Tuesday, 12 February 2013

Marilyn Quantique VIII


Griffonné à la hâte dans mon carnet noir, journal du 12 février 2043

Réveil. La sonnerie de mon GSM, mode vibreur : une longue, trois brèves, une longue… Geste automatique, je fais glisser le bouton de verrouillage, la sonnerie s’arrête. Est-il temps de se lever ? Dix minutes encore au lit ? Je peux gérer ça. A quelle heure le premier rendez-vous de la journée ? Neuf heures. Ok, je peux gérer. Douce glissade dans le demi-sommeil qui me happe le côté gauche, ma main droite reste posée sur le mobile, je sens sa froideur d’animal électronique, une moitié de mon corps doit rester éveillée, l’autre est autorisée à se rendormir.

Elijah se réveilla, un sourd roulis de tambourins dans le fond du crâne. Le soleil déjà haut dans le ciel. Il se déversait en cascades dorées à travers les fenêtres ouvertes.
« C’est quoi ici ? »

Un corps chaud, une respiration, mon corps lourd, roulé sur le côté, pas le mien qui glisse qui chuinte qui siffle sur ma peau qui m’enroule. Ne pas bouger, ne pas respirer. Qui est-ce ?

Elijah se réveilla, une sensation agréable au creux des reins, une poussée verticale, la pointe d’un genou qui s’enfonçait dans son dos, une main qui glissait le long de sa colonne vertébrale. Des ongles. Le soleil entrait généreux par les fenêtres grandes ouvertes. Soleil haut, six heures du matin ? Sous quelle latitude, en quelle saison ?
« Je me souviens ».

Un corps en mouvement dans le lit, le matelas ploie à peine sous le poids plume, je le sens et n’ose me retourner. Quelqu’un, douceur, gentillesse, je laisse faire, gazouillis d’oiseau dans mes oreilles, une femme. Ma main droite toujours posée sur le mobile je suis prêt à l’action, mais l’inaction m’enfonce dans le lit, le corps se fait plus pressant, j’avais dit encore dix minutes ? Serai en retard, serai ou pas ? Quelle réunion, un avocat ? non, un expert en I.P. Dans quel pétrin me suis-je embarqué ? Est-ce à cause de l’intrusion ? Du mot de passe ?
Marilyn !

Elijah lâcha son mobile sur la table de chevet, passa la main droite derrière son dos, sur une hanche ferme, douce, il sentait la respiration du petit animal, son souffle sur sa nuque, sa fraîcheur, il lui caressa la peau, sa main glissa sur les cuisses nues, les fesses, rondes, bien rondes.
« Tu dors ? » Sa voix, c’était elle. Que faisait Marilyn dans son lit ?

« Qu’est-ce que tu fais dans mon lit, poupée ? » Il avait dit ça d’une voix menue, une voix si faible qui sort d’une masse de cent vingt kilos : qu’en penserait sa voisine ? En parlant, ses doigts passèrent sur le ventre de la femme, plongèrent plus bas, se mirent à frôler les poils pubiens.
« Belle question ! Tu es un affreux bonhomme ! Je ne te parle plus ! »

Elijah Bayley du clan Dodge de Canyon Chelley, parent des Ojibwas de Petite Montagne, sourcier, sorcier, pirate informatique, expert en intrusions, détections, spécialiste du Lüger amélioré et des armes qu’on ne trouve qu’au marché noir dans les ruines du Casino Hôtel Mirage sur le Strip, ancien commissaire en chef de Las Vegas, mis à la retraite forcée pour une sale histoire qu’un politicien avait arrangée, une histoire de femme, une histoire de corps volé, de corps substitué, de corps de synthèse fabriqué par la General Genetics, « G.G. », Elijah se souvint de l’attentat manqué contre la belle poupée qui était en train de lui tripoter le sexe.
« Marilyn, bébé, je t’avais dit : ce n’est pas pour la bagatelle, je t’héberge chez moi quelques temps, de quoi te faire oublier, te mettre à l’abri des tueurs qui te séduisent avec leurs sourires et leurs crimes. J’ai à faire ce matin, tu veux bien ? »
« Oh, ce n’est pas juste ! » La Marilyn Monroe de synthèse qui se tenait à côté de lui sembla avoir soudainement saisi la portée phénoménale du sermon de l’évêque d’Hippone, et d’une voix serrée par l’émotion conclut : « va te faire voir ! »


Elijah à moitié redressé regarda par la fenêtre. « Oh mes ancêtres ! » s’exclama-t-il.
- Qu’est-ce qu’il y a chéri ? demanda la voix un peu angoissée de Marilyn.
- Ce que je vois ne ressemble pas trop au Nevada, ni à l’Arizona. Je ne sais pas où nous sommes ma poupée. »
Au loin des montagnes enneigées, un ciel bleu électrique, un désert, et planté sous leurs yeux, dans la plaine vide, un arbre roc.


(à suivre)


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