Se retrouver ici, en ce moment...

Se retrouver ici, en ce moment ; légèrement décalé, dedans dehors, la conférence « coups de cœur » des ateliers d’écriture va commencer, et j’y assisterai en spectateur… cinq minutes pas plus. Croisement, destins croisés aurait dit Calvino, c’est dans la contrainte que je gagne ma liberté, écrire est une contrainte, une liberté, ce sont deux faces d’une même réalité, recto : « moi, je, sujet écrivain écrivant » ; verso : « un cadre, un lieu, un temps, une réalité qui structure le désir ».
Désir d’écrire, écriture du désir ?
Quel lien concret unit ces deux mots ?
Pas envie de théoriser.

Le groupe s’assemble, petit à petit, elles viennent, oui, que des femmes, sauf un, elles papotent, par petits groupes, elles s’installent à la grande table en chêne dressée au milieu de la bouquinerie, un lieu, je le connais, oh ce bois sur lequel j’ai usé mes crayons, rempli mes pages du carnet noir, mon compagnon de route.
Enfin, tous le monde est assis, s’amuse, se demande quoi boire ; pourquoi pas une bouteille de rouge. Cela va bientôt parler d’un roman en train de s’écrire, l’auteur est là au milieu de ces femmes détendues qui vont passer un bon moment ensemble, qui est-elle, je ne la connais pas, qu’importe, l’auteur pourrait-être l’une d’elles, l’auteur c’est vous, c’est nous. Quand la parole circule, l’écriture fait partie aussi du collectif : expliquer, raconter, reprendre, réécrire… Nous avons du chemin à parcourir pour redécouvrir cette simplicité de l’oral, du partage, l’écrit est un prolongement, une appropriation d’un moment particulier, par une voix, un style, dans une forme qui le fixe le temps de la lecture, et puis, déjà fini, l’œuvre poursuit son travail de mots qui mutent dans l’esprit d’un lecteur.

Chaîne de mots.
Le désir est lié à une transmission.
Le langage, un code, une science combinatoire, l’écriture, une mutation de nos codes intimes.


© Philippe Geluck - Le Chat

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