Wednesday, 3 October 2012

Here comes the sun


Soliloque

   La voix rauque de Charlyn Marie Marshall samplée avec les basses électroniques, le piano, les rythmes pop rock de son dernier album flashe dans les gros écouteurs Bose vissés sur ma tête. Sophistication, je confirme, le trend pressenti avec Jukebox, l’avant-dernier opus à pochette platine et portrait flashy de la chanteuse monte d’un cran sur l’échelle de la complexité instrumentale, des mixages croi-sés, des jeux de sa voix on stage, off stage. Voix multiples de Cat Power, c’est elle. Son nom de scène claque, la gâchette actionnée d’un clic du micro percute la balle, l’âme du long tube chauffe en une fraction de temps, dix exposant moins une seconde, éjectée la douille du canon de l’arme, et la charge utile à haute vélocité se propulse dans l’interface air oreille interne, me frappe à la tête. Ses mots. Dormir maintenant. Une hypnose induite par la voix de Chan Marshall je dors j’ai les yeux tout verts de toi dans une image qui ne me quitte pas tu me quitteras aussi un jour, peut-être est-ce déjà fini c’est parti le flux le flow des données des mots ah quelle joie j’immerge ma tête dans un bain de pixels sonores me désincarne évanescent reviviscent ton souvenir beau visage longiligne disparaît puis revient et la voix de Cat Power je monte le volume l’immersion est totale la barrière veille sommeil est fragile le préconscient affleure juste sous la surface du mental posé comme une fleur de métal ultra fine sur les remous de la mer, la pellicule peroxydée la voix de vocoder synthétique de Cat Power surfe sur les roulis de la mer, la pellicule est constituée de carbone C60, les fullerènes de l’architecte Richard Buckminster Fuller un nanomatériau un peu magique, j’extrapole, one step further, toujours eu cette tendance, cela ressemble à du random walk mais ce n’est pas une route complètement aléatoire, il y a un mélange particulier de sons de sensations physiques autohypnose d’images d’émotions d’hier ou de plus loin qui fusionnent comme des molécules dans un bain inter-synaptique, l’écriture semi-automatique quel procédé à breveter ! je transcris sur le ruban papier de ma machine de Turing virtuelle, la tête de lecture mes doigts, les cellules qui défilent en bon ordre les lettres, et une table de transition les blancs, et un registre d’état la mémoire la phrase en train de se faire et se défaire, j’écris ton nom sur un ruban d’ADN mon code mon sang je le mêle au tien j’y ai goûté de mon poignard affuté tango électrique, l’écriture soupe de neurotransmetteurs mouvement brownien pas complètement aléatoire l’ordre du désordre, il y a de l’émergence, elle est là je te vois tu émerges à nouveau de ma mémoire vivide image de toi j’aurais voulu caresser ton visage mais tu étais déjà partie au volant de ta petite voiture sur cette route longue et vide qui filait entre deux rangées d’arbres dans une ville anonyme dans un pays qui donnait du flanc glissait dans l’océan. Le flux rencontre une digue, une nouvelle chanson de Cat Power, Breathless, je reprends pied, sort de ma léthargie.

   Ce matin je rêvais aussi je crois au volant de ma voiture, dangereux état de dualité, être sur la route et ailleurs en même temps, dé-doublé j’étais, mourrai-je ainsi ? alors que ce soit sur une longue route droite de l’Ouest américain où rien n’arrive jamais, avec les mesas de Monument Valley au loin, l’idéal pour partir, images de film. Lived in bars qui passe. Et toi tu flotteras à ma rencontre sur cette route du vide tu m’appelleras. Il est si facile de mourir, cela peut arriver à tout moment, il faut pas grand chose.

   Une expo la radio parlait d’une expo, sans la voix humaine le matin seul dans mon habitacle bolide a mille neuf cent centimètres cube de puissance chevaux moteurs je perdrais le sens de la route de la direction partirais en sens inverse prendrait dieu sait quoi dans les bois. La traversée de cette zone verte avec la radio, la journée est peut-être sauvée, une expo sur les hystériques de la grande époque, Sara Bernhard, Jane Avril surnommée « La Mélinite », et Charcot qui théorise, qui classe ses femmes comme des papillons, il plante les épingles de la suggestion dans leurs corps contorsionnés, et Freud qui rit dans sa barbe il invente la psychanalyse, c’est ce moment de l’histoire contemporaine, un moment fondateur, où le corps féminin fait irruption sur la scène de la conscience masculine de l’Occident en une danse déjantée désarticulée, admirez disait la responsable de l’expo l’arc de cercle parfait de la grande contorsion hystérique, le corps de la femme quel mystère l’univers s’ouvre enfin à la compré-hension, l’intellect s’empare du continent perdu de la sexualité.

Here comes the sun.


While listening to Cat Power's latest album, Sun


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