La petite fille (Emilie Maréchal)

“La petite fille”, mise en scène et écriture d’Emilie Maréchal, au théâtre « Océan Nord » de Bruxelles du 26 novembre au 5 décembre.
Un spectacle essentiel sur le noir et la mémoire, sur Job et la souffrance, et pour finir, le sens très émouvant de la perte définitive de l’enfance. Première mise en scène de la jeune Emilie Maréchal, et pourtant, quelle maîtrise de l’écriture, des moyens techniques, la lumière et le son très important, et du jeu physique des acteurs pour une pièce où les mots sont avares, où la lenteur des gestes prédomine, avec l’évocation des souvenirs qui d’un coup, à la faveur d’un changement d’éclairage et de sonorité, surgissent, s’imposent à notre attention, avec une évidence : c’est ce qui se passe en nous lorsque nous entendons le bruit de la mer, ou que nous soulevons le voile du vieux téléviseur.
Spectacle rare, bref, de passage rapide sur Bruxelles dans un théâtre occupé par une troupe qui multiplie les audaces depuis trente ans sous l’impulsion d’Isabelle Pousseur « Océan Nord ». Un théâtre parmi d’autres de la jeune création contemporaine menacé par la réduction des subventions.
Dans ce monde de médias brutalisé, d’internet abrutissant, de sous-culture, de shows, faudra-t-il se résoudre à laisser mourir le théâtre ?
« Nous nous battrons avec nos rêves » (Michel Jeury).
Le théâtre est peut-être le dernier rempart contre l’asservissement car exercice de liberté, prise de risque. On ne ment pas en direct devant un public. On est entier, et le spectateur avec les comédiens, avec l’auteur, crée le spectacle aussi, à sa manière, car il en est le témoin, il devient par sa mémoire le passeur d’une émotion, et lorsque le spectacle s’achève, lorsque la tournée est terminée, il ne reste plus rien sur la scène qu’une immense nostalgie et dans la mémoire de ceux qui l’ont vécu, le désir de maintenir la flamme.
La création du théâtre, pour le théâtre, prendre le pari de travailler dur pendant longtemps pour quelques dizaines ou centaines d’heures de bonheur devant des salles pauvres, c’est sans doute un des métiers les plus exigeants, les plus ingrats que je connaisse. Où es ton bonheur, ta satisfaction, homme de théâtre, femme de théâtre ? Dans le jeu, dans l’acte, la vie peut-être ?
Merci aux auteurs dramatiques, aux comédiens, à tous les métiers de cette noble activité qui se battent avec leurs rêves pour nous.
Allez-y, allez voir « La petite fille » d’Emilie Maréchal. C’est au théâtre « Océan Nord » de Bruxelles, jusqu’au 5 décembre. Foncez.


Commentaires

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Et si pas maintenant, quand ? Arendt et Heidegger, par Emmanuel Faye

De Clichy à Laeken