Grèce VI


Une lettre au loin. Où de loin, des lointains, pour la personne éloignée, pour l’éloignement de soi?

Une lettre, voyante, vue, lue, à voix haute, déclamée dans l’arène avant d’assener le coup fatal, ou d’être frappé par la fatalité.
Un théâtre de la mort, des jeux du cirque, une bibliothèque que l’aveugle parcourt la nuit les yeux morts mais si riches d’une lumière intérieure, de souvenirs; et il les palpe du bout des doigts ses livres qu’il connait par coeur, il les connait, les reconnait et eux aussi lui disent merci de nous accueillir, de révéler la parole endormie, de brouiller le silence des dieux avec le vent des poètes.
Une Maestranza à Séville, de Séville, des souvenirs de guerre civile espagnole, d’autres de guerre civile grecque. Des passeurs de mots et d’images. Des fausses mémoires, des textes bruts qui disent quelque chose, mais quoi, qui révèlent de l’être quelque part, mais où, qui attendent dans le silence.
Un bouquiniste où côte à côte les livres témoignent de l’effort futile, inutile, de lutter contre l’entropie du monde.
Mais qui témoignent, qui refusent l’autodafé, qui proclament, ici vous êtes libre.
Libre à vous, de commander un café à la machine, de montrer qui est le plus fort de l’homme, de la bête.


Et lire, oui, mais plus encore, le crayon noir, instrument de libération, et le papier, la page du carnet, allez-y personne ne regarde, n’hésitez pas, jettez-vous, crachez, libérez-vous, libera me domine, écrivez, écrivez, il en restera toujours quelque chose, vous êtes seul ou en groupe, mais vous êtes à la recherche d’une intense solitude, du coeur de l’être; ici ou là, le recueillement que l’écriture comme une prière fait monter à la surface des pages qui se remplissent de griffons fins, minuscules machines de génie, prodigieuse invention, “tout le reste appartient à l’histoire”.




Souvenirs d'atelier d'écriture



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