Rien de mieux à faire (VIII)


Le combat s’est poursuivi toute la nuit.

A la lueur de la lune, le maître et le disciple croisent et décroisent leurs épées, frappent du plat, esquivent, pointent, parent, pirouettent, gesticulent ; les étincelles pleuvent, le mont Song résonne des claquements de l’acier, des cris des danseurs, une batterie de rock heavy metal et un guitariste électrique fou emportés en haute altitude rythment les pas de la lutte, jusqu’à ce qu’un incendie s’allume dans les broussailles sèches, qu’un vent se lève attisant les flammes qui nettoient la forêt autour du couple improbable de Karen et de la mystérieuse eurasienne aux yeux épées, aux lèvres miroirs, aux jambes ultra-soniques, à la chevelure de dragon, Miss Y. du clan des Arracheurs de Soleil, l’experte des voies troubles et interdites de la Main Gauche, jusqu’à ce qu’enfin l’un des deux adversaires tombe, lame contre jugulaire, imparable coup, reconnaisse la défaite honorable, abandon dans lequel se nourrit un amour de la vie plus fort que tout.

Tu as bien combattu dit Miss Y. en aidant Karen à se relever. Tu m’as donné du fil à retordre quelques fois renchérit-elle avec le sourire, en passant le bras autour de son élève comme si elles étaient deux vieilles copines de faculté. Viens, rentrons, tu as faim. Un bol de riz si tu veux, avec du poulet et des piments. Oui. Viens. Et puis tu te reposeras un peu car ta deuxième journée d’entraînement va bientôt commencer.

Karen ne pense plus rien, elle n’est plus qu’action orientée vers la perfection du geste, d’un résultat dont sa vie dépend à chaque souffle.

Inspire, expire, Karen tu te transformes, depuis ton arrivée, un miracle ; non, ta volonté, rien que ta volonté. Je sais que tu y arriveras. Le mandarin ? Du chinois évidemment. Les arts martiaux ? Une vie d’entraînement. Tu y arriveras.
Trois mois, tu dois tenir trois mois, en mettant les choses aux mieux ou au pire.
Dors maintenant petite fille.

(à suivre)


Zang Zi Yi, in Crouching Tiger, Hidden Dragon - film de Ang Lee (2000)

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