Les Personnages

Le Carnet

Chers collègues, compagnons d’écriture, c’est la dernière fois que je prends ces notes avec vous, et dans le fond je n’ai pas grand chose à dire.

« Salut !
- Je pars en Israël
- Je prépare un déménagement de Boitsfort à Schaerbeek
- Je retourne à la vie de bureau à temps-plein. »

Et tous les jours je n’arrête pas de devenir écrivain, auteur, bafouilleur, cinéaste de mes états, mes instantanés, shots, où des personnages n’arrêtent pas de me faire signe en disant : « ne nous oublie pas ! »


Proposition d'écriture "Les Personnages"


Belle synchronicité de ma note avec le thème du jour. 

Lecture d'un extrait du livre de Sylvie Germain.


On joue cinq minutes à « Sophie Calle » dans le Pêle-Mêle : il faut trouver une personne, la suivre, décrire son aspect physique (1).



Ensuite, on lie ce personnage à quelqu’un de connu dans notre entourage pour décrire sa gestuelle, ses comportements, sa psychologie. On passe du croquis extérieur à la scène intérieure, motivations, drames secrets (2).



Pour finir, on travaille en binôme. Notre personnage a rencontré quelqu’un d’important dans sa vie. C’est le personnage de notre partenaire. Ensemble, nous allons décrire leur rencontre, un dialogue, entrecoupé d’épisodes narratifs. Comme contrainte supplémentaire nous devons utiliser l’incipit suivant : « Pourquoi ne m’as-tu pas appelé plus tôt ? » (3).



(1) Croquis « à la Sophie Calle »

Il est jeune, mince, pas très grand, porte une barbe de quelques jours, un pull bleu marine, une chemise grise ouverte aux poignets. Ses yeux gris foncés lui donnent un air concentré, il a de fines lèvres, parfois une moue passe sur son visage.


(2) Scène intérieure 

Il est sérieux, consciencieux, quand il s’occupe d’une tâche il s’y donne tout entier, mais la minute suivante il peut s’arrêter, une idée lui traverse la tête, il peut quitter son travail tout de go, le plus souvent pour quelques minutes qu’il passe à réfléchir en grillant une clope, plus rarement, il peut tout laisser tomber et s’en aller.

Il vole d’une action à l’autre, sans musique, sans accord, avec juste une intense curiosité qui brûle dans ses yeux gris foncés. Et parfois il plonge ses yeux dans les vôtres avec une certitude d’y lire ce que vous même vous ignoriez, qui était resté caché en vous depuis longtemps, et qui se révèle, là, dans l’éclat cru d’une paire de billes noires posées tel un aigle sur sa proie.

En somme, rien ne l’occupe, tout l’occupe, et peut-être la seule chose qui l’intéresse, c’est vous. Il voudrait faire de vous un disciple, il a d’un Christ l’âme brûlante.


(3) Dialogue 


Entre « Julien », mon personnage décrit ci-dessus, et « Lucie », le personnage décrit par mon partenaire dans l'activité.



- Pourquoi ne m’as-tu pas appelé plus tôt ?
- Désolé Lucie, mon téléphone…
- Je serais venue te chercher à ton travail. Le repas est froid depuis longtemps.
- C’est mon téléphone…
- Je disais toujours à mon fils d’appeler ou d’envoyer un message quand il rentrait tard à la maison. Ou quand il arrivait quelque part avec ses amis. J’étais tellement inquiète. Pourquoi ne m’as tu pas appelée avant de partir, Julien ?
- Je n’y ai pas pensé. Quand j’ai vu les files à l’arrêt d’autobus j’ai compris que quelque chose n’allait pas, alors j’ai décidé de rentrer à pied. Je ne pensais plus au repas. En me rapprochant j’ai réalisé que mon téléphone était tombé à plat.
- J’étais très inquiète Julien, tu sais à quel point je panique. Mon fils… il m’avait promis ce soir-là… il n’a pas appelé.
- Oui Lucie, tu m’as déjà expliqué, je suis désolé pour ce qui est arrivé.
- C’était mon fils unique. Il était brillant, un des meilleurs étudiants de Solvay. Les grandes firmes étaient venues le chercher, la vie lui souriait.
- Je sais, tu m’as raconté, c’est même à cause de ça que tu es venue vers moi.

Lucie se souvient de ce jeune homme, Julien, mince, pas très grand, il portait une barbe de quelques jours, un pull bleu marine, une chemise grise ouverte aux poignets, il était concentré sur sa tâche, à ranger des piles de vieux livres. Elle l’avait observé quelques minutes, parfois une moue passait sur son visage qui lui rappelait Eric, son fils. Elle se souvient de livre qu’elle tenait, du tapotement de ses doigts sur la couverture solide, des couleurs brillantes de la jaquette, du titre en anglais auquel elle n’entendait rien ; elle se rappelle de la profonde inspiration qu’elle prit, du calme qui revenait lentement dans ses membres, des quelques pas qu’elle fit vers lui, demandant d’une voix pleine de la poussière des disparus s’il pouvait la renseigner.

« Désolé Madame, l’économie n’est pas mon rayon » avait-il répondu, sa concentration interrompue, puis la seconde suivante, plongeant ses yeux dans les siens avec la certitude d’y lire ce qui se révélait en elle, là, dans l’attente muette, avec l’éclat cru d’une paire de billes noires posées sur elle tel un aigle sur une proie.
« Mais je peux vous conseiller d’autres livres très intéressants. »

Et c’est ainsi que leur histoire avait commencé.

- Et que tu es ensuite restée une heure à m’écouter. Tu es sortie du Pêle-Mêle avec une livre d’ésotérisme que je t’avais recommandé.
- Oui, j’étais fascinée en sortant du bouquiniste. Je voulais de toute mon âme devenir ta première disciple.

Lucie rit.

- En effet. Et regarde où nous en sommes. Je me suis installé chez toi Lucie.
- Merci Eric, excuse-moi, je veux dire Julien. Excuse-moi de m’être inquiétée pour rien.
- Si on réchauffait la soupe ?

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Atelier d'écriture "Explorations 3" du 27 février. C'était ma dernière séance.


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