Introduction à "Quitter Byzance" (archive: 12 oct. 2011)

  Ce texte à tiroirs, « Quitter Byzance », est écrit pour en finir avec un certain type de récits, pour clôturer une période d’écriture où je publiai une série de nouvelles à fortes résonnances, entre 1997 et 2000 : « Dualité »[1], « Copie Conforme »[2] et « Isobel et le jeu du ruban »[3].
  Une obsession était présente dans ces trois nouvelles, le thème du dédoublement
  Dans la plus ancienne (Dualité), le narrateur était dissocié entre une réalité vécue et une réalité rêvée ou hallucinée ; deux personnages dont l’un était un être de chair et d’os né de l’homme et de la femme, et l’autre, son clone, parfaitement indissociable de l’original étaient mis en conflit dans le texte suivant (Copie Conforme) ; enfin, le dernier texte (Isobel), abordait entre autres thèmes dans un enchevêtrement narratif, une rencontre du narrateur avec différentes versions de lui-même, plus jeune et plus âgée, lors de voyages dans le temps.
  Outre cette attention spéciale portée au thème de la relation en miroir, dans trois registres, le fantastique classique avec « Dualité », un mélange de polar et de science-fiction cyberpunk dans  « Copie Conforme », et un texte de science-fiction où le monologue intérieur tenait une large place dans « Isobel », ces trois textes se caractérisaient aussi par une complexification croissante de l’intrigue, une fascination pour l’enchâssement, les effets de mise en boîte (en abyme), une sophistication du récit.
  Mais j’avais atteint mes propres limites dans ce jeu d’écriture, et pas toujours de manière convaincante. Je le sentais. D’ailleurs j’arrêtai l’écriture en l’an 2000, et ne repris la plume qu’en septembre de cette année (2011), sans avoir écrit une seule ligne pendant onze ans.
Tout le projet des Métamorphoses de C. est né de cette absence à l’écriture, et d’autres plus anciennes, d’autodafés, et d’une tentative de dire quoi et pourquoi et comment.

A nouvelle période, nouveaux défis peut-être, mais si « Quitter Byzance » (Sailing from Byzantium) creuse encore le sillon de la période 1997-2000, cette fois-ci, je souhaite détourner l’obsession du dédoublement vers quelque chose de plus personnel, de plus original, je voudrais inscrire mon récit dans une lisibilité, une évidence. Encore faudra-t-il le terminer, ce qui n’est pas le cas au moment où je rédige cette notice…

  « Voile vers Byzance », Sailing to Byzantium est une célèbre nouvelle de science-fiction de Robert Silverberg (1985). Mon texte est un hommage, et peut-être également une forme d’adieu au genre. « Voile vers Byzance » est une des très belles novellas (longue nouvelle) de Robert Silverberg qui évoque un futur lointain (le 50è siècle, mais « le cinquantième siècle après quoi ? nul ne sait »), dans lequel ce qui reste de l’humanité, devenue immortelle, voyage dans des cités disparues depuis longtemps, reconstituées par des robots pour l’agrément des citoyens-touristes de cette lointaine utopie. Un homme du vingtième siècle est projeté dans cet univers pour des raisons qui lui échappent. Silverberg a lui-même emprunté le titre de cette nouvelle poétique, à un poème de William Buttler Yeats, publié en 1928, et qui exprime la quintessence de l’approche néoplatonicienne du grand poète irlandais. Dans le poème de Yeats, faire voile vers Byzance représente l’aboutissement d’un voyage spirituel, d’une élévation de l’âme. Dans la nouvelle de Silverberg, le narrateur finit par lever l’ancre vers Byzance, la dernière des cités reconstituée pour les immortels, où il espère enfin accomplir sa raison d’être.

 Vers quoi est-ce que je me  dirige en m’éloignant de plus en plus de Byzance aujourd’hui ? Mon texte tente d’y répondre. Vers « Londinium » dit mon personnage, Chrisostome, dont l’esprit est pour quelques instants projeté vers un futur improbable dans cette lointaine cité.
 Mon double dit des choses, quitter la foi pour la finance, n’est-ce pas le parcours inverse de l’âme qui retombe dans la matière ?


Credits: Waqas Mallick (to be verified)



[1] Bruxelles Fantastique (sous la dir. de Gaston Compère, Didier Devillers, Bruxelles, 1997) 
[2] Privés de Futur (anthologie de Gilles Dumay, Bifrost/Etoiles Vives, Paris 2000)
[3] Hyperfuturs (anthologie de Stéphane Nicot, Galaxies, Paris 2000)

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Sailing To Byzantium
William Butler Yeats

                    I

That is no country for old men.  The young
In one another’s arms, birds in the trees
—Those dying generations—at their song,
The salmon-falls, the mackerel-crowded seas,
Fish, flesh, or fowl, commend all summer long
Whatever is begotten, born, and dies.
Caught in that sensual music all neglect
Monuments of unageing intellect.

                    II

An aged man is but a paltry thing,
A tattered coat upon a stick, unless
Soul clap its hands and sing, and louder sing
For every tatter in its mortal dress,
Nor is there singing school but studying
Monuments of its own magnificence;
And therefore I have sailed the seas and come
To the holy city of Byzantium.

                    III

O sages standing in God’s holy fire
As in the gold mosaic of a wall,
Come from the holy fire, perne in a gyre,
And be the singing-masters of my soul.
Consume my heart away; sick with desire
And fastened to a dying animal
It knows not what it is; and gather me
Into the artifice of eternity.

                    IV

Once out of nature I shall never take
My bodily form from any natural thing,
But such a form as Grecian goldsmiths make
Of hammered gold and gold enamelling
To keep a drowsy Emperor awake;
Or set upon a golden bough to sing
To lords and ladies of Byzantium
Of what is past, or passing, or to come.


Ce poème est disponible dans une excellente traduction chez l'éditeur Verdier dans le recueil "La Tour" (2002)

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Review of Sailing to Byzantium by Robert Silverberg

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