Intérieur - Une chambre d'hôpital, jour


Une scène de film - Prologue de la Traversée - variation d'un mythe

Le personnage principal (Olivier) est introduit dans une chambre d’hôpital individuelle par une infirmière…

L’infirmière

Nous l’avons changée de chambre hier soir. Elle sera plus tranquille ici.

Olivier

Plus tranquille…
C’est une section isolée…

L’infirmière

Pour les soins palliatifs Monsieur.

Olivier

Merci.

L’infirmière sort. On voit une femme sur un lit, très amaigrie, les cheveux lui collent à la tête, elle gémit dans son sommeil. Un cathéter au bras, un autre tuyau souple sous le drap.

Voix off d’Olivier.

Je regardais ma femme en train de mourir.

Olivier

Elodie… Elodie… je suis là…

Elodie

Murmures

Oui

Voix off d’Olivier

Il n’y avait plus rien à dire. Je la regardais s’éteindre doucement. Elle souffrait. Fallait-il augmenter la dose de morphine ? J’étais paralysé, mais sous mon crâne, une tempête se levait.

Elodie

Faiblement

Olivier…

Olivier

Mon amour… je suis là…

Il lui tient la main. Elle ouvre les yeux. Regard vide.

Elodie

Ne me retient pas.

Voix off d’Olivier

Tu pars Elodie. Pourquoi ?

Chienne de mort, sale pute de mort, je t’ai célébrée pourtant viande pourrie de mes poésies de merde, j’ignorais qui tu étais, rien que des mots vides que je te collais sur la peau, mais voici ton visage d’horreur plaqué sur son visage, tes lèvres collées aux siennes, tu aspires sa vie petit à petit, tu la suces salope de mort, tu prends ton pied.

Débrancher Elodie, je vais te débrancher.

Ridicule, Elodie n’est pas sous respirateur, où est la prise pour retirer son dernier souffle de vie, pour couper court à la mort ?

Cette agonie interminable m’épuise.

Je ne suis pas dans ton corps Elodie.

Dieu merci mon corps vit malgré moi, me gêne, j’ai envie de pisser, veux-tu que je me coupe un bras une jambe pour abréger tes souffrances, je te les donne, où est le fil de vie qui te relie encore à ce monde où est-il ?

J’ai mal que j’ai mal, j’ai honte que j’ai honte, j’ai peur que j’ai peur.

Ne pars pas maintenant. Attends Elodie.

Elodie

Gémissements.

Mal, mal…

Olivier

J’appelle l’infirmière !

Olivier sort de la chambre. On entend la conversation derrière la porte. Caméra braquée sur Elodie.

Olivier

… la dose, il faut augmenter la dose… elle souffre…

L’infirmière

Elle reçoit déjà la dose maximale de morphine Monsieur, 600 mg par jour.

On entend Olivier qui pleure.

Olivier

… Je ne peux rien faire… S’il vous plaît, aidez-là, elle a mal…

On entend les pas de l’infirmière qui s’éloigne dans le couloir. Olivier rentre dans la chambre, s’essuie les yeux.

On va t’aider mon amour. Tu n’auras plus mal.

Voix off d’Olivier

Tu n’es rien Olivier. Tu es un voyeur. Tu es un sale type. C’est toi qui devrais crever ici.

Mon amour, un paquet de viande qui refroidit, un corps qui n’est plus rien pour moi, va-t-en Elodie, pars tu me fais souffrir pars je voudrais être ailleurs, ton témoin de mort, ta nouvelle alliance j’en suis le témoin.

Il était beau notre mariage, il était lumineux, tu étais belle, tu n’es plus rien maintenant, j’ai du mal à te reconnaître ce visage que j’ai adoré ta peau un papier sale tes cheveux blonds un paquet de fils emmêlés ton corps décharné mon dieu mon dieu ayez pitié d’elle abrégez s’il vous plait.

Six mois après notre mariage à peine ta robe blanche ce sont ces draps froids ce linceul mes baisers ceux du goutte à goutte de la morphine nous n’aurons pas d’enfant nous n’avons pas eu le temps mon amour nous ne partirons plus dans les mers chaudes les horizons les palaces les petites places nos endroits le café crème la cigarette ton rire matinal pendant que je lis les titres du Monde l’air sérieux l’air de vouloir monter une affaire avec toi nos secrets nos douceurs nos amitiés si vite trop vite

Elodie

Oublie moi.

Plan noir

Fin de la scène


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