Gonzo en Grèce

Athènes

9 décembre

Il y a une lumière superbe. Le ciel est bleu et tire vers un orange clair au couchant.

« Chaque année il y a moins de trafic ». Je me dis ça au volant de ma légère voiture de location.

Les temps changent. Il y a quelques années j’aurais loué une BMW, cette année, je me contente d’une Hyundaï. Tenue de route déconcertante quand on a l’habitude de voitures plus lourdes.

Vous êtes déjà passés par le Ring de Bruxelles, un lundi ouvré à l’heure de pointe, 17 heures, non loin de l’aéroport ? Il y a du monde.

Imaginez le Ring de Bruxelles, un lundi ouvré à l’heure de pointe, 17 heures, non loin de l’aéroport: vide.

Le trafic ressemble à ça ici, sur les grands axes.

En ville par contre, c’est toujours le même boxon. J’entre par l’avenue Hérakliou. Non, ce n’est pas une artère principale d’Athènes, c’est une route qui devient sentier de chèvre dans une banlieue de Jaïpur, Inde. Dans quelques années, ce sera ainsi. J’ai déjà eu cette sensation des dizaines de fois, ici c’est une banlieue du tiers-monde, cela n’a rien à voir avec la crise. Cela a toujours été aussi délabré, pas conçu pour les piétons, une route à moitié sauvage…

J’entre en ville.

Un attroupement, quelques dizaines de personnes tenant des bougies. J’ai le temps de remarquer des bouquets de fleurs et deux portraits immenses de jeunes gens, en noir et blanc.  Je pense à un événement artistique. Curieuse association d’idée, je scotomise les bougies et les fleurs et ne retient que les portraits. Je pense à un artiste indien. Je me crois toujours à Jaïpur.

Plus tard on discute dans la cuisine de ma mère, avec ma cousine et ma tante. Je demande comment ça va dans le pays. Je m’attends aux plaintes, justifiées, concernant le panier de la ménagère qui coûte de plus en plus cher, le chômage des jeunes, les nouvelles taxes, régularisation « à l’européenne ». J’entends parler de ce bâtiment devant lequel il y  a souvent des attroupements, c’est le siège du parti ‘Aube Dorée’ un peu plus haut sur l’avenue. « Il y a souvent du monde par là pour célébrer leurs martyrs » dit ma cousine. Je suis interloqué. « Il y a eu une attaque, deux jeunes gens ont été tués, un troisième grièvement blessé, par des motocyclistes. » Je creuse un peu la question, et me souvient d’une nouvelle concernant l’assassinat d’un rappeur par un membre du parti d’extrême-droite ‘Aube Dorée’. J’ignorais qu’il y avait eu une attaque en représailles attribuée à un groupuscule d’extrême-gauche.
La violence politique entre les partis extrémistes en Europe Occidentale est associée à de mauvais souvenirs : République de Weimar (Allemagne dans les années ’20), République Fédérale d’Allemagne des années ’70, Italie des « années de plomb »…


10 décembre


J’arrive à un bâtiment du ministère des affaires économiques dans une rue étroite. C’est un immeuble des années soixante aux vitres bleues et sales, le mur de gauche est copieusement tagué, à côté, un terrain vague ... Je serai chanceux si j'arrive a passer aujourd'hui ... En sortant du métro sur la place Victoria beaucoup d'hommes jeunes et moins jeunes désœuvrés ... Pauvreté générale visible, la plupart des gens sont mal habillés, vêtements sales, usés, les hommes pas rasés. Vu une seule femme coquette sur le parcours... Dans le couloir a côté, une femme crie, l'employé lui dit que ça ne changera rien... Autour de moi dans la file des vieux qui attendent... Mais qu'est-ce que je fais ici? Je dois signer un document, c'est tout. Il n'y a pas de numéro de passage, à chaque nouveau venu c'est la discussion: où est la file, qui est le dernier? Pourquoi celui-là passe avant nous ? Je signale gentiment à un homme qui a pris mon tour que j’étais là avant lui. Il s’excuse et me laisse passer sans discussion. Un voisin bien intentionné s’en mêle et le ton monte entre ces deux-là. J’interviens en prenant la défense de celui qui m’avait doublé.

L'employée sympathique et compétente que j'avais eue au téléphone m'a reconnu tout de suite. Le document de transfert de représentant légal est signé. C'est un feuilleton de deux ans qui se termine. La vie grecque se poursuit dans un mélange de chaos, de gentillesse, d'animosité et d'efficacité qui est propre à ce pays.

J'emprunte une rame de métro qui a été vandalisée. Un jeune tsigane passe avec son accordéon.

Je trouve une dépêche sur le site du Daily Mail qui rapporte l’attaque menée contre les bureaux du parti ‘Aube Dorée’: Drive-by shooting kills two members of Greece's Nazi-inspired Golden Dawn party and wounds one

Aux news du vingt heure, montage en boucle de photos compromettantes trouvées lors d’une perquisition des bureaux d’Aube Dorée qui montrent des jeunes gens à l’entraînement militaire, avec des armes automatiques, force saluts nazis, une mise en scène d’un chef cagoulé qui évoque le Ku Klux Klan, des potences, une exécution sommaire perpétrée par un SS.
Il est question de mettre le parti hors-la-loi.

Après les nouvelles, déluge de publicités jusqu’à l’écœurement, pour des alcools en tout genre, qui célèbrent l’érotisme soft et haut de gamme des marques de luxe, ou la camaraderie virile des mâles autour d’une bière.

Le vent, le froid arrivent très vite.

L’accès à l’internet est aléatoire.

C’est le vent.

A shopper walks past a shop closed due to the economic crisis, Athens on 12 August 2010. An estimated 17 per cent of small-scale business in Greece and 25 per cent in central Athens have closed as a result of the crisis. EPA/ORESTIS PANAGIOTOU Photograph: Orestis Panagiotou/EPA

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