Gonzo en Grèce III

12 décembre

Tu devrais voir le journal à la télé grecque, c'est du spectacle! Les journalistes s'engueulent... Un commentateur politico économique célèbre et très compétent a comparé la Grèce ... au Zimbabwe! Ce qu’il veut dire par là ? L’arbitraire du gouvernement… une machine à produire des lois qui se contredisent toutes les semaines… en référence à la révision de la fiscalité… qui s’aligne au forceps sur les modèles européens… avec beaucoup d’essais et d’erreurs… c’est de la médecine lourde, de la chimio qui risque de tuer le patient… Il y aurait déjà eu quinze révisions depuis le début de l’année (si j’ai bien compris). Plus personne ne comprend ce qu’il faut payer à qui pour quoi avec quels arriérés et autres amendements…

Ce matin, un expert architecte que j’avais mandaté il y a deux ans pour régulariser la situation d’un bien immobilier, m’explique que la loi passée a du en effet être révisée parce que la dite loi de conformité cadastrale avait été attaquée en justice et déclarée anticonstitutionnelle… Du coup, le gouvernement a sorti une nouvelle loi avec laquelle il faut se remettre en conformité… d’où paperasserie… frais… enfin, du moment que le papier fait tourner une partie de la machine des services… on n’est pas dans la création de richesse nettes mais dans la rationalisation (espérée) de l’assiette fiscale (le surplus primaire) de l’état… 


et s’il y parvient, comme il le prétend, 2014 devrait être l’année où la Grèce retourne de manière indépendante sur les marchés financiers négocier le prix de ses emprunts. Scénario optimiste, très optimiste… 

Je suis heureux en tant qu’agent rationnel de participer à la restauration des finances de l’Etat de ce pays… c’est mon intérêt à long-terme… mais à court-terme, il y a des tas de gens qui trinquent… 

La news suivante parle d'une course poursuite rock n roll qui a eu lieu dans le centre d'Athènes aujourd'hui entre la police et des bandits... D'ailleurs la présentatrice a parlé d'un "thriller"... Et puis hop! On repart sur l'économique avec la Troïka...

Ma mère vient de me dire que l'état a bien fait de fermer la télévision publique (ERT) car de l'avis de tous les grecs c'était une bande de voleurs et de menteurs...
Ce journal télé passe sur Méga qui est une télé privée avec de bons journalistes. Le journal dure une heure ici ...

4000 familles grecques avaient été coupées de l'électricité faute de pouvoir régler les factures. Elles ont été reconnectées au réseau et vont recevoir l'électricité gratuitement ce qui provoque un gros débat dans la société, qui va payer au final? Il y en a encore beaucoup d'autres qui attendent... Les gens se sont mis à brûler leur mobilier pour se chauffer... Ce qui a provoqué des commentaires ironiques dans la presse turque. Il est vrai que la Turquie est maintenant un pays "riche" par rapport à la Grèce.

J’entends les gens dirent « nous sommes revenus à l’époque de la κατοχή, c’est-à-dire sous l’occupation...» Le sentiment d’une régression de soixante ans... Tout est relatif... sous la κατοχή au village maternel dans le beau Péloponnèse, les Italiens sont d’abord passés, puis les Allemands... ils fouillaient les maisons... ils passaient, repassaient, ils cherchaient des armes, des partisans... en fait ils prenaient tout ce qui leur tombait sur la main: poules, oeufs, légumes, riz, viandes... filles... Récit véridique de ma tante qui était l’aînée des six enfants, pubère à l’époque... « Les occupants, ils embarquaient les filles qui leurs plaisaient ... ma mère (ma grand-mère maternelle donc, Dieu ait son âme)... ma mère nous cachait, ma soeur et moi dans les champs à l’arrière de la maison lorsqu’elle entendait venir les soldats... la maison était isolée... on les voyait venir de loin... ils s’étonnaient de ne trouver que les tous petits à la maison (dont ma propre mère), et demandaient – ce sont les petits (piccolo, piccolino), il y a d’autres enfants?... non il n’y a pas d’autres enfants....» Ma cousine demande: «Et les filles parties avec l’occupant italien ou allemand, sont-elles rentrées au pays après la guerre?» ... Un temps d’attente, puis dans un souffle, ma tante répond: « Non, aucune d’entre elles n’est revenue...»

Cela s’était le genre de choses qui se passaient durant la κατοχή
On ne peut pas comparer ces époques... Mais le langage joue des tours... Sous la κατοχή on pendait les partisans sur la place du village... Ma tante n’a rien vu... «Nous avions de la chance, la maison était plus loin... nous ne voyions pas ce qui s’y passait... mais nous savions». Aujourd’hui, au pire, on pend en effigie ou sur les réseaux sociaux la rumeur peut assassiner votre profil... Il n’y a pas mort d’homme... pas comparable...

Les autoroutes sont toujours aussi vides.

J’ai déjeuné dans un hôtel-restaurant entre Megara et Kineta dont j’étais l’unique client.
Il n’y avait pas un chat... en fait, tout ce qui restait, c’étaient les chats justement.... affamés...

Le ciel grec de cette fin d’automne est magnifique... 

 Tant qu’on ne pend pas sur les places publiques, tant que les filles ne disparaissent pas... tout va bien.

Tout va bien.

L’année prochaine, 2014, tout ira mieux, beaucoup mieux. D’ailleurs, c’est la Grèce qui recevra de la Lithuanie le flambeau de la Présidence (tournante) de l’Union Européenne... L’heure de la Grèce va arriver.

Rien à voir: le scénario de court-métrage de fiction, Switch Off, de ma fille Clara a été retenu pour réalisation par son école de cinéma. Bravo!


Chat grec, quelque part sur la route entre Athènes et Corinthe

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