Friday, 20 June 2014

Ce soir j'étais Amos Gitaï

Ce soir, à l'issue de la lecture publique au Pele-Mele d'Ixelles, une participante me dit: votre texte était très beau, complètement israélien, mais peu de personnes dans l'audience ont pût le capter. Elle m'a dit aussi votre écriture me fait penser à l'écriture cinématographique d'Amos Gitai, on dirait que vous êtes allé sur le terrain. C'est vrai j'étais très ému ce soir en lisant mon texte, j'avais la gorge asséchée et serrée, ma voix passait par des vibrations qui me surprenaient avec l'amplification du micro auquel je ne suis pas habitué, j'avais le sentiment d'une grande maladresse et en même temps j'expirais les phrases comme si elles étaient en train de mourir avec mon personnage. Rentré, et intrigué par la comparaison car je n'ai jamais rien vu d'Amos Gitai -- d'ailleurs quand elle m'a cité ce cinéaste ce n'est pas ce nom-là que j'ai entendu mais celui d'Amos Oz, le grand ecrivain israélien, que je n'ai jamais lu d'ailleurs -- et donc coïncidence Amos Gitai, une exposition lui est consacrée jusqu'au 6 juillet à la Cinémathèque de Paris. Ce serait presqu'un motif suffisant pour y faire une escapade d'une journée. L'histoire de mes personnages dont je me sens tout d'un coup  responsable, l'amour impossible d'Annie et d'Ariel, à Mea Shearim, et Daniella narratrice -- moi en fait, littéralement dos au Mur de Séparation d'avec les Territoires... Cette affaire me trouble plus que de coutume, quoi tu lis ton texte en public et il se passe quelque chose, ça s'appelle la réception. Et le retour. Et j'ai ce désir de voyager en Israël, d'aller voir, me rendre compte, et parfois je me prends pour un Juif. Allez comprendre quoi, je suis sourd et aveugle et pourtant j'entends et je vois. Et je ne sais comment sinon que ce sont des mots à construire, une langue mienne à trouver... Dans le désert, dans un Mur, dans ces villes et ces villages dont j'entends les noms depuis que je suis petit, culture de la Bible oui. Je remercie mes parents pour leur foi, leur piété, leur dignité. Ce qui reste de vrai du monde ancien. Et je dis merci à cette inconnue et aux autres qui ont fait en sorte ce soir que quelque chose arrive.

http://www.cinematheque.fr/fr/expositions-cinema/amos-gitai-architecte-me/exposition.html


No comments:

Post a Comment