Seroxat TM 20 mg (Paroxétine) - Jour 2


Réveil à 3h45 cette nuit, soit huit heures après la prise et cinq heures après l’endormissement. S’il y a eu un effet direct le premier jour il est en train de s’atténuer : l’habituation, et la nuit prochaine je devrais revenir à un plateau normal d’heures de sommeil, soit six à sept heures continues.

Tentative de me rendormir après ce réveil précoce, incertaine, un peu d’agitation, des pensées parasites. En voici une : vision de deux blocs de mots unis par un grand panneau où il est écrit « AND », à côté le même bloc de mots unis par un plateau où il est écrit « OR » effacé. Je ne devrais pas choisir une solution basée sur l’exclusion d’une des deux propositions mais combiner les deux. Je me demande comment. L’heure du choix. Mon mental aime bien les formules de l’algèbre booléenne et les plans matriciels. Voici une autre image qui est apparue avec le mot « Placebo ». Pendant mon demi-sommeil je ruminais des hypothèses sur l’auto-observation ; à quoi attribuer les modifications si rapidement observées, à la Paroxétine ou à « l’effet Placebo » ? Cela ne peut pas être encore l’effet du produit, c’est trop tôt, c’est donc ce qu’on appelle l’effet placebo, mais c’est quoi au juste ? Je me suis interrogé là-dessus en prenant mon café, réveil à 6h30. On dit rapidement que c’est l’effet psychologique (la croyance, l’attente, l’espoir). On n’explique rien car il y a un effet physiologique objectif consécutif au « produit placebo ». En ce moment les effets que j’observe sur moi de la Paroxétine sont similaires à ceux que j’observerais si je prenais un comprimé de saccharine. D’où viennent-il ? Du cerveau. Google. Je trouve une étude sur la question, voilà, c’est le circuit à dopamine qui est impliqué dans l’effet placebo, la boucle striato-pallido-thalamo-corticale, responsable du plaisir et de la douleur (en particulier les neurones du noyau acumbens).

Je tente une « expérience par la pensée », j’imagine que je suis coupé en deux « moi » identiques. Le premier, C1, s’administre à lui-même un comprimé en ne sachant pas ce que c’est, le second, C2, s’administre le produit en sachant ce que c’est.  Idéalement, il faudrait que je me subdivise encore en deux entités pour que le plan expérimental soit complet. Ce que je fais en me mettant en position d’observateur. On reconnaît le fameux plan carré des protocoles dits « en double aveugle » dans lequel quatre conditions théoriques sont envisagées : celles où le patient sait, ou ne sait pas, ce qui lui est administré, et celles où l’observateur (expérimentateur) sait, ou ne sait pas, ce qu’il administre. La fameuse « hypothèse nulle » H0 du plan d’expérience va être testée dans la case numéro 4 ; c’est la condition « ni….ni »… le patient et l’observateur sont tous deux aveugles, l’un ignore ce qu’il donne comme produit, l’autre ce qu’il reçoit. Beauté des plans d’expérience, des matrices et de la logique de Boole. Beauté de la méthode scientifique et du « double blind ». 

Ayant fait cette expérience mentale, j’en conclu que « l’effet placebo » s’observe dans tous les cas, par contre la différence entre la saccharine et la Paroxétine c’est que la réponse liée à la dopamine va s’atténuer avec le temps chez la première, et la vraie réponse à la sérotonine va se renforcer avec le temps chez la seconde. Ce qui reste à observer.

La question clé n’est pas encore résolue : qu’est-ce qui provoque l’effet placebo ? Comment expliquer que le cerveau fabrique dès les premières heures (Jour 1) une réponse physiologique (à la dopamine) suite à l’administration de « saccharine » ? Plus précisément, l’avant-veille, j’aurais pu me dire en me mettant au lit : « je consomme un comprimé virtuel de saccharine et demain matin je serai en pleine forme. » Est-ce que j’aurais observé la même chose sur moi ? Ou simplement : « demain, ça ira mieux». Mais n’est-ce pas ce qu’on se dit tous les soirs ? Et pourtant le lendemain n’est pas forcément meilleur que la veille.

La différence est expliquée par le contexte, l’effet placebo fonctionne dès qu’on se met en relation avec les autres, par exemple, un soignant, ou quelqu’un en qui on a une grande confiance. Il fonctionne comme l’effet d’un système. C’est une loi systémique, peut-être une des métarègles les plus simples des interactions humaines : avoir foi, c’est croire en quelqu’un.


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