Saturday, 29 December 2012

Paris V - Entre Canaletto et la pègre


Retranscription des notes prises sur le vif dans le « Carnet Fugace – volume II » (petit carnet Moleskine noir qui m’accompagne partout dans lequel je note, toujours au crayon, des brèves, dès que j’en ai l’occasion, assis, debout, parfois même en marchant). Les indications en italique dans le texte ont été ajoutées lors de la retranscription de ces griffonnages, pour le Journal publié ici même.

26 décembre

Exposition « Canaletto-Guardi » au Musée Jacquemart-André. Les vues de Venise (veduta) ont joué un rôle de « cartes postales » destinées aux touristes anglais du « Grand Tour » (le tour de la Méditerranée, et de l’Italie, qui passait obligatoirement par Venise, que les aristocrates au dix-huitième siècle, pratiquaient avec goût et curiosité). Belles compositions minutieuses, d’abord dessinées, dont notamment ces « Caprices »  qui m’intriguent: une Venise Imaginaire. Il s’agit d’un genre inventé à Rome par Panini, ce sont des compositions qui mélangent des scènes pittoresques avec des ruines de l’antiquité ; mais il s’agit d’une « fantasy » dans le cadre de Venise (qui n’a pas connu de monuments de l’antiquité romaine, les premiers établissements datant de la fin du cinquième siècle). On les appelle aussi des vedute ideate. Exemples : Caprice architectural de Canaletto (1724), Caprice avec un arc en ruine au bord de la lagune de Bellotto (1743), Vue à travers un arc de Guardi (1775-1780). Dans la section consacrée aux « Fêtes à Venise » il faut noter l’importance des prêts d’œuvres en provenance des collections royales britanniques. Autres œuvres remarquables : Tour de Malghara de Bellotto (1743-1745), Le Campi Santa Maria del Giglio de Guardi (1770).

Déjeuner au Café du Musée Jacquemart-André. On y fait la file dès onze heures trente. Décor : tapisseries, fresque de Tiepolo, rideaux pourpres, tapis damasquiné rouge, petites tables rondes de bistrot art déco, chaises dans le style du XVIII è avec coussins de velours rouge, lumière d’ambiance provenant d’abat-jours rouges dans des vases avec une ornementation végétale en bronze doré. A midi la salle est remplie. Plats : curry d’agneau pour moi, suprême de poulet « à la Guardi » pour Marie. La fresque au plafond du café : un balcon en trompe-l’œil, des badauds vénitiens du XVIIIème siècle nous regardant déjeuner. Je les salue.
A la boutique du Musée j’achète un recueil de « Nouvelles vénitiennes » de Dominique Paravel, publié en 2011. L’éditeur, Serge Safran, est situé à deux pas du musée sur le boulevard Haussmann.

En route vers l’hôtel, rue du Cardinal Lemoine, au numéro 71, une plaque commémorative sur James Joyce qui y écrivit les derniers chapitres de Ulysse, à l’invitation de Valéry Larbaud.
En voici le texte complet :
James JOYCE
(1882-1941)
écrivain britannique
d’origine irlandaise
accueilli par Valéry Larbaud
a achevé ici son roman « Ulysse »
ouvrage majeur de la littérature
du vingtième siècle.

Notre hôtel est situé au numéro 75. Est-ce un signe ? Hasard intéressant.

Après un petit repos bien mérité dans la chambre au décor de papier peint bleuté avec des hommes en montgolfières, drôle de façon de s’envoyer en l’air, nous poursuivons la promenade, et au passage rue de l’Estrapade, au numéro 11, je m’arrête devant une autre plaque commémorative, pour un autre de mes « héros » littéraires, le pamphlétaire Paul-Louis Courier qui y vécut en 1785 et 1791.

Le tombeau des grands hommes honorés par la République, visite du Panthéon : le Pendule de Foucault, les peintures de Puvis de Chavannes, notamment celles dédiées à Sainte-Geneviève, patronne de Paris au début de son histoire.

Avec le RER B nous traversons le cœur encombré de Paris en vitesse, et débouchons rue des Tuileries, pour un goûter au chocolat et scones à l’hôtel Meurice (on ne se refuse rien). Un homme très connu des médias parisiens y est assis à une table à côté de nous avec une jeune femme qui n’est pas son épouse (le nom du personnage est par discrétion "flouté", l'original est dans mon carnet). C’est le jour des célébrités. J’ai oublié de dire que ce matin nous avons croisés (un autre journaliste célèbre de la télévision belge), avec sa femme, à la buvette de la Gare du Midi. Une différence de style.

Le soir, théâtre du Café de la Gare, 41 rue du Temple pour la pièce "aPhone". Excellent ! Café théâtre dans sa meilleure expression, drôle, impertinent, délirant, qui se moque de lui-même. Une troupe et un auteur à suivre (Jérémy Manesse).
Dîner rapide à côté de Beaubourg.

Plus tard, rue Mouffetard, rencontre improbable dans un magasin de DvD, entre le patron, un ancien gangster et taulard, reconverti en écrivain et amateur de (bon) cinéma et une riche américaine de Boston de passage avec sa famille. Le patron du magasin fut à une certaine époque considéré, à tort, comme ayant été le caïd du « Gang des Postiches », il a écrit un livre de souvenirs « Ma vie sans postiche» pour s’expliquer, bouquin qu’il a offert à l’américaine pour l’édification de ses enfants. Le quotidien est plein de surprises à Paris !


Bellotto - Caprice avec un arc en ruine au bord de la lagune (1743)

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