Wednesday, 31 July 2013

La Peau de l'Autre (étude sur Ian McDonald)

LA PEAU DE L’AUTRE - Figures extraterrestres chez Ian McDonald

Dossier sur l'écrivain de science-fiction britannique Ian McDonald (né en 1960)

par Christo DATSO
(étude publiée dans Galaxies n° 14 septembre 1999)
texte et notes sans mise à jour par rapport à la publication d'origine

I. La Machine à imaginer l’Autre
II. De la Conquête de l’Amérique aux Opéras du Ciel
III. Peau neuve pour les envahisseurs
IV. Immigrants nouvelle vague
V. Un point de Loi : l’ordre symbolique
VI. Au-delà du Principe d’Identité : le Sujet Divisé

I. La Machine à imaginer l’Autre

L’extraterrestre représente une des interrogations fondamentales qui traversent la Science-Fiction, travaillée au corps de ses textes et de ses images par le thème de la différence, de l’altérité. 

Qu’il s’agisse du Futur ou d’autres temps revisités, de Mondes Etrangers, de Créatures en tous genres, à travers n’importe lequel de ses thèmes, la Science-Fiction vise à troubler nos certitudes, à remettre en question, insidieusement, les fondements de certains concepts autour desquels s’articule notre vision du monde et de nous-mêmes. Elle cherche par l’épreuve des conjectures rationnelles à subvertir notre intelligence et notre imagination.

L’altérité renvoie vite par un jeu de miroir et de redoublement à l’identité, l’Autre au Même ; l’Identique étant l’un des concept fondamentaux de la pensée, cette quête de l’Autre occupera encore longtemps la Science-Fiction, littérature spéculaire et spéculative par excellence.

A côté des mises en scènes stéréotypées, caricaturales, comme le monstre aux yeux pédonculés, et que l’on retrouve dès les origines, surtout dans la veine la plus populaire de la Science-Fiction, de nombreux textes mettent en perspective la condition humaine à travers la métaphore d’un contact étranger. La problématique identitaire, dans sa perspective personnelle, communautaire et humaine, constitue l’arrière-plan du thème de l’extraterrestre, sa pierre d’angle.

Qui est cet “autre”, double mimétique ou inquiétant, parfois radicalement étranger, avec lequel nous sommes le plus souvent en situation de compétition, de guerre ? Qu’a-t-il à dire sur nous-mêmes que nous ne sachions déjà, et qui est tu ?

Cette question est à envisager dans le choc de la rencontre, de la découverte et du dérangement, que l’autre provoque chez l’humain, et non pas dans la perspective d’un décor, même si l’extraterrestre en constitue la pièce maîtresse, créature intégrée dans un tout et indissociable de son contexte — comme par exemple dans Solaris de Stanislas Lem, où la planète et la créature, l’entité pensante, ne forment qu’un.


II. De la Conquête de l’Amérique aux Opéras du Ciel

Pour entamer l’investigation des rencontres imaginaires d’humains et d’aliens, rien de tel qu’un regard rétrospectif sur l’histoire de nos civilisations, et en particulier sur la Conquête de l’Amérique. Cette histoire présente un caractère exemplaire, unique, un moment de bascule qui ne se reproduira plus jamais peut-être, à moins de rencontrer un jour pour de vrai des civilisations extraterrestres.

Dans le fond, et c’est un rapprochement osé, la Science-Fiction qui est née sur le Vieux Continent, s’est épanouie dans le Nouveau Monde, parce que l’Amérique représente peut-être dans l’inconscient occidental, la part de l’Autre qui a été perdue à jamais, l’effet inattendu d’un manque, d’une absence, provoquée par le génocide de peuples entiers (Aztèques, Incas, Indiens des plaines).

Que s’est-il passé à l’aube du seizième siècle, qui mérite de la sorte la mention d’histoire exemplaire ? Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, deux civilisations se rencontrent qui ignorent tout l’une de l’autre, jusqu’à leur existence, et la découverte — 1492, puis la conquête de l’Amérique, marquent le début de l’ère moderne, le moment où — comme l’écrit joliment Tzvetan Todorov, les hommes ont découvert la totalité dont ils font partie tandis que, jusqu’alors, ils formaient une partie sans tout (1). Le prix à payer pour la constitution de cette totalité et le passage à un monde fini, est énorme: pour les conquistadores espagnols, et plus généralement, pour tous les européens qui suivirent, la rencontre avec des étrangers dans un sens qui ne s’était jamais présenté avec autant de radicalité, débouche sur un des plus grands massacres de l’histoire (2). La question de l’autre comme extériorité est oblitérée, manquée, et la conscience occidentale n’en finit pas de proclamer la mort du sujet (3).

La disparition des cultures amérindiennes ne fut pas un processus déterminé, le résultat d’un plan d’extermination appliqué à grande échelle, mais la conséquence d’un enchaînement effrayant, où comprendre conduit à prendre, et prendre à détruire (4), l’effet insoupçonné d’une différence culturelle — que Todorov soutient par l’analyse des sources historiques de la Conquête des Amériques, dans l’utilisation du langage et de façon plus générale, dans la manipulation des signes. Les Mayas et les Aztèques ont perdu la maîtrise de la communication. La parole des dieux est devenue inintelligible, ou alors ces dieux se sont tus. [...] Les Espagnols auraient-ils triomphé sur les Indiens à l’aide des signes? (5)Ce fut entre autre, dans la dimension performative du langage, celle de la manipulation d’autrui, que les conquistadores se révèlerent supérieurs aux Aztèques.

Pour les philosophes analytiques anglais, parler une langue, c’est adopter un comportement, accomplir des actes de langage conformément à des règles complexes (6). J.L. Austin est le premier à avoir parlé des énoncés performatifs. Il s’agit d’énoncés de forme indicative (qui se présentent donc comme des descriptions d’événements), mais qui possèdent cette propriété que leur énonciation accomplit l’événement qu’ils décrivent. Par exemple : je te promets de venir, je t’ordonne, je te permets, je te congédie, je te conseille, je te baptise ... 

Si l’on s’attache aux éléments purement militaires de la conquête, il y a un mystère : comment expliquer la victoire fulgurante des Espagnols, alors que Cortès entraînait avec lui quelques centaines d’hommes, sur le royaume de Moctezuma, qui disposait de plusieurs centaines de milliers de guerriers ? A un niveau très général, on dira que Cortès a su habilement profiter des dissensions existantes entre Indiens, rallier certains d’entre eux à sa cause; qu’il a pleinement exploité l’effet de surprise provoqué par son arrivée, et contribuer à renforcer les croyances des Aztèques qui le prenaient pour un dieu; on mettra également en lumière l’incompréhensible passivité de Moctezuma, sa résignation devant un sort qu’il semblait attendre; mais si l’attention est portée aux détails de cette histoire, comme le fait Todorov, c’est la question du langage et de la différence culturelle qui sautera aux yeux. Pour résumer son hypothèse, il existe deux grandes formes de communication, l’une entre l’homme et l’homme, l’autre entre l’homme et le monde; les Indiens cultivaient surtout celle-ci, les Espagnols celle-là. Et parce que Cortes avait compris que les signes et les mots sont une arme destinée à manipuler autrui ⎯ les exemples abondent, à commencer par l’adroite utilisation des interprètes, alors que les Aztèques demeuraient soumis au dialogue avec leurs dieux, le résultat en fut une des conquêtes les plus rapides et les plus paradoxales de l’histoire.

La capacité des Européens à comprendre les autres est peut-être un des traits caractéristiques de l’homme occidental, mais comprendre n’implique pas la sympathie à l’égard d’autrui, et dans le cas de la conquête de l’Amérique, c’est plutôt un jugement de valeur entièrement négatif sur les Indiens, qui accompagnait la connaissance des Européens. L’appétit du pouvoir et des richesses expliquent ensuite la disparition brutale des Indiens.

La conquête de l’Amérique a une valeur d’exemple à ne pas suivre, de paradigme inversé, qui continue à préoccuper aujourd’hui encore le monde de la Science-Fiction américaine : Le fait que les peuples “civilisés” ont commis dans le passé des atrocités contres les peuples “non-civilisés”, et que certains le font encore, signifie-t-il que nous devrions renoncer pour toujours au désir de nous répandre dans l’espace ?... Je serais d’avis que nous devrions aller dans l’espace, et que la possibilité de contact avec d’autres espèces est une des raisons de le faire (7). 

Le mélange de refus de l’autre et de curiosité qui accompagna la découverte de peuples étrangers, se trouve naturellement projetté dans l’imaginaire. Il n’est pas étonnant de constater qu’un grand nombre de récits de Science-Fiction qui ont posé la question de l’Autre, dès la fin du dix-neuvième siècle, ont illustrés cette attitude, reflet de l’impérialisme occidental, et enfermé dans des stéréotypes son image déformée jusqu’à l’absurde. L’alien présenté sous les traits d’un monstre, incarne le double angoissant, le reflet inversé du Moi; il devient celui dont la fonction est de conforter l’assurance de notre propre identité.

Pourtant, ce qui n’aurait été qu’une variation moderne sur un vieux thème de la littérature fantastique — les histoires de doubles (8), devient quelque chose de nouveau, parce qu’il s’agit de la Science-Fiction, et qu’à côté du dégoût ou de la peur qu’inspirent ces “autres”, il y a l’idéal que la Science propose, la connaissance objective. A l’opposé du récit fantastique qui cherche à nous faire douter de nous-mêmes, et dont l’effet recherché est la peur, le récit de Science-Fiction naissant vise la maîtrise de l’inconnu, l’assertion de certitude au nom de la Science toute puissante; l’angoisse y est efficacement refoulée sous l’appareillage de la Raison et de ses avatars technologiques (9).

C’est avec l’émancipation du genre de l’héritage populaire des pulps, dans les années quarante-cinquante, que le thème de l’alien comme envahisseur ou double mortifère de l’homme, a glissé vers les problèmes de communication, de relation entre “eux” et “nous”; l’accent s’est déplacé sur la critique sociale détournée, les problèmes de la religion, des mentalités, du sexe.


III. Peau neuve pour les envahisseurs

Ian McDonald est parmi les écrivains actuels, un de ceux qui contribuent le plus au renouvellement des idées anciennes de la Science-Fiction. Sujet britannique résidant à Belfast, en Irlande du Nord, il publie depuis une dizaine d’années des textes élaborés, d’une grande richesse stylistique. Son premier roman, “Desolation Road” (1988 US), a été comparé aux “Chroniques Martiennes” mêlées à “Cent ans de solitude”, une plaisanterie limitée dans sa précision si on n’ajoute pas Cordwainer Smith à Ray Bradbury et Gabriel Garcia Marquez (10). Son oeuvre la plus récente prend appui sur le thème classique de l’invasion de notre monde par des espèces étrangères, à travers le cycle des histoires consacrées aux “Shi’ans” d’une part, et dans le cycle de “Chaga” d’autre part (11). Seule une nouvelle, sur l’ensemble des deux cycles, a été traduite à ce jour en français (12).

Le cycle de Chaga, dont un deuxième roman est à paraître, relève d’une Science-Fiction hantée de visions cosmiques et de transfigurations de l’espèce — les références à Arthur C. Clarke sont explicites; toutefois, l’art et la manière d’Ian McDonald transcendent les sources avouées. Cette invasion de la Terre par une forme de vie végétale (à défaut de l’identifier autrement), agit comme un amplificateur chaotique du dérèglement de la société.

Le cycle des Shi’ans aborde de nombreux aspects de la problématique identitaire définie plus haut: qu’est-ce que l’homme ? décliné du point de vue de l’identité biologique, nationale, familiale, sexuelle. Ce n’est pas tant au niveau thématique que l’auteur innove, en dépit que quelques trouvailles remarquable, qu’au niveau de la manière de travailler sa matière, de camper ses personnages ordinaires, de dire l’essentiel avec peu d’effets.


IV. Immigrants nouvelle vague

A l’opposé de l’impersonnalité des formes de vie étrangère décrites dans Chaga — ou de “l’a-humanité” d’une Intelligence Cosmique qui tire les ficelles de l’évolution des espèces, les Shi’ans campés par Ian McDonald sont proches des humains (13), bien que fondamentalement différents.

Dans un avenir immédiat, une flotte interstellaire en provenance d’un système situé à soixante années-lumière, se rapproche de la Terre. C’est l’expédition colonisatrice, issue d’une civilisation technologique, qui a plusieurs milliers d’années d’avance sur celle des hommes, les Shi’ans, peuple ancien parti à la conquête des étoiles. Il faut les admirer. Quatre-vingt huit vaisseaux interstellaires, huit millions de personnes, c’est toute la population de Londres... Ces types peuvent maîtriser les lois de base de l’univers. Ils auraient put nous chasser de chez nous, prendre la planète sans problème. Je l’ai entendu à la télé (14).

Avec cette donnée de base, on imagine facilement des conséquences belliqueuses, un schéma usé par un siècle d’histoires d’envahisseurs; mais il n’en est rien, les Shi’ans se présentent plus en réfugiés demandant le droit d’immigration, qu’en conquérants. Et tout le basculement qu’Ian McDonald opère sur le cliché est là : bien qu’extraterrestres, les Shi’ans ne sont ni plus ni moins étrangers aux peuples de la Terre, que — par exemple, les pakistanais ou les chinois ne le sont pour les irlandais ou les londoniens de souche. C’est ce que nous aurions fait si nous étions arrivés chez eux, sur la planète-mère des Shi’ans; mais pas eux. Non, ils ont demandé. Ils ont négocié. Vous savez pourquoi ? Ils sont meilleurs que nous. C’est un fait (15).

Parti d’une image forte de space-opéra, l’entièreté des récits qui composent le cycle Shi’an plonge dans le quotidien, parfois le plus plat, des banlieues d’aujourd’hui, dans l’analyse ethnographique ou l’enquête sociale des communautés d’immigrants, dont l’une est sans doute plus particulière que les autres, mais pas fondamentalement différente de l’ensemble des populations qui coexistent dans l’équilibre relatif des villes d’aujourd’hui. Mais Ian McDonald, en auteur de Science-Fiction, ne se contente pas de promener — comme Stendhal décrivant le travail du romancier, son miroir le long de la route; il tire les conséquences de l’étrangeté de ses créatures, ce qui vaut aux trois nouvelles et au roman du cycle, une qualité d’hyper-réalisme, paradoxalement tempéré de science.

Evidemment — car c’est sans aucun doute l’élément le plus important, les Shi’ans n’ont pas la même sexualité que la nôtre. D’aspect physique général très proche de l’humain, ils s’en distinguent sur quelques points radicaux. Ainsi, il n’y a pas de distinction visible entre leurs sexes; un mâle ou une femelle shi’an se différencie au niveau phéromonal uniquement; le repérage de l’identité sexuelle se fonde sur l’odorat — sens considéré par eux comme le plus important, alors que c’est la vue qui domine l’espèce humaine. C’est l’odeur en premier. La vue ensuite, mais d’abord l’odeur. ADN étranger... Biochimie étrangère. Sueurs, transpirations et sécrétions étrangères... Ils ne sentent pas comme il faut, ne sentent pas humain, ne sentent pas comme nous (16).

Ensuite, la différence sexuelle apparaît tardivement dans la vie d’un individu, les enfants n’ont pas d’identité perceptible, et les rapports sexuels sont réglés par le ballet des molécules à période fixe. Entre deux périodes annuelles d’activité intense, qu’ils appelent le kesh, les shi’ans sont chimiquement réfractaires à toute activité sexuelle. Enfin, et c’est un autre point capital, le viol est physiologiquement impossible chez eux, car le déclenchement de l’activité sexuelle du mâle est déterminé par la libération d’une hormone chez la femelle. Il n’y a donc pas dans leur structure familiale et sociale de notion de domination des hommes sur les femmes, car ce sont ces dernières qui “contrôlent” le désir de leurs partenaires, biologiquement parlant. Une autre conséquence importante en est l’absence quasi-complète d’agressivité chez les hommes, sauf en termes ritualisés, lors des danses qu’ils se livrent pour la séduction de leurs femmes en période de kesh. Ce peuple de chasseurs est fortement ancré dans des traditions, respectueux des lois et des clans de la communauté, et il cherche par dessus tout à protéger ses enfants.

Ian McDonald se concentre sur les relations sociales, la psychologie et la physiologie des aliens; leur technologie très puissante n’apparaît qu’en arrière-plan — les vaisseaux de leur flotte restent en orbite autour de la Terre, et jamais comme un deus ex machina qui leur permet de se sauver d’une mauvaise situation.

Considérés comme des immigrants d’un genre nouveau, les Shi’ans s’intègrent tant bien que mal dans la vie des communautés humaines. Les hommes doivent apprendre à communiquer avec ces étrangers, à commencer par le langage non-verbal, porteur de messages. Attention aux impairs ! Ne souris pas. Il est hostile de monter ses dents. Il soulève rapidement les sourcils (17).

Tous les récits qui leur sont consacrés se déroulent à Londres ou Belfast, et le lecteur y découvre entre autres, des aliens livreurs de pizzas ou serveurs dans les bars. Ils vivent en ghettos et ne cachent pas leur différence. Passé le choc du Premier Contact avec une espèce extraterrestre, la société humaine s’est adaptée au nouvel état de fait. Il est même question d’accorder le droit de vote aux immigrés Shi’ans ! Mais à d’autres endroits, ceux ci se font agresser par des militants néo-nazis.

 Certains, plus que d’autres, se sentent attirés par les étrangers et tentent d’adopter leurs coutumes : langage, religion, travestissement, relations sexuelles — ce qui, dans ce dernier cas, est très mal vu et considéré comme une forme nouvelle de perversion. L’immense majorité des humains se sent finalement très peu concernée par tous ces changements. La vie continue pour monsieur et madame tout le monde.

Cette banalisation de l’extraordinaire est fascinante dans l’écriture d’Ian McDonald, elle procure une densité de lecture rare, d’une clarté décapante, telle qu’un traitement plus conventionnel en Science-Fiction, ne l’aurait pas laissé filtré.

Deux thèmes de lecture émergent de l’oeuvre et pointent vers un dépassement de la problématique identitaire dans laquelle l’essentiel du questionnement sur  les aliens s’est trouvé enfermé jusqu’à présent : ceux de la Loi et de la Sexualité. A travers eux, Ian McDonald pose des questions comme : quelle est la valeur de l’impératif moral ? Que veut dire désirer l’autre ? Il aborde la question du sujet et du désir, comme une forme de réponse possible aux mirages de l’imaginaire et aux fantasmes identitaires bricolés par l’idéologie et dont la Science-Fiction est parfois le véhicule inavoué.

La question de l’Autre serait-elle enfin posée d’une manière inédite dans une oeuvre de Science-Fiction ?


V. Un point de Loi : l’ordre symbolique

Dans la nouvelle The Undifferentiated Object of Desire, une femme Shi’an, victime d’un viol collectif perpétré par cinq individus, cherche à défendre ses droits et engage un avocat pour la représenter en justice. Les avocats des agresseurs arrivent à faire tomber l’allégation de viol, sous le prétexte que la femme Shi’an était “consentante”, émissions de phéromones à l’appui, résultat de son état d’oestrus — le kesh, et que donc, les hommes ont été attirés par elle, et ne sont pas responsables de leur état.

Dans le futur proche décrit par l’auteur, la loi sera de plus en plus informatisée, et les décisions des cours se plieront d’autant plus facilement aux données de la jurisprudence enfouie dans les bases logicielles, que les problèmes posés relèveront d’une technique complexe.

C’est alors que la loi des Shi’ans entre en scène. La victime s’adresse à son avocat : Tu me dois justice. Chez nous, l’avocat et le client ont une relation; l’avocat promet de chercher justice même si cela doit prendre du temps, peu importe le prix. Parfois toute sa vie. Tu me dois justice, et tu dois parler pour moi. Dans notre loi, la victime a le droit de nommer ses agresseurs, elle a le droit de parler.

Mais que peut la justice si la Loi est aveugle ou sourde ? Ce que la loi ne reconnaît pas, elle ne peut le protéger. C’est pourquoi, les faits concernant les particularités de la sexualité des Shi’ans, sont portés pour la première fois, à la connaissance du monde entier. Et la plaidoirie finale de l’avocat de la victime, qui emportera la décision, est terrible : On dit que personne n’a jamais inventé un nouveau péché. Nos péchés et nos maux ont toujours fait partie de nous. Mais vous êtes appelés ici se soir pour témoigner d’une chose terrible et unique : la naissance d’un nouveau péché. Vous allez dire que le viol n’est pas un nouveau péché... mais je vais vous montrer que c’était une violation nouvelle et terrible, pas seulement de ma cliente, mais de son peuple tout entier.

La justice est rendue en faveur des Shi’ans à la fin du texte, pourtant, l’avocat s’éloigne pour admirer la beauté de la pluie, car ce ne sont que des mots. L’Etranger acquiert droit de cité, devient citoyen ou sujet, à partir du moment où il est connu pour ce qu’il est, et donc reconnu aux yeux des autres. Qu’est-ce que cela veut dire ?

La Loi qui fonde l’ordre symbolique définit qui est dans la communauté, sous le régime de la Loi, et qui est en-dehors. En s’installant sur Terre, les Shi’ans ont dû se faire accepter comme une catégorie d’êtres conscients, voire comme des “humains”, pour bénéficier des mêmes droits qu’eux. Et ce n’est pas tant la définition de l’identité Shi’an qui est problématique — c’est une affaire de connaissance et de science, que celle sur laquelle nous nous appuyons lorsque nous évoquons “l’Etre Humain”, car un des fondements de notre identité relève du discours, voire mieux, est produit par un certain type de discours. Sans remonter jusqu’à Saint Paul, qui souligne l’égalité et l’universalité de l’homme ⎯ Il n’y a plus ni Juif ni Grec; il n’y a plus ni esclave ni homme libre; il n’y a plus ni homme ni femme; car vous n’êtes tous qu’une personne dans le Christ Jésus (18)mais pour le réaliser dans l’après-monde, les fondements philosophiques des Droits de l’Homme reposent notamment sur le concept de l’homme abstrait et universel, du citoyen membre d’une communauté politique (19). L’homme vaut par ce qu’il est homme, c’est-à-dire un animal parlant; non parce qu’il est catholique, protestant, espagnol, indien, etc ; et lorsque “l’homme” inclut des membres d’une autre espèce, êtres doués de parole et de raison, il n’y a aucune raison de refuser à ces nouveaux membres les mêmes droits accordés à tous les autres.

Ian McDonald montre par le biais de la fiction, l’efficience de l’universalité du concept des Droits de l’Homme. En philosophe inavoué, il se demande si l’identité n’apparaît pas comme le fait majeur du langage (20). Si ce postulat est accepté dans les rapports entre groupes humains différents, (ou entre terriens et shi’ans), l’identité communautaire — cet agrégat d’influences liées au sol, à l’histoire, la race, la religion, la culture etc... — finit par s’effacer pour laisser place à la reconnaissance de chacun, être différent de tous les autres, au sein d’une loi universelle. L’estime de soi et de l’autre remplace la confrontation des groupes, avec une devise qui pourrait s’énoncer : « tous unis, tous différents ».

Ce n’est pas un hasard si dans son roman Sacrifice of Fools, il met également en scène un avocat dévoué à la cause des Shi’ans. Cela lui donne l’occasion de développer une réflexion originale sur la Loi, les institutions qui s’y rattachent, et les déviances par rapport à celle-ci. Ce thème apparaît comme une structure profonde de toute son oeuvre. On le retrouve également dans la nouvelle Legitimate Targets, dont le héros est un ancien terroriste « repenti » de l’I.R.A.


VI. Au-delà du Principe d’Identité : le Sujet Divisé

La nouvelle Frooks (21) est l’illustration parfaite d’une théorie du fétichisme. La sexualité des étrangers fascine et répugne. Ce mélange classique conduit quelques terriens à s’aventurer sur les bords d’un gouffre, d’une perversion nouvelle.

Les Shi’ans ont amenés avec eux l’objet d’un désir assez radical, et celui qui y succombe est stigmatisé du terme de frook. C’est ce qui arrive au narrateur, novice en la matière, qui se rend pour la première fois dans un club “spécial”, où il espère assouvir sa passion. Juste avant d’y entrer, il voit le boucher chinois sortir un plateau de canards rôtis à suspendre dans la vitrine éclairée. Quelque chose se brouillait au creux de mon estomac. De la viande rouge et dansante. Voila tout ce que le boucher chinois était en train d’accrocher. D’emblée, la perception du club se révèle décevante : Cela faisait miteux sous l’éclairage. Tout avait l’air miteux, même les peintures murales représentant des étoiles, des galaxies et des planètes. A la question du barman qui lui demande s’il ne s’est pas trompé d’endroit, il dépose sur le comptoir le magazine acheté au kiosque, où il avait été regardé d’un drôle d’air, avec les courbes lisses d’une chair ocre brun en couverture. Dans la soirée, il rencontre son premier Shi’an : j’ai vu sa peau, rougre brique et lisse, comme les plus fines des poteries, mais n’étant pas familier avec leur langage non-verbal, son sourire le fait fuir. Plus tard, il se retrouve chez l’un d’entre eux. Il repense à sa sexualité, qu’il compare à la mince ligne rouge de mon état de frook. La prise de conscience de son “anormalité” avait conduit progressivement sa vie amoureuse au désastre : j’ai fantasmé sur les bustes étrusques en terre cuite, sur les setters roux, et sur la douceur des cache-sexe en lycra écarlate. Et alors qu’il est persuadé de bientôt passer à l’acte, il demande à son partenaire s’il est un mâle ou une femelle... Ce qu’il découvre dans un moment d’intense panique, c’est que l’objet de son désir n’est, littéralement, qu’un masque, qu’une deuxième peau, artificielle, rajouttée sur une peau humaine, trop humaine. Deux yeux humains me regardaient. Son « partenaire » malheureux, dépouillé des attributs qui le rendaient si désirable, s’étonne à son tour de la méprise du narrateur : je croyais que vous saviez de quel genre de Club il s’agissait. Ni l’un, ni l’autre n’obtiennent finalement ce qu’ils désiraient le plus, vouloir être avec eux, ou vouloir être comme eux. Mais on peut malgré tout éprouver du plaisir dans la perte, ou à cause d’elle. En effet, les Shi’ans n’ont que quatre doigts à la main ; pour se faire passer pour l’un d’entre eux, les frooks qui poussent leur désir jusqu’à l’identification complète avec les Autres, sont obligés de se faire mutiler. Et c’est justement ce stigmate, ce signe d’une déchirure intime, que le narrateur porte à ses lèvres et embrasse à la fin. C’est très bon, dira-t-il.

La question de la sexualité, de l’identité sexuelle et du rapport sexuel, se pose dans Frooks avec une acuité rarement atteinte. Ian McDonald montre les ravages opérés chez les humains par le fétichisme qui a pris les Shi’ans pour objet; et le tour de force du texte consiste à en démonter le mécanisme, au sens psychanalytique du terme, avec le déni de la réalité et le clivage psychique qui l’accompagnent (22). Mais il y a plus. Par exemple, La main gauche de la nuit d’Ursula K. Le Guin aborda la question sexuelle dans une optique anthropologique. Là où Le Guin s’intéressait aux moeurs d’une race d’hermaphrodites qui changent de sexe comme la nature change de saison, ce qui est finalement presque compréhensible pour nous — après tout ce n’est jamais qu’un sexe, puis l’autre qui est assumé par un individu, Ian McDonald s’adresse à notre incapacité psychique à nous situer comme être de mâle ou être de femelle (23). C’est la question de la sexuation, dans ce qu’elle comporte d’à-priori mutuellement exclusif et de différence des sexes, qui saisit le narrateur d’étonnement. Des opérateurs quasi-logiques sont à l’oeuvre; c’est au ras de mots qu’il faut les prendre. Etre l’un ou l’autre, il y a un exclu, une perte. Toute la problématique de la castration et du complexe d’Oedipe de Freud se retrouve là.

Si le narrateur de Frooks apprends bien quelque vérité, là aussi sous forme de plaisanterie involontaire, c’est qu’il n’y a pas de rapport sexuel (24). C’est une façon de dire que ce rapport n’est pas une opération arithmétique; mieux, qu’il est incommensurable; tout comme le sont les distances infinies qui séparent le pauvre frook des étoiles, des Shi’ans, de l’objet de son désir, et de lui-même. Ce que sa perversion met en évidence, c’est que la sexualité est une affaire de surfaces et de bords, une question de peaux et de découpes, de symboles et de masques : un problème de lieux, d’où le sujet sort profondément divisé d’avec lui-même, barré d’un trait différentiel, qu’on appelle castration ou manque. Et pourtant, il y trouve encore du plaisir, du sens, fut-il de l’ordre du fantasme plutôt que de l’acte.

Sexualité et langage, c’est le noyau dur de la création science-fictionnelle d’Ian McDonald.

Là où les nouvelles abordent le sujet par tranches, par incursions rapides dans l’inexploré, son roman Sacrifice of Fools, s’y établit en pays conquis. Se dérobant derrière la structure d’un polar, le roman a pour objet principal cette question de la sexualité et du langage, doublement articulée à la problématique identitaire. Polar, le roman l’est indubitablement. Toute l’action est concentrée sur quelques journées rapides, à Belfast; il est trempé de violence et d’intrigue d’un bout à l’autre. L’avocat Andy Gillespie est entraîné malgré lui sur la piste d’un meurtrier en série qui sème sa route de cadavres Shi’ans ou humains. Est-ce que ce sont les vieux démons de l’Irlande du Nord à peine pacifiée, les milices paramilitaires, les Catholiques, les Protestants ? Quels rôles jouent les Communautés Shi’ans elles-mêmes ?

Ian McDonald dévoile à un moment capital du récit, un fait majeur concernant les Shi’ans : leur langage, le Narha, est double; il est lié à leur sexualité, avec une part “froide”, et une autre part “chaude”. Elles sont différentes l’une de l’autre ⎯ par exemple, il n’y a que le genre neutre en Narha froid; par contre, les mots sont masculins ou féminins en Narha chaud. Le Narha froid est parlé pendant les phases de rémission sexuelle, et le Narha chaud en périodes de kesh. Ce sont deux langues distinctes, vocabulaire, syntaxe, et les individus basculent de l’une à l’autre en fonction de l’état de leurs hormones.

L’acquisition du langage chez l’être humain dépend de l’existence de structures cérébrales appropriées, et de l’exposition précoce à une langue. Chez les Shi’ans, un élément s’y ajoute, la langue se transmet également de l’adulte à l’enfant par des agents chimiques, véhiculés par la salive ou le lait maternel. Le narrateur est ainsi très surpris d’apprendre qu’il ne connaissait que la moitié du langage Shi’an. Il demande à une étrangère :
Comment est-ce que j’apprend le Narha Chaud ?’
‘A partir de moi’. [...]
‘Comment ?’
‘Comme un enfant.’  (25)
Il se voit alors proposer le sein, d’où il tête la part manquante du langage... Cette idée géniale est le raccourci brillant que la licence poétique autorise, de sèches théories académiques.

La théorie freudienne justement, a contribué à notre perception d’un sujet divisé entre instances psychiques (26). La théorie lacanienne en a tiré certaines conséquences, notamment que le sujet, parce qu’il est divisé, est soumis à l’aliénation, au désir de l’autre, et qu’il n’a pas d’être propre, qu’il n’existe que par le langage. Lacan insiste également beaucoup sur le fait qu’il ne faut pas confondre le Sujet avec le Moi, qui est une construction imaginaire, tirée de l’image au miroir, opposé à l’image de nos semblables, et source de dérives narcissiques ou paranoïdes.

Les Shi’ans incarnent cette division essentielle qui coupe à travers corps et langages. Les humains qui s’en approchent de trop près en sortent eux-mêmes profondément divisés, les frooks par exemple, ou enrichis, tel le narrateur de Sacrifice of Fools; d’autres maintiennent leurs distances, et leurs préjugés, source de haine raciale.

Les figures de l’extraterrestre dans l’oeuvre d’Ian McDonald, apportent une réponse originale à la question de l’Autre. Trop souvent, la Science-Fiction s’est contenté de décliner l’alien dans le registre de l’identique, du semblant, fut-il inversé monstrueusement, ou alors dans l’altérité la plus radicale et incompréhensible. Mais dans un cas comme dans l’autre, la rencontre véritable est manquée. Les extraterrestres mis en scène par Ian McDonald produisent du sens, ils nous renvoient à nos propres déchirures communautaires et aux failles de nos désirs.

Que veut dire rencontrer l’autre ? L’autre dont le corps, la peau même, présentent des signes étranges, inquiétants peut-être ? L’autre qui n’est qu’une peau, que l’on désire caresser ou lacérer. Les signes que nous ne comprenons pas en sa présence, lents clignements des yeux, odeurs entêtantes, couleur de la peau ou des cheveux, peuvent nous faire fuir, ou au contraire exciter notre curiosité, notre désir d’en savoir d’avantage. Ian McDonald nous rappelle que rencontrer l’autre, c’est traverser la peau et les apparences pour accéder à la parole.


Notes

(1) Tzvetan Todorov, La Conquête de l’Amérique : la question de l’Autre, Seuil, 1982.
(2) on estime à plus de 90% la destruction de la population des Amériques au milieu du seizième siècle.
(3) Avant d’en arriver là, il y eut ces temps forts de la pensée occidentale que constituèrent la découverte du cogito par Descartes et la critique du sujet par Kant. Lire l’article de Jocelyn Benoist La Subjectivité, in Notions de Philosophie, tome II op. cit.
(4)  T. Todorov, op. cit., p. 133
(5)  T. Todorov, op. cit., pp. 67-68
(6)  Parmi les plus importants de ces philosophes analytiques : John L. Austin, Quand dire, c’est faire (How to do Things with Words, 1962), Seuil - L’ordre philosophique, 1970; John R. Searle, Les actes de langage (Speech Acts, 1969), Hermann, 1972.
(7) Stanley Schmidt, New attitutes for new frontiers, Editorial, Analog, june 1997.
(8) Jacques Goimard et Roland Stragliati, Histoires de Doubles, in La Grande Anthologie du Fantastique, Presses-Pocket n° 1465, 1977.
(9) voir l’excellente analyse que Roger Bozzetto applique au Horla de Maupassant : Le texte hanté, in Guy de Maupassant, Les Horlas, Babel Actes Sud, 1995; où il montre les liens et les ruptures du fantastique traditionnel avec la thématique de l’aliénation du double, d’une part, et d’autre part avec le merveilleux scientifique d’un Rosny aîné ou d’un H.G. Wells, annonciateurs de notre Science-Fiction moderne.
(10) Clute and Nichols, op. cit.
(11) Ian McDonald Information Page (Internet)
http://www.lysator.liu.se/˜unicorn/mcdonald/ian_mcdonald.htm
Shi’an Stories
The Undifferentiated Object of Desire, Asimov’s Science Fiction Magazine, June 1993.
Legitimate Targets, New Worlds 4 (David Garnett ed.), 1994.
Frooks, Interzone, October 1995 (trad. fr. in CyberDreams 07, DLM Editions, Juin 1996).
Sacrifice of Fools, Gollancz, London, 1996.
 Chaga Stories
Toward Kilimanjaro, Isaac Asimov’s Science Fiction Magazine, August 1990
Chaga, Gollancz, London, 1995 (US - Evolution’s Shore, Bantam Spectra 1995, Paperback, 1997).
Kirinya, scheduled for January 1998.
(12) Ian McDonald a publié onze livres, dont trois seulement traduits en français : une lacune à combler !
Desolation Road, R. Laffont, 1989 (Livre de Poche, n° 7168, 1994).
Etat de Rêve, R. Laffont, 1990 (Empire Dreams, 1988,  nouvelles).
Nécroville, J’ai Lu, 1996 (US - Terminal Café, 1994).
(13) Ian McDonald utilise deux orthographes : Shi’an, dans ses premiers textes et Shian, dans les textes plus récents. J’ai choisi d’utiliser systématiquement la première épellation, car, comme le dit un personnage de “Legitimate Targets” : On prononce Shi’an.Quelque chose à voir avec l’aspect double de leur sexualité.
(14) The Undifferentiated Object of Desire.
(15)  ibid.
(16)  ibid.
(17)  ibid.
(18)  Saint Paul, Epître aux Galates, III, 28
(19) lire avec profit la discussion sur l’origine des Déclarations Américaine et Française, dans l’article de Jean-François Kervéga, Les Droits de l’Homme, in Notions de Philosophie, tome II op. cit.
 (20) P. Guenancia, op. cit.
 (21) terme à peu près intraduisible, qui tient, à mon avis, de frog (grenouille), spook (fantôme) et freak (monstre).
 (22) Ce sont là les mécanismes des perversions en général, mis en évidence par Sigmund Freud, et résumés dans un article de 1927 : Le fétichisme, in La vie sexuelle, PUF, 1969
 (23) d’après la formule à l’emporte-pièce de Jacques Lacan,in Le Séminaire livre XI - Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Seuil, 1973, p. 186.
 (24) comme le disait Lacan, une fois de plus sous une forme énigmatique qui a fait couler beaucoup d’encre, dans Le Séminaire livre XX - Encore, Seuil, 1975, p. 
 (25) Sacrifice of Fools.
 (26) La première topique de 1900, développée dans le Chapitre VII de L’interprétation des rêves, PUF, avec la distinction classique du Conscient, Préconscient et de l’Inconscient. La seconde topique de 1923, dans l’article Le Moi et le Ca, in Essais de Psychanalyse, Payot.





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