς ἐρῶ
μῦθον οὐδαμῶς ἐμαυτῆς οὖσ' ἀδείμαντος, φίλοι,
μὴ μέγας πλοῦτος κονίσας οὖδας ἀντρέψῃ ποδὶ
ὄλβον, ὃν Δαρεῖος ἦρεν οὐκ ἄνευ θεῶν τινος.
Ταῦτά μοι διπλῆ μέριμνα φραστός ἐστιν ἐν φρεσίν,
μήτε χρημάτων ἀνάνδρων πλῆθος ἐν τιμῇ σέβειν
μήτ' ἀχρημάτοισι λάμπειν φῶς ὅσον σθένος πάρα.
Ἔστι γὰρ πλοῦτός γ' ἀμεμφής, ἀμφὶ δ' ὀφθαλμῷ φόβος·
ὄμμα γὰρ δόμων νομίζω δεσπότου παρουσίαν.
Πρὸς τάδ' ὡς οὕτως ἐχόντων τῶνδε, σύμβουλοι λόγου
τοῦδέ μοι γένεσθε, Πέρσαι, γηραλέα πιστώματα·
πάντα γὰρ τὰ κέδν' ἐν ὑμῖν ἐστί μοι βουλεύματα.
ATOSSA.
Voilà le souci qui m'amène; oui, c'est pour cela que j'ai quitté ma splendide demeure et ce lit où je reposai près de Darius. Et moi aussi l'inquiétude pénètre mon cœur de ses traits. Je l'avouerai, je suis loin d'être sans crainte. Oui, mes amis, je tremble que la redoutable Fortune ne s'enfuie loin de nous, soulevant la poussière du sol, et renversant de son pied cet édifice de prospérité qu'a élevé Darius non sans l'assistance de quelque dieu. Donc mon cœur est en proie à une double inquiétude : les plus grands trésors, sans défenseurs, ne gardent point leur prestige ; et, sans trésors, la puissance, quelle qu'elle soit, ne resplendit jamais de tout son éclat. Nos richesses n'ont pas souffert ; mais je crains pour l'œil de ce corps. Car l'œil d'une maison, c'est la présence du maître. Vous voyez mon trouble : dans cette incertitude, Perses, fidèles vieillards, j'ai besoin de prendre votre avis ; C'est de vous seuls que j'attends des conseils salutaires.


La Reine Atossa en sa splendeur...



Dans l’avion...
Lu le dossier “The Urban Age” du magasine 2Board (glossy business class) distribué à l’aéroport (disponible en ebook ici):

Liens évidents entre les grandes villes et les aéroports, gateways, stations, portes d’entrées de la civilisation urbaine globalisée. Liens avec les rêves aériens des classes aisées qui se connectent d’une cité l’autre en réinventant ces lieux post-modernes de vie et d’évasion que sont les grand musées, les galleries d’art, les hôtels de prestige et les restaurants à la mode.
Cela me rappelle certains cauchemars, dystopies de la science-fiction: en particulier, cette idée développée par Serge Lehman dans les années quatre-vingt dix avec la série F.A.U.S.T. d’une caricature du village global, (le Village) chanté par les partisans de la terre plate, au doux nom de Darwin Alley (tout un programme), sorte “d’autoroute métaphorique transnationale” dans laquelle évolue en circuit fermé la minuscule fraction la plus riche de la population mondiale, où le concept même d’espace, de territoire, de pays, de nation, est éclaté, court-circuité, transformé par le nomadisme de cette classe de privilégiés qui voyage sans cesse d’un hub méga-urbain à l’autre et ne connaît littéralement que cela du monde: une accrétion d’expériences d’hôtels, de piscines, de boîtes de nuit, d’aéroports. Tout le reste du monde est le Veld qui retourne à l’état sauvage (l’état de nature où croupissent les 99.99% de l’humanité).



Bienvenue au Village

....
Fin des transmissions


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