Friday, 6 December 2013

Gonzo journalisme III - Corée du Nord (le retour)

Le Monde. 4 septembre 2013 - Corée du Nord, l’oncle et mentor de Kim Jong-un limogé

Un conte pour enfants sages sur un beau pays lointain

Il était une fois un Royaume dans un pays, loin, très loin de chez nous, plus loin que le nord, beaucoup plus loin que le nord, où les gens étaient heureux, simplement heureux de vivre, respirer le bon air, nager dans les lacs et les rizières, s’ébrouer en se donnant des airs, de prince ou de princesse jaunes.

Stop ! Stop !

C’est là que je me dis qu’écrire un conte demande un effort qui m’est très difficile en cet instant, car quoi de plus objectif qu’un Conte, le narrateur y est omniscient, omnipotent, il est le démiurge et ses mots sont les reflets d’une création du monde dont le secret s’est perdu.

Et moi, je voudrais passer comme ça, de l’immersion dans ma subjectivité, de souvenirs familiaux, d’un effroi glacé, je voudrais sous l’effet d’une baguette magique, me transporter en position de sujet neutre, effacé, qui rapporte le conte que l’on lit le soir aux enfants. Je ne le puis. 

Quelque chose m’en empêche, je ne sais quoi, et dans ces cas-là, que faire ? Suivre le conseil de Julia Cameron, écrire sur ce qui ne va pas, sur ce qui empêche d’avancer.

Pourtant, c’est facile un conte, ça commence souvent ainsi : « il était une fois », mais c’est vraiment très ressassé.

Alors voici une entrée différente dans le Royaume. Il suffit de pousser une autre porte.

Jang Song-thaek était vieux et perclus de rhumatismes. Ses genoux ne le supportaient plus que faiblement, et il utilisait une grosse canne en métal brossé pour se déplacer. Elle était sertie non pas d’or mais d’os, tous ceux des pauvres bougres qu’il avait concassé au cours de sa longue carrière d’ogre des cavernes où il habitait avec sa famille, une belle et grande caverne remplie d’esclaves limaces qui broyaient les pierres et à qui l’ogre s’amusait de temps à autre à fracasser le crâne blanc d’œuf qui giclait, éclaboussait les murs et les fissures du château.

Le brave Jang Song-thaek s’appuyait sur sa belle canne, heureux des jours passés dans la caverne à éduquer le peuple des limaces, à le conduire vers la liberté, car il était Prince des Poètes, et ceux-ci ne sont-ils pas à l’avant-garde de la révolution socialiste au paradis des prolétaires ?

Il se sentait en particulier très fier de sa responsabilité d’éduquer les enfants du Roi, de leur apprendre à manier la massue de fer adroitement pour faire de la purée de limaces, de leur apprendre à parler le langage des philosophes afin qu’ils racontent au Peuple les récits du monde situé au-delà de la Caverne, de ce paradis indigne de ceux qui font confiance à leurs proches, car toutes les limaces pâles sont par définition des traitres et ne peuvent avoir confiance que dans le Chef qui est toujours bon et juste.

Le plus doué des enfants du vieux roi - qui avait fini par mourir, et puis embaumé, momifié, présenté au peuple, devenu œuvre d’art et de culte pour les limaçons, avait si bien apprit ses leçons du vieux Jang Song-thaek, qu’il lui prit un jour le lourd marteau de métal des mains, qu’il aligna sur le mur tous les membres de la famille de son mentor en lui disant : 

« mon cher oncle, tu m’as si bien appris la vérité, car les poètes ne mentent jamais, que je t’en suis reconnaissant. En gage de gratitude, je te laisse le choix de fracasser toi-même le crane de ta vieille épouse, de tes fils et de leurs épouses, de tes frères et sœurs et de tous leurs enfants, de tous tes petits-enfants, et de mériter par ce beau geste ta place pour le prochain navire qui va quitter la Caverne et rejoindre l’au-delà, ou bien, tu ne veux pas accomplir cet acte honorable, et nous nous en chargerons nous-mêmes, auquel cas tu finiras avec eux dans la fosse commune qu’ils ont commencés à creuser, et dans laquelle tu t ‘abattras la nuque brisée à coups de marteaux. » 

Moralité : un coup de marteau vaut mieux que rien, tu l’auras.

Tourisme en Corée du Nord

----
Détournement de l’actualité. Transformer une news en une nouvelle.
Sélectionner une ou deux news à partir de l’actualité (journaux, internet)

Proposition 2 – Réécriture de la news sous forme de conte en utilisant au moins huit des termes suivants : il était une fois, heureux, ogre, forêt, sort, sorcière, chat, épée, château, royaume, roi, prince, princesse.

Atelier d'Ecriture "Touche tes touches" avec Aliette Griz

No comments:

Post a Comment