Sunday, 3 February 2013

Paris VIII – Edward Hopper, last day


Dans le Thalys

Tu sens le train qui bouge quand tu marches dans le couloir rejoindre les toilettes homme     te tiens aux poignées     aux dossiers des fauteuils rouges     tu voudrais bien toucher en passant la tête blonde de ta voisine     une flamande qui est avec son copain     « pardon ce train va vite je penche à gauche à droite à gauche     me rattrape comme je peux     vous ai-je fait mal     non     vos cheveux sont très doux     merci »
tu voudrais le lui dire alors tu lui écris
tu regardes les voyageurs     une femme lit Le Monde un titre « Les Banques… » puis tu oublies     sa voisine lit un roman
tu voudrais lui demander « que lisez-vous ? » alors tu lui écris
tu as eu le temps d’apercevoir son visage lorsqu’elle s’est assise sur la rangée devant toi     tu la trouves très belle     elle s’endort le menton appuyé sur sa main droite la tête légèrement penchée     tu vois son reflet dans la vitre le visage immobile le remblai les arbres un Thalys en sens inverse le visage ne bouge pas un canal la plaine les pylones électriques les fils portent les notes d’une partition des rondes noires sur les fils     le visage le ciel tu vois des tableaux     elle bouge elle manque de sommeil
tu voudrais lui demander « mademoiselle, avez-vous fait l’amour toute la nuit ? » alors tu lui écris
elle ouvre les yeux     c’est fini reprend son livre tu n’arrives pas à lire d’où tu es tu n’as pas pris tes jumelles
le ciel est partiellement couvert     une longue bande étroite de bleu apparaît entre les draps gris-blancs des nuages     des éoliennes
c’est le Nord de la France
la poétesse s’est rendormie
la jeune flamande aussi
là-bas tu vois du bleu-vert plus haut du bleu vif
tu voudrais dire au ciel « es-tu toi aussi mal réveillé ce matin     qu’as-tu fait de ta nuit qui te tourmente encore ? » alors tu lui écris
un groupe d’oiseaux s’envole au-dessus d’un champ
ton message est parti avec eux.


Sur le pont Alexandre III
Quatre groupes équestres dorés encadrent le pont haut perché sur les pilliers d’angle, anges aux trompettes longues du Jugement
Que claironnent-ils qu’annoncent-ils ?


Dans le Grand Palais, l’exposition Edward Hopper
Chronologie : séjours parisiens, 1906, 1909, 1910.
Premières illustrations, aquarelles, deux hommes élégants assis à la terrasse d’un café
bavarder
regarder les passants
harmonie de la composition

Entre 1917 et 1925, illustrations, couvertures de magasine, sujets en mouvement, comme de la bande dessinée, pour : Wells Fargo Messenger, The Express Messenger, Hotel Management, The Morse Dial
Illustrations de livres 1906 Victor Hugo L’année Terrible
Sur les toits de Paris une jeune femme le drapeau français à la main

Soir Bleu (1914) d’après Rimbaud avec une allusion à Watteau – début de l’œuvre peinte, Hopper a trouvé un style, polémique sur le tableau

Période des gravures, 1915-1928
Night Shadows
Période des aquarelles, 1923-1925
Petite ville de Nouvelle-Angleterre
Des jeunes filles prennent les aquarelles en photo sur leurs téléphones portables – je regarde ‘House at the Fort’ (1924) sur l’écran de l’appareil, et devant moi accroché au mur, et à travers le regard de la photographe – vision double, sujet observant œuvre observée, sujet observé
écrits des voirs et du vu.

Les grandes peintures.
House by the Railroad (1925)
La maison qui inspira Psychose de Hitchcock.
Un couple se tient enlacé devant ce tableau partageant l’audio-guide
les talkies des gardes se répondent – un incident.

Lighthouse Hill (1927)
Une des plus belles peintures.

Série d’intérieurs new-yorkais, scènes de la vie quotidienne, hommage à la Dentellière de Vermeer
Eleven A.M. (1926)
Femme nue à longue chevelure rousse dans un fauteuil bleu à sa fenêtre observe la rue
ambiance de mystère d’étrangeté, lumière jaune masses blocs géométriques deux livres traînent sur une table ronde.
« Fenêtre sur cour » (Hitchcock)

Chop Suey (1929)
les deux femmes en pull moulant et chapeau cloche – c’est une scène de ma chronique des Carver, Wendy de dos et sa sœur Cathy parlent de Jim.

Railroad Sunset (1929)
Chef-d’œuvre.

Hotel Room (1931)
L’attente. Cette femme vient-elle d’arriver dans la chambre, est-elle sur le point de partir ?
Un attroupement se forme. Une femme s’agenouille à côté de son petit garçon, le tient tranquille, écoute le commentaire, le radio-guide plus ou moins collé à l’oreille.

Ground Swell (1939)
La lumière ! la lumière !
les vagues sont immobiles
le groupe sur le bateau est-il inquiet ? Quelque chose va-t-il arriver ?

Cape Cod Evening (1939)
La forêt bleue à côté de la maison – le chien Lassie a-t-il senti l’inconnu qui arrive ?

Nighthawks (1947)
Ce tableau a-t-il été inspiré par la nouvelle d’Hemingway « The Killers » ? Film noir ou juste l’ennui et la solitude des grandes villes ?
Nous sommes ici dans l’aile gauche du Palais, par rapport à l’entrée, par la fenêtre au premier étage je vois les files des visiteurs qui attendent dans la pluie qui commence à tomber légèrement – les plus patients d’entre eux attendront six heures avant d’entrer. C’est le dernier jour de l’expo.

Second Story Sunlight (1960)
Ce tableau est à l’origine de mon texte « La boîte bleue », la jeune Wendy attend le courrier de son fiancé dans la maison de vacances qu’elle occupe avec sa grand-mère.

People in the Sun (1960)
Ils prennent un bain de soleil dans le désert et ils sont tous habillés en costume de ville. Intriguant tableau, à rapprocher d’Excursion into Philosophy, sous couvert de banalité ne s’agit-il pas en réalité de la recherche de l’déal ?
Marie me dit que ce sont des acteurs qui attendent de tourner sur un plateau de cinéma.

Sun in an empty room (1963)
L’abstraction. Regarder une chambre vide.
Marie dit que c’est un appartement après un déménagement. Des gens vont arriver pour le visiter. C’est nous. Je lui dit « on le prend ».
C’est le mot de la fin.


Quais de la Seine Rive Gauche, du Quai d’Orsay au Quai Montebello
Arrêts chez quelques bouquinistes. J’achète trois vieux Marie-Claire du 15 septembre 1939, 29 septembre 1939 et du 10 juillet 1942.
Vieux exemplaires du Livre de Poche dont la première version de l’Atlantide de Pierre Benoit.
On passe en vitesse chez Shakespeare & Co.
Un verre à la brasserie « Le Départ » quai St-Michel avant le départ.


Dans le Thalys
Devant Shakespeare & Co il y avait une boîte de livres en liquidation ‘for free’. Un livre de poche à couverture jaune attire mon attention. Ce livre est pour moi.
« The life and opinions of Muf the Dog and of his friend Marilyn Monroe » par Andrew O’Hagan, roman humoristique sur les deux dernières années de la vie de Marilyn racontée par son chien.

Je relis ces notes, c’est de l’écriture de plein air, d’après nature, en voyage, prise sur le vif.


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