Tuesday, 18 June 2013

Ring (pré-projet romanesque X)


Un projet romanesque s’use avec la vie de l’auteur, dans la vie des mots et du corps.

Les mots et les corps, nous parlons les uns et les autres ; nous inventons le langage dans la danse, les rites, les signes, mais nos tripes qui parlent, nos bouches, nos orifices, les entrées, les sorties, toute une économie de la matière, de la digestion d’un bol alimentaire et d’un souffle d’oxygène, en énergie, glucides, sucres, matière à combustion pour le cerveau cet ogre, pour les fibres nerveuses du langage, mécanisme complexe qui nous usine, nous déchire, nous ploie dans ses fers ingénieux, qui nous aimante, nous écartèle, de note en note, de pas en pas ; alors nous l’avons inventée, au début….

Au début, il y avait la danse.

Par ce conduit magique qui baigne dans les sucs et les fluides de la grammaire générative, transformationnelle, nos mots prennent forme en même temps que la matière se dissout en zébrures, électricité, ions, aliments pour le cerveau cet ogre, pour ton cortex temporal gauche, le sais-tu plus précisément, oui le sais-tu. C’est là qu’elles habitent les règles avec lesquelles nous formons des phrases et le lexique, et la phonétique, et l’audition. Oui, c’est de l’auralité avant que d’être oralité, l’affaire du langage.

Par ce tuyau qui me passe à travers le corps je respire, j’absorbe, je mâche, je digère, je transforme l’impalpable en or et en merde, et c’est l’aventure du langage qui commence, l’aventure du déchet humain, du reste humain ; les mots du poète sont-ils à la fois la lumière qui traverse l’espace entre les neurones et l’excrément de son corps-cerveau ?

Tu as un corps, sent battre le pouls de tes mots ; dans ta vie, dans la vie de ceux que tu aimes, et de tous les inconnus, tes frères et sœurs qui peuplent la terre ; tu as un corps poète et une main qui écrit les émotions, la vie de ce cœur où se concentre l’expression la plus pure de soi ; raconte le cœur, raconte-nous.

Au début, il y avait la musique, et la danse. Le rythme. Les corps dans l’espace.

Que seraient corps nourris de mots, producteurs de poèmes, que seraient cœurs des romanciers qui battent avec d’autres cœurs, que serait-ce me dirais-tu sans le ciel des étoiles fixes, des idées, dans ce ciel des philosophes d’où qu’on le veuille ou non nos pensées directrices dérivent comme les tangentes aux courbes, comme les fleurs aux bourgeons, comme les arbres à l’humus, comme l’enfant à l’enfant, de tous les enfants partis au ciel des anges, que serait-ce s’il n’y avait la contemplation du Bien pour nous consoler de la vie des corps et des mots. Que serait-ce, mais dieu merci, le ciel existe de toute éternité.

Le roman, vie des mots, des gens, des idées. Simple. Une école de commerce pour sensibiliser les managers au romanesque immanent de la condition humaine, et du coaching en écriture de romans, voilà une idée pour rentabiliser les émotions et les coups de sang du vecteur d’idées qui me traverse depuis que je fais des ronds autour de Bruxelles de jour, de nuit.

Ecrire entre « urgence » et « patience », entre deux frontières, deux zones, comme celles que définit une route, plan ; nous sommes dans la surface de l’écriture, c’est la page qui devient cerveau, vouloir, désir ; mais deux temporalités comme deux immanences de l’être de l’écrivain. J’écris dans quelle temporalité, j’hésite, le projet, que va-t-il mobiliser, que va-t-il exiger. Mon sentiment : l’urgence domine maintenant et à long terme. Mon espoir : apprendre la patience. Devrais-je m’amoindrir pour grandir ?

Quoi me conditionne ? C’est le projet lui-même, l’action : un roman s’inscrit dans le temps long (la performance de Simenon qui dit-on s’enferma dans une cage pour rédiger un roman en vingt-quatre heures sera l’exception qui confirme l’intuition), et ce projet « Ring » qu’est-il aujourd’hui, qu’en sera-t-il demain ? Je m’étais fixé fin Juin pour arriver à une conclusion.

Ce projet se construit aussi avec des interactions, des discussions. Je tiens à remercier celles et ceux qui ont déjà contribué par leur écoute et leurs remarques à l’élaboration du pré-projet : Robert, Aude, Brigitte, Johanna.

Jason, c’est le mec, le personnage principal, l’historien américain spécialiste de la guerre civile, arrivé en Europe au début des années 90 et (pour une raison qu’il me reste encore à découvrir) il s’est trouvé impliqué dans la guerre civile en ex-Yougoslavie. C’est lui qui décide de prendre sa bagnole et faire des tours sur le Ring de Bruxelles jusqu’à épuisement. Il fuit une tragédie personnelle.  L’action se déroule sur l’autoroute et dans les brèves allées et venues aux abords de la celle-ci. Ce qui m’obligera à une exploration systématique des vingt-huit entrées / sorties du Ring.
Il y a un autre gars, ou une fille, qui le suit à bonne distance, il n’a pas encore de nom ou de visage, mais un nouveau personnage va apparaître, on va être dans un duel.

Au début, il y avait la musique, et la danse. Le rythme. Les corps dans l’espace. Et la partition, le chef d’orchestre ou le metteur en scène, et le prêtre ordonnateur du rituel. Quand je vis que tout cela était en place je m’en remis aux Muses… mais n’était-ce pas Médée la Mère qui surgit inopinément du ventre plat des Erinyes à la poursuite de Jason ?



J'avoue, si les Erinyes ont ce look, je veux bien être Jason. Pourquoi cette image? Cela ne fait pas sérieux sur le "Ring"... imaginez, ce pourrait être une pub aperçue par Jason... ici... Jason a beaucoup d'imagination... il voit plein de trucs... 


Le Ring se mérite dans l'effort, la pratique... tous les jours ou presque, explore un tronçon, prend un segment, identifie chaque entrée, explore les alentours... à cette condition écrira-tu un synopsis détaillé du roman et décideras-tu en Raison de l'intérêt de poursuivre ce projet délirant. 
Au fait, j'ai compris aujourd'hui à travers les flash radio sur l'état des routes la distinction entre le "Ring intérieur" et le "Ring extérieur", le premier est celui qui à Bruxelles sur sa droite, le second est celui qui à le hors-ville à droite (et la ville à gauche), et donc dextrogyre pour le premier (sens des aiguilles d'une montre) et lévogyre pour le second. Distinguo subtil et sémantiquement intéressant. 
La photo ci-dessus de l'auteur tirée le 17 juin vers 21 heures est prise sur le Ring intérieur dans la descente du viaduc de Vilvorde (le Ring dextrogyre).



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