Wemotaci


I.

les glaciers en se retirant ont creusés un lit
de sables jaunes usés jusqu’à la trame
les cailloux tombés du ciel en ont ornés 
sentiers, vallons et le péricarde 
de mon âme

ce pays est nation première
habité depuis six cent générations
les grands-pères et leurs arrières grands-pères
sont devenus étoiles, castors, cailloux noirs
et fumée

elle a offert le tabac au grand chef
il traduit les pensées de kiano
elle parle en ondes émotives
les grenouilles vertes chantent le soir
avec la pluie

l’homme-roc travaille le fer, la couleur
les sons, chasse l’orignal, canote
la colline respire les médecines
qu’elle mélange à l’omelette
sur le feu

à l’infini lacs gris-bleu et forêts de bouleaux
d’ormes d’érables et de pins
donnent l’amour et le vivre
la lumière jaillit de kiano
avec le chant

les glaciers en se retirant on creusés un lit
nous y sommes à trois sous les étoiles
à divaguer avec Johnson Jeremiah
la vie d’avant, les amis, les enfants
les ancêtres

atikamekw et crees
je voyage autour du coeur
le déboisement dépeuple le pays
des aigles et des ours noirs
et de mon esprit

je dis merci aux arbres qui repoussent
miigwetch miigwetch
I say to the cleaning waters : it’s beautiful 
miywâsen miywâsen

II.

waneska waneska
levez-vous
la lumière est ici
kwei kwei
bon matin
nymerete pimadiziwin
je suis heureux dans mon cœur


III.

Nikânik (vers l’avant) une école secondaire au matin, à Wemotaci, des enfants autochtones, des professeurs atikamekws, québécois ou français, une visite de quelques classes, un professeur de musique, Pascal, compositeur de musique contemporaine, ami de Jacques, et Moe qui discute des mérites du looping et du séquençage des voix avec lui

un repas dans l’unique restaurant du village, une cantine

la maison du conseil du village, le cœur administratif de la nation Atikamekw, aux murs, un festival de peintures abstraites curvilinéaires et multicolores sur lesquelles un adjoint du maire discoure longuement, ce sont cartes et territoires dessinés par l’histoire et l’action des hommes, des natifs, du peuple, et des autres, les européens, les blancs, les limites des pourvoiries, des coupes forestières, des zones d’influence de l’idéale future et hypothétique Nation Autonome dont le territoire englobe Trois-Rivières
né à Trois-Rivières, étais-je Algonquin, ou Huron, Anglois ou François
les dessins de Jacques au fusain, ses toiles, ses installation en bois
complexité des négociations des niveaux de décision
une loi royale de 1768 toujours d’application protège les populations autochtones face au gouvernement provincial

enfin la retraite au 108, ma petite cabane au Canada
coucher de soleil sur la rivière St-Maurice, la maison d’un castor un aigle des oies plus loin
construire un feu cuire les saucisses les beans Moe prépare une poêlée de champignons et de légumes à la manière Soto-Cree, à sa manière même un peu tandoori si c’était possible 
histoires et chants autour du feu 
le tambour est sacré, ne se mélange pas avec l’alcool
j’y vais de mon récit sur Prométhée et le don du feu aux hommes
retour à Wemotaci
pluie pluie

Jacques Newashish, artiste complet (peintre, sculpteur, poète, chanteur) de la Nation Atikamekw (Québec, Haute-Mauricie), grand pourvoyeur de poésie, de sagesse et de guérison.
Miigwech Jacques!


Moe Clark, artiste canadienne de l'Ouest (Alberta, Saskatchewan),  Anglo / Cree. Grande poétesse, performeuse  (spoken word) et engagée dans la reconnaissance des droits culturels et de la mémoire des peuples autochtones du Canada. Organisatrice de la dixième édition du festival multilingue de Spoken Word, poésie, slam du Canada (à Montréal, du 4 au 9 novembre 2013 - Canadian Festival of Spoken Word).
Miywâsen Moe!

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