Saturday, 29 December 2012

Paris VII - Bohèmes


28 décembre

Au Grand Palais, dès huit heures trente le matin, dans la file des « sans papier » (ni porteurs du magique Sésame, ni porteurs de réservations coupe-file), nous attendons anxieusement la confirmation par un gardien, du temps qu’il nous faudra patienter sous un petit crachin frais pour que nous puissions accéder aux portes du Temple, et au-delà, aux salles de l’exposition consacrée au peintre américain Edward Hopper. « A partir de ce point, c’est deux heures ».
Nous y avons renoncé.

Jouissif.
Par le Grand Escalier on arrive au bas du Sacré-Cœur de Montmartre après avoir contourné un kiosque recouvert d’affiches colorées de « Carmen ». Mais nous sommes au Grand Palais, avenue Roosevelt, au bas des Champs-Elysées, pas au pied de la Butte, comment est-ce possible ? Une des surprises de la scénographie intelligente de l’exposition « Bohèmes ».
Portrait de Baudelaire par Emile Deroy. Me rappelle quelqu’un. Légende de l’Atelier, le mythe de la Bohème artistique et littéraire, le poêle et le long tuyau suspendu de la cheminée au milieu d’une autre salle, les souvenirs de la vie de bohème de Mürger, les fantômes de Verlaine, Rimbaud, les souliers usés peints par Van Gogh, un café de Montmartre, le Chat Noir peut-être, des filles qui boivent, d’autres qui déambulent, une fille aux cheveux rouges qui est dans la fille depuis le début de l’expo, lorsqu’on nous explique l’origine de ces Gitans, les « égyptiens », cette fille au chapeau boule blanc, manteau bleu, cheveux rouges vifs, qui regarde tout et partout, sur me traces, ou bien moi, sur les siennes, depuis le début on ne se lâche pas d’une semelle, mais qui est-ce, une bohémienne, une artiste, une femme de lettres échappée de la cour de Louis XIV? Si elle lit ceci, qu’elle me fasse signe.

Déjeuner au Printemps, sous la Coupole. Belle expérience.

Dans les Jardins du Luxembourg, nous nous reposons une demi-heure face à l’étang sur des chaises trop confortables, et c’est le calme, la paix, après l’agitation des rues de Paris, des musées de Paris, des magasins de Paris, des escalators et escaliers des stations de métro interminables de Paris, des wagons bondés du RER, cela vaut bien une halte malgré le froid qui s’installe.

Enfin, les Arènes de Lutèce. Et c’est la fin de ce séjour, il faut penser au retour.

Dans la gare du Nord, en attendant le Thalys, j’écris encore ceci.
Place du Panthéon, je remarque la croix chrétienne dressée au sommet de la Coupole, rappel, témoin s’il fallait ne pas l’oublier, de l’origine religieuse de l’édifice, Basilique Sainte Geneviève dédiée à la protectrice de Paris au temps où la ville s’appelait Lutèce.
A travers ces expos, ces musées que nous avons parcourus, une réflexion « comme ça ».
Les pièces, les œuvres qui s’échangent entre musées et collections privées du monde entier laissent deviner l’existence idéale d’un réseau de relations qui unissent entre elles les figures du Beau, un « internet physique » de l’Art.

Et la devise au fronton du Panthéon est bien « Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante ».

Le soir j’ai rédigé cette note directement sur Facebook. La voici, remise à sa place, dans ce journal :

Géniale exposition au Grand Palais: "Bohèmes", ou, les représentations des Gitans, Bohémiens, Tziganes et autres Roms dans l'art occidental depuis Léonard de Vinci, et l'influence de ce courant d'idées, ou d'un art de vivre que nous appelons la "bohème", qui dérive dans l'imaginaire collectif des tribulations des "gens du voyage", et que nous connaissons à travers la vie romantique, la 'bohème' littéraire et artistique (Rimbaud, Verlaine), Montmartre... L'exposition remarquable non seulement par le contenu (excellent sur le plan pédagogique et par la qualité des œuvres d'art qui y sont exposées), mais aussi par l'originalité de la composition du parcours et de la scénographie, est un régal pour l'amateur d'art et d'idées au confluent européen du dix-neuvième et du début du vingtième siècle.

Avec ce dernier billet s’achève cet épisode du journal de Paris commencé il y a un an, fin décembre 2011, ce qui correspond aussi à la date anniversaire de ce blog des Métamorphoses de C. qui fête ces jours ci sa première année d’existence.

Pour les curieux, voici la table des matières des billets publiés à ce jour sous la rubrique "Journal de Paris": on pourra aussi afficher l'ensemble en suivant le tag 'Journal_Paris' disponible dans le menu, en haut, à droite de cette page.


– Céline, 28 décembre 2011 (publié le 8 janvier 2012)
II – Ballade à Montmartre, 28 décembre 2011 (publié le 16 janvier 2012)
III – Le nouveau Paris à l’Est, 29 décembre 2011 (publié le 22 janvier 2012)
IV – Le Petit Palais, 30 décembre 2011 (publié le 29 avril 2012) 
V – Entre Canaletto et la pègre, 26 décembre 2012 (publié le 29 décembre 2012)
VI – Au plaisir de ces Dames, 27 décembre 2012 (publié le 29 décembre 2012)
VII – Bohèmes, 28 décembre 2012 (publié le 29 décembre 2012)




Charles Amable Lenoir, Rêverie, 1893

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