Journal de Voyage aller-retour


Mini-Journal d’états mentaux plus que d’actes, de faits, entre deux dates clés : 15 juin 2012 et aujourd’hui. Quoi entre ces deux dates ? Rien si ce n’est l’acquisition d’un nouveau « Carnet Fugace » (volume II), petit Moleskine de poche, noir, mais moins pratique que celui utilisé pour le volume I dans lequel j’ai jeté les notes retranscrites ci-dessous. Pourquoi ? Juin a marqué la fin de l’atelier d’écriture entrepris toute l’année scolaire 2011-2012 et le sentiment d’une perte, expérience unique s’il en fut, et puis ce fut la traversée d’un « désert de l’écrit » pendant les « grandes vacances » (désert relatif quand même). Et maintenant ? En ligne de mire, la reprise, non pas du travail, ce qui va de soi, mais d’un nouveau cycle d’ateliers… Upon which, more information to read in the coming weeks… Check your posts tagged as: Carnets Volume I Troisième Série.


15 Juin
Hanokh Levin – Ceux qui marchent dans l’obscurité, Editions Théâtrales, tome II.
Virginia Woolf – Les Vagues (trad. Marguerite Yourcenar).

Filigranes Corner. Pêle-Mêle. Filigranes. Brasserie Mérode. Théâtre Atelier 210. Fortes pluies.


18 Juin
Pierrot le Marseillais.
« Ci-git Pierrot. Si vous voyez Dieu, envoyez le au bar. Je l’attend ».

L’homme aux yeux code barre.
L’homme qui scannait les livres avec ses yeux.

Les truands, le milieu, code d’honneur, loyauté. « Toi qui entre ici, dépose tes flingues ».
Pépé le Moko.
Tout fout le camp, pour cinq mille pesetas, t’as une Kalachnikov, un Uzi, un AK-47.


20 Juin
First we take Manhattan.
Then we take Berlin.


23 Juin
Retour de Clara. Vol annoncé avec une heure et demie de retard au départ de New-York. Ses amies l’attendent en groupe. Nous aussi, assis, tranquilles à siroter un café. 17 août 2011 – 23 juin 2012. Tout ce temps, Clara partie, sans la voir, sauf par Skype et sur les photos de son blog, et de Facebook, si on considère que c’est une manière de voir sa propre fille acceptable, faute d’autre chose.
Sans la voir, la toucher, passer mes doigts dans ses cheveux, lui caresser la fossette du menton, la serrer, calinous, bisous. Voilà.


25 Juin
Lu  « Ceux qui marchent dans l’obscurité » et « Une chatte sur un toit brûlant ». Extraordinaire. Quelle puissance se dégage de l’écriture théâtrale ! Quelle vérité !
Les indications scéniques de Tennessee Williams sont d’une grande précision. Aucune marge de manœuvre pour le metteur en scène, contrairement à Hanokh Levin.

« Le ciel. As-tu vu le ciel aujourd’hui, l’ami ?
-- Noir, blanc, gris, bleu, du coton, de la jute, des couvertures, un drapeau, et des formes, et du mouvement, et de la joie, et de la crainte.
-- La lumière. As-tu senti l’ami la qualité de la lumière aujourd’hui ?
-- Les régates au bord du lac, un lac Italien, des embruns de Norvège, où des chalutiers ramènent le hareng, un plan d’eau calme, étang, barrage, le repos.
-- Tout cela, et bien d’autres choses encore, l’ami. Oui. »


8 Juillet – 17 Juillet
Mini-journal Grèce. Voir les posts publiés à ces dates.


21 Juillet
Douleurs lombaires, ça faisait longtemps. Beaucoup de stress ces derniers jours. Sortie au P.M. d’Ixelles ouvert ce jour férié, sans « drache », suivi d’une Westmalle Triple au « Trappiste » de la Toison d’Or avant d’aller voir « Holy Motors » de Leos Carax à l’UGC.
Un mot de travers, une attitude mal interprétée, une position de travers, et voilà, crack, le terrain musculaire était prêt, j’étais prêt à me laisser craquer la posture !


22 Juillet
Tour au Brésil.
Brasilia. Iguaçu. Pantanal. Belo Horizonte. Ouro Preto. Amazonas. Rio. Salvador. Joao Pessoa (Recife).


28 Juillet
Recherche : les J.O. en Découvertes Gallimard, le Brésil en Lonely Planet, Dantec et ses Satellite Sisters, Stephen King pour Clara.


4 Août
Un défi, je me suis lancé dans le feuilleton sur mon blog avec « Marilyn Quantique ». J’ai écris le prologue. Que va-t-il se passer demain ? Marilyn renaît dans le futur comme actrice virtuelle avec une conscience d’I.A.
Bon, on y est alors ? En pleine SF comme d’habitude. Tiens, je pourrais me brancher sur l’univers de « Copie Conforme » !
-- Los Angeles, 2035.


12 Août
Les travaux d’écriture n’avancent pas.
En panne depuis fin Juin pour la réécriture – correction des trois nouvelles revues avec Sophie et Véronika. Je ne pourrai pas tenir mon objectif d’envoyer ces textes pour publication avant la fin de l’été. De plus, j’ai délaissé les autres formes, blog, carnet fugace, même un feuilleton que j’ai voulu lancer sur Marilyn n’a pas dépassé le prologue. Et les tweets quotidiens, suivi irrégulier.
Alors, quoi ? Pourquoi ?
Est-ce temporaire ? Plus profond ?
Facile d’y répondre, ce qui a fonctionné l’année dernière – l’atelier d’écriture et l’impulsion fantastique que cette activité à propulsée sur tous les travaux d’écriture, qu’ils soient liés ou pas à l’atelier – le groupe, le support des autres, le coach, les participants, l’engagement dans l’action.
Problème connu.
Robert que j’avais contacté au Pêle-Mêle me disait la même chose.
Reprendre une activité régulière via un atelier ? Est-ce la bonne approche ?

Comeback to Greece – et direct à la plage au pied de l’hôtel Cokkinis où j’ai logé quelques jours en Juillet. Mais j’étais seul alors.
Vais-je trouver l’impulsion qui m’a manqué ces dernière semaines ?
J’observe aussi que la forme même du Carnet Fugace vol. II ne me convient pas aussi bien que celle du volume I. Plus difficile à manier en toute circonstance.
Mon écriture dans sa présence physique doit s’adapter à la contrainte du carnet, à la position dans laquelle j’écris – partout. Je le vois sous mes yeux, mon écriture là en cet instant verse dans le code secret – je ne parviendrai plus à me relire – je dois me lire à chaud, mémoriser, reconnaître la forme des lettres et des mots. Impossible à figurer pour un autre lecteur que moi-même ici et en cet instant – une écriture malade ressemble à celle-ci, une amnésie ou apraxie ou agraphie antérograde qui s’oublie au fur et à mesure – dont les traces doivent se réinterpréter.
J’essaye.
Pas de problème avec un décalage de quelques minutes.
Essayer plus tard, demain, dans quelques jours.
Est-ce toujours moi qui aurai écrit déjà ce gribouillis illisible ?
Expérience à mener ‘live’ !

Sous-question
Sous-conversation boucle ‘fork’ dans une pensée qui génère d’autres pensées
Quelle est l’influence du réseau social (FB) sur le symptôme que je relate en ces pages
Tremblées
A peine appuyer au crayon
D’une cursive très
Penchée et qui
Le dessine sur
Les lignes avec des
Espaces
Pleins
Peinture de mots ?


13 Août
Lac de Vouliagmeni. Perachora.
Entendu :
« Bande de daubes, t’es une grosse merde, où t’as mis les transats ? T’as vraiment pas l’esprit de groupe, t’es pas sympa, tu me fais chier… »

Extrait de conversation spirituelle d’un groupe de français à la plage.

« Ouais, j’t’attendais avec les transats de l’autre côté, tu viens tu déposes tes trucs tu fais bande à part. »

Pendant ce temps-là, un bébé pleure dans son buggy tout seul sur la plage (à l’ombre) pendant que ses parents fument le calumet de la paix en compagnie du beauf qui vient de les injurier parce qu’ils se sont installés sur un autre groupe de transats, un peu plus loin sur la plage, disons vingt mètres plus loin à tout casser.
Allez ! Va, c’était pour l’animation
Vive la France !


17 Août
Combler les vides. Moment adéquat. Seul à la terrasse. Midi. Belle vue. Chaud. J’entends le voisin à côté.

12 Août – arrivée, ballade à la plage de l’hôtel Cokkinis.
13 Août – ballade à Loutraki, on reste au Sax Café à déguster des cafés, et surfer le Net. Ensuite, lac de Vouliagmeni. Chouette ambiance. Spectacle d’un groupe de français on the beach plus caricaturaux que les clichés. Clara dit que c’est comme dans le film « Les petits mouchoirs ».
14 Août – ballade au-delà de Pachi pour des prises de vue intéressantes. Le « Monastère » en bas de Panorama, très étrange, ensuite plage de Varea.
15 Août – Loutraki, plutôt décevant car le mer était très salle, une mer de plastique, éviter cette côté lorsque le vent souffle du Nord, Nord-Ouest, en particulier pendant la saison du Meltémi autour du 15. Visite des cousins, des voisins, gâteaux, spumante. Le soir, dîner au restaurant de l’hôtel Cokkinis. Vue superbe sur la mer.
16 Août – Ballade à Nauplie. Ville préférée. Plage au bout de la promenade très belle sous l’hôtel abandonné – mais il y a un nouvel hôtel qui s’est construit plus haut, sur la ligne de crête, du plus vilain effet, dans le prolongement des murs de l’ancienne forteresse vénitienne du Palamide, en fait coincé entre deux fragments de cette noble muraille. Il n’y a donc pas de règlements de protection du paysage et du patrimoine dans ce pays.
Acheté, et commencé à lire à Nauplie le Monde Diplomatique de ce mois. Plein d’articles intéressants, dont une enquête sur l’influence de l’urbanisme et du taux de suicides à Las Vegas, article dur sur l’extrême de la vie américaine (une de ses tendances). Lire ici l’intro : Las Vegas, stade suprême des Etats-Unis.
Rejoint très clairement les sensations et pensées fragmentaires tirées de mon expérience de Vegas en Août 2006.
J’oubliais. Mercredi soir (le 15), conversation en Skype avec Henry et Ilma. On a beaucoup parlé du voyage au Brésil. Chouette moment.
17 Août – Marie et Clara en ballade au Mall d’Athènes. J’en profite pour avancer dans mon travail, un petit peu.


21 Août
Discussion avec Giorgios pour les prochains travaux dans et autour de la maison.


24 Août

In the Air

Trois heures à perdre dans un vol moyen-courrier. Bruit ambiant dans la carlingue, d’une constance de rouleau métallique, comme l’intérieur d’un atelier de production où nous subissons les étapes d’un laminage. Auquel on s’habitue. Auquel s’ajoute le bruit d’un film, ou plutôt d’une série américaine formatée, visionné sur leur Mac par deux jeunes devant moi, sans oreillettes, des sans-gênes propres sur eux à qui il ne viendrait pas à l’esprit qu’ils dérangent leurs voisins. Ce mélange sonore aléatoire, musique de film tonitruante, éclats de voix, bruits de portes qui claquent, de voitures qui démarrent, perturbe le ronronnement de la chaîne de production et nuit à la concentration requise pour une bonne lecture. Donc, point de lecture. Pour occuper cet ennui, j’imagine sortir ces deux minets par leur col et les balancer dehors, par moins soixante degrés. Cela leur apprendrait à vivre, les bonnes manières se perdent.
Ma fille qui fait semblant de dormir avec ses oreillettes et son iPod m’espionne en fait du coin de l’œil et se met à pouffer de rire. Je me demande bien pourquoi.
Pour le prochain vol, prévoir le casque d’isolement du sous-marinier.


26 Août
Comment m’y prendre pour renouer tout ça ? Le vêtement est plein de trous.

18 Août – Lac Vouliagmeni avec les cousins. Très chouette journée.
19 Août – Départ le matin pour Hydra. Voyage en voiture assez long pour arriver au port minuscule de Metohi, en face de l’île. Deux heures et demie de route, dont des tronçons de montagne très sinueux. Le bras de mer est court, on le traverse en quinze minutes avec le Jetfoil. Clara est malade. Ballade dans la ville. Promenade jusqu’à la plage de Kamini.
20 Août – Visite du musée historique d’Hydra où se tient une belle exposition de photographies de Giannis Skoulas « Choréographie 2 » -- photos de ballets prises pendant plusieurs saisons lors du festival d’Athènes et travaillées pour la plupart avec des techniques que nous n’arrivons pas à identifier. Très beaux effets, entre peinture à la Degas, Botticelli ou Francis Bacon, mais sans le côté monstrueux des portraits de ce dernier, et photos, à la limite de l’abstraction, statuaires figées, ou de la vitesse dans laquelle la danse nous entraîne, purs esprits qui d’aile en aile virent et volent.


Tour en bateau de l’île, on passe la journée sur la plage isolée de St-Nicolas. Dans l’après-midi, incendie impressionnant qui se lève depuis la côte du Péloponnèse. La moitié du ciel est couverte de panaches blancs. Jolies photos. Mer agitée. Le vent est l’ami des incendies. C’est un petit incendie pourtant ce jour-là. L’attention se porte sur le grand incendie qui ravage l’île de Chios dans le Dodécanèse. Nous apprendrons le lendemain que quarante pour cent de la production des arbres à mastic pour lesquels l’île est réputée a été détruite. Discussions avec les habitants sur l’origine des feux, accidentels ou pas. La Turquie est clairement désignée, pour les incendies qui touchent les îles proches de leur côté de la mer Egée. But : faire fuir les touristes de Grèce et les attirer en Turquie. Paranoïa ou raison d’Etat ? Un commerçant me dit que cette entreprise de déstabilisation a été reconnue et dénoncée par un officier turc lui-même, depuis lors en prison là-bas. Info ou intox ? Pas possible de vérifier. Révélateur d’un état d’esprit, mais aussi, mon avis, d’une réelle problématique géopolitique, à laquelle l’Europe de Bruxelles technocentriste, financière et historiquement inculte est aveugle.
21 Août – Le feu s’est éteint pendant la nuit. Nous quittons Hydra à regret. C’était trop court. La pension Erofili tenue par Irina et Giorgis est à recommander (Guide du Routard). Petit déjeuner aux tourtes, gâteaux, marmelades et salade de fruits faits maison. La patronne se lève tous les jours à cinq heures pour préparer ses petits plats. Je me suis fait une copine de la fille d’Irina et Giorgis, douze ans, très éveillée ; elle s’appelle Marianne, comme la belle de Leonard Cohen, un amoureux d’Hydra. Elle faisait la causette avec moi. Elle tient la boutique toute seule l’après-midi.
Sur le chemin du retour, arrêt dans un bel établissement près d’Epidaure. Vue sur la mer depuis la colline. Idéal pour manger un bout sur cette route.
22 Août – Athènes, des choses à faire. Plus tard dans la journée, « safari photo » avec Clara, notamment l’hôtel Megalo Pefko délabré, que dis-je, destroy, le bateau échoué à Eleusis, la cimenterie abandonnée…
23 Août – Athènes le matin. Après-midi, dernière trempette à Varea. Sortie en groupe le soir sur la croisette de Neos Peramos. Excellent pour dîners romantiques au bord de l’eau. Tables éclairées avec des lampes à huile. Ce soir, une foule de grecs ont traversés la baie pour une fête en l’honneur de la Vierge, dans un monastère de Salamine. Lumières.
24 Août – Retour à Bruxelles.

Comment m’y prendre pour renouer tout ça ? Le vêtement a été reprisé, brossé, un peu repassé. Bye Greece. Bye Journal. 



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