Monday, 20 January 2014

Lettre au loin III


    les yeux grands ouverts je vous écrivais, tous les bruits du monde dans ma tête, et cette journée qui ne s’éteignait pas, qui ne voulait pas mourir    ma lettre partit au loin, resta sans réponse     pour quels motifs

   je l’ignore

   un an après, dans l’oubli de vous avoir écrit j’envoyai une nouvelle lettre identique à la première    par quel prodige j’en vins à écrire exactement les mêmes mots, les mêmes phrases, les mêmes mots, les mêmes phrases

   je l’ignore

    dans ma nuit de veille j’étais accompagné par Dante, par le Quichotte    ces fidèles compagnons me saluent    je les sens    qui d’autre dans le monde lit encore les vieux auteurs    lorsque je descend dans ma librairie interdit de songes

   je l’ignore

    du fond de ma mémoire je vous écrivais    par quel prodige j’en vins à reproduire les mêmes mots, les mêmes phrases alors que ma mémoire disparaît    je la sens    qui d’autre se souviendra de moi alors que j’ai perdu la trace de mes parents, de mes enfants

   je l’ignore

   vous arrive-t-il de vider un grenier, les chemins oubliés dans les taillis vous appellent, l’étonnement d’une peluche, ses yeux brillent et vous entendez votre mère    mais qui d’autre se souviendra d’elle lorsque les stèles seront effacées par la pluie

   je l’ignore

   tout se corrode    un an après, j’ouvre Dante « Qui êtes-vous, vous qui remontant le fleuve des ténèbres, vous êtes enfuis de l’éternelle prison ? » me dit le vieillard, suis-je entré dans le troisième lieu de l’au-delà

   je l’ignore

   cette lettre troisième est un entre-deux, un entrelacs    avec le Poète je célèbre ma naissance    le prodige est le chemin qui me conduit à vous lumineuse, que je cherche depuis l’enfance,  à vous qui ne m’ignorez point    je dédie    je prie mon guide


    je sais


Notre-Dame des Roses

Note: la citation de Dante est dans "Purgatoire", Chant Premier, vers 40

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