Rien de mieux à faire (IV)


Tout remué après ma conversation avec Madame mon âme (voir épisode précédent), je décidai que le mieux à faire, plutôt que rien, était de dormir.

Au réveil, j’éprouvai à quelques minutes d’intervalle, deux sentiments parfaitement contradictoires.

Un immense sourire à la vie, l’envie de dire « merci », le crier partout, l’écrire directement sur le Soleil, lancer mes rubans de mots dans les nuages vers tous ceux que j’aime. Ils ou elles, sont de plus en plus nombreux. Il n’y a pas de limite à l’amour semble-t-il, c’est une sphère en expansion.
Très curieuse impression à la fois de toute puissance et de reconnaissance. D’où vient-elle ? Sentiment narcissique primitif d’avant le split des instances psychiques entre Moi et Sur-Moi ? Je fais appel à mes amis psychanalystes pour me rappeler les concepts, la stratification psychique et la dynamique.
Je parlais du psychanalyste anglais Winnicott et de la théorie de l’objet transitionnel il y a quelques jours à L., en la conduisant à l’aéroport. Elle avait une peur folle de perdre sa peluche. Je l’ai photographiée. « Tu vois, il est là.  Il part en voyage avec toi. » J’espère que tout va bien pour toi en ce moment L. T’amuses-tu devant l’aquarium géant de D.? Tu es une des deux jeunes femmes qui viennent d’être acceptées à l’école de la parfaite équanimité (voir épisode II). Je reviendrai sur ce qui t’arrive dans cette école.
Est-ce de là que vient le sentiment de la Joie totale ? La perception du Soi qui est à la fois soi-même et un grand autre ? Quand nous touchons l’inconscient ?

Et puis, presque sans transition, j’éprouvai la sensation d’une imminente catastrophe qui allait me tomber dessus. Je n’arrivais pas à trouver des mots plus précis. J’avais sous les yeux un bandeau rouge, comme ceux que les éditeurs ajoutent sur les livres pour attirer le regard, avec écrit en lettres blanches « imminente catastrophe ».
Quoi, la Corée du Nord ? La guerre atomique ?
Non, juste une microscopique catastrophe préparée soigneusement pour moi.
Même question : d’où vient ce sentiment ? Il doit être lié d’une manière ou d’une autre à son opposé, ou son complémentaire. Peut-être la peur panique de perdre l’objet transitionnel ? Le lien profond avec ce qui garantit la continuité du soi ? Avec un autre qui représente pour nous à un moment donné une des figures de l’inconscient ?
Ce qui me paraît évident, dans l’analyse, c’est que le lien entre ces sentiments extrêmes n’est pas fortuit. Il y « quelque part » une couche profonde de mon psychisme qui vibre, à quoi, et comment, je ne peux le comprendre. J’ai envie de dire ; qui change d’état sous l’effet de rien d’autre qu’un photon. Un « Soi » indéterminé qui bascule flip-flop en fonction de l’état de la lumière dans le ciel, d’un rayon qui touche ma pupille, excite les cônes, les bâtonnets du fond de la rétine, et se fraye un chemin à travers les connexions synaptiques jusqu’à exciter un centre émotionnel, une pensée abstraite. Mais cela n’explique rien, n’expliquera jamais rien. Cela reste de la mécanique.

« Rien de mieux à faire » se poursuit, surfant sur les vagues.

Conduire devient dangereux. Je n’ai pas de longs trajets à faire en ce moment. Et quand bien même. Peut-être vais-je enfin m’élancer vers le Soleil ?

J’ai eu sous les yeux il y a quelques minutes, dans les archives de mon iPhone, une vieille photo d’un de mes bouquins. Il est resté chez moi avec quelques milliers d’autres livres. Dans mon « autre autre » chez moi. Il s’agit du « Paradis II » de Philippe Sollers en première édition chez Gallimard (collection Blanche).

Je crois au Paradis.

Sollers et moi (quelle prétention !) – j’ai l’impression de parcourir un chemin où il y a de manière flagrante des affinités profondes entre ce qu’il raconte dans ses livres et ce que j’aime lire, que je vis métaphoriquement parfois: Dante d’un côté, Louis-Ferdinand Céline de l’autre. Faudra que je travaille ça. Par contre je n’éprouve pas d’affinité spéciale avec le dix-huitième siècle littéraire, ni avec Venise (d’autres grandes passions de Sollers). Pas tout mélanger !

Madame mon âme m’a fait cadeau d’un livre à écrire.

Quelques figures féminines inspirent ma musique, et plus secrètement, comme d’un autre rapport au monde que je cherche à construire à travers mon écriture : Marilyn Monroe, Virginia Woolf. Faudra que je travaille ça.

Deux figures de jeunes femmes sont là aussi, elles attendent une forme de révélation dans les écoles de la parfaite équanimité. Elles sont à la fois réelles, je ne les choisis pas par hasard, et ce sont aussi des avatars de mon inconscient : L. et B. Faudra que je travaille ça.
J’ai ma petite idée sur le sous-jacent.

(à suivre)


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