Bourré de clichés!

Les clichés, comment leur faire la peau ? Les clichés sont des lieux communs, ils sont faciles, attendus, mais ils sont aussi compris par tout le monde ; ils constituent le code dominant d’une époque, une mode. Pour l’auteur ils peuvent être un « joker » à utiliser avec parcimonie. Pour Roland Barthes ils incarnent un langage sans profondeur. Les clichés ne sont pas incarnés, ils sont des objets purement mentaux, conventionnels, sociaux, ils ne disent rien de l’écriture et du corps, des sensations, de la subjectivité. Ils sont à la limite d'une anti-écriture. Ils sont plats, ils sont lourds, ils ennuient... ils peuvent aussi amuser! 

Ecrire un texte plein de clichés ! Prendre l’incipit d’un livre au hasard, garder le sujet et le verbe de la première phrase, couper le complément et démarrer la proposition.


Samedi soir

Ariane buvait, dansait, riait dans la grande salle de bal. Appuyée avec nonchalance au bras de son amoureux transi, lequel était affublé d’une grosse paire de lunettes à monture d’écaille, elle invitait d’une œillade coquine les beaux jeunes gens qui croisaient son regard à lui proposer un pas de deux sautillant. Elle passait des bras d’un cavalier à un autre, pendant que son fiancé trépignait de rage contenue dans son coin en avalant coup sur coup force vodka, vermouth et genièvre. 

Ariane était embarquée dans un slow langoureux avec un bel hidalgo qui travaillait dur à la chaîne chez Peugeot, dont les mains glissaient effrontément sur le postérieur rebondi de la blonde. Après avoir ingurgité une quantité phénoménale d’alcool, frémissant sous l’effet d’une sueur glacée qui lui fouettait les neurones, Serge, le fiancé délaissé, avec sa bedaine et son paletot, comptable chez Peugeot, pris son courage à deux mains, avança lentement vers le couple scandaleusement enlacé d’Ariane et du bel hidalgo, s’interposa, et d’une voix virile dit :
« elle est à moi, tu dégages ».

L’amateur de chorizo ne se fit pas prier, impressionné par la colère froide du fiancé de la belle, il prit ses jambes à son cou sans demander son reste.

Serge prit la belle Ariane dans ses bras, et conclut l’affaire en embrassant goulument la coquine, à qui il glissa ensuite dans l’oreille :
« t’as de beaux yeux tu sais » ;
ce à quoi elle répondit :
« oh mon chéri! »

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Exercice de style sur les clichés en atelier d'écriture, le 23 janvier.
L'incipit est tiré du roman "Tout le monde est occupé" de Christian Bobin (Mercure de France, 1999)


Un cliché d'un tsunami atomique est-il bourré d'émotions?


Credit photo: US Army. La bombinette d'à-peine 1,2 kilotonnes (une broutille) qui explose en 1957 dans le désert du Nevada est un projectile d'artillerie nucléaire. Ca ne fait aucun mal, voyez le cliché, il y avait foule ce jour-là dans le désert du Nevada. Cela dit, c'est un beau cliché.


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