Sunday, 27 April 2014

Quand il pleut fort sur Paris, ça pue... (Atelier Petites Annonces IV)

Une  chose est sûre, quand il pleut fort sur Paris, ça pue.

Pourtant, la journée avait bien commencé, plein soleil. Je venais de faire reluire ma gonzesse qu’avait un dada des plus niais, me hurlant aux oreilles pendant qu’elle trépignait des mots pas convenables. Je l’aimais bien la Monique, elle s’en sortit ce matin-là avec une châtaigne sur le pif pour solde de notre compte.

J’avais un rencart sur la Butte, histoire de renflouer ma tirelire que j’aurais bien jetée au caniveau, et moi avec. Je m’allumai une clope, et dandinant du paletot m’élançai sur la rampe d’escalier tout d’une traite, conclut les deux cent marches jusqu’à la place du Tertre. C’est vous dire si je tenais la forme.

Mon rencart était un drôle de loustic ras du ciboulot, mélange de crevart pulmonaire, cacochyme et de croque-mort hilare qu’aurait fourgué des clients encore tièdes dans ses caisses. Il tenait conciliabule avec Momo le Barjot, l’artiste qui peignait des croûtes pour les américains de passage.

- Tiens Pépé, qu’il me dit l’Artiste, tu veux te faire un max de blé aujourd’hui ?
- Aussi sec répliquai-je. Y a des pedzouilles à tabasser dans les gogues, des hirondelles à déplumer ? tu me dis, je suis ton homme !

Je disais ça d’aplomb, mais je n’en menais pas large face au regard glacé du croque-mort. Pour un peu c’est moi qu’aurait eu besoin de passer aux gogues !

- Non, rien d’aussi vulgaire Monsieur Pépé me lança le chiffonnier au crâne rasé, juste une mission qui demande un peu de jugeote et beaucoup de sang-froid. Ce dont je doute dit-il, se retournant vers Momo le Barjot, ton contact m’a tout l’air d’une tante d’espagnol délicat et râleur.

Momo prit ma défense.

- Du tout l’Abbé, répliqua-t-il à ce personnage à qui je trouvais tout d’un coup des manières d’érudit, pour ne pas dire d’ami des bêtes. Pépé est digne de confiance.

Moi, je me tenais à carreaux pendant leur conversation. J’avais bigrement besoin du pèze. J’espérais que ma journée n’allait pas être foutue.

- Bon, c’est d’accord dit l’Abbé. Vous avez une heure pour transporter un colis rue Lepic 94, et puis vous attendrez au bistrot d’en face qu’on vienne vous chercher.

Aussitôt dit et fait, cela me semblait de la besogne facile. Je pris le colis qui tenait dans une mallette de médecin très usée, me rendit à l’adresse indiquée, sonnai, déposai la sacoche dans le couloir, éclusai ensuite un demi dans le bouclard d’en face. L’Abbé m’y retrouva, me glissa une enveloppe. Purée, mais c’était la fortune de Nabuchodonosir qu’avait dedans !

- Mais c’était quoi dans la mallette je demandai ?
- Les Mystères de Paris ! me fit l’Abbé, puis il s’en alla avec un drôle de sourire.
Je me sentais pas à l’aise. Il devait bien y avoir une saloperie dans cette affaire.  De l’autre côté de la rue un type au long pardessus noir semblait attendre que je sorte.

Tout d’un coup, cela devint très clair dans ma tête. Cette journée puait !
Quand je sortis, il pleuvait à verse.


Pépé le Moko, film de Julien Duvivier, 1937


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Atelier d’écriture “Petites Annonces”
Le Coin Bleu, Geneviève Damas

26/04/14

Lecture #3 – Paul Auster, Le diable par la queue

Proposition #4 – « Comment j’ai gagné 5000€ sur une journée »

Rédigez un texte sur ce thème en utilisant les contraintes suivantes : l’écrire aussi (trash, violent, vulgaire etc…) que vous pourrez. Votre personnage rencontre : un publicitaire amateur de golf ; un pianiste maladif ; une dame d’ouvrage déprimée ; un chanteur aphone ; un croque-mort hilare ; un chirurgien esthétique plâtré ; un directeur d’école laxiste. Votre texte doit se terminer par la phrase suivante : « Quand je suis sorti, il pleuvait ».



1 comment:

  1. ;) juste, pour info, il me semble qu'à l'époque de Pépé le Moko, une clope c'était un mégot - et c'était au masculin aussi. On disait une cibiche pour une cigarette, je crois bien...

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