Extrait du Journal de Sir Francis Blakey pour l'année 2014

01.07.14 An opportunity missed rather than a case settled.
US vs BNP: 1 - 0 at penalty
Fine vs Jail: 1 - 0
States vs Markets: 0 - 1
Morality vs Greed: 0 – 1

On choisit des points de façon à voir (Ecorce Sébastien, Ligne, Publie.net 2014)

02.07.14 Bien que l'analyse du phénomène totalitaire par Hannah Arendt débute avec l'impérialisme, "stade ultime du capitalisme", nous n’en inférerons pas que le libéralisme classique soit un précurseur du totalitarisme, à moins de faire remonter cette idéologie aux Foires de Champagne du Moyen-Âge. Ne pas tout mélanger. Mon ancêtre s’appelle Adam et tout est dit.

03.07.14 Une invention de Milady dans laquelle tu joues avec le feu des mots et mets les mots en boîte d'allumettes tout en écoutant Michaux, Kafka et Jean Hélion.

Écrire dans une boîte d'allumettes? C'est possible...

04.07.14 Une phrase de 10 kilomètres prévue pour 2015 à Mons Pas vraiment "une phrase", c’est un titre racoleur.

Une simulation... Pour une hauteur de vingt centimètres des caractères imprimés sur le ruban, et un rapport d'un quart entre la chasse (largeur) et la hauteur des signes (espaces compris) d'une fonte simple (sans empattement), il faudrait composer environ 200,000 signes pour tenir sur une ligne de dix kilomètres, ce qui représenterait un livre d'environ 106 pages. Sachant que la plus longue phrase de la langue française à ce jour est le "roman-phrase" de Marie Ndiaye "Comédie classique" paru en 1987 chez P.O.L. qui fait environ 190,000 signes d'un seul tenant avant le point final, il me semble que les organisateurs de cet événement auraient pu prendre ce roman comme défi, et proposer de le dépasser dans un bel exercice de compétition culturelle et sportive.

C'est la différence du poème au roman : là où Sollers invente le "bloc météoritique compact" avec Paradis et Paradis II - une expérimentation littéraire que je trouve époustouflante et 'indigestible', Marie Ndiaye demeure dans la narration classique romanesque. Un exploit pour un autre bien que les registres et les effets soient différents. Et la "phrase", que devient-elle? Le point étant ce qui la clôture, met un terme au sens, à l'incertitude, la phrase longue, ultra-longue, serait peut-être celle qui cherche la suspension indéfinie, aussi longtemps que possible, de l'unité, quelle que soit le rêve d'infini de cette dernière. Le point final et unique à un livre serait ce point le plus légitime dans cette conception d'une totalité de sens mise en mouvement qu'il faut lâcher à la dernière page, aux derniers signes. Le point serait alors l'aveu d'un échec à embrasser l'infini. Ce que Sollers a d'une certaine façon mis en pratique avec Paradis, au parti pris de la "compacité" et de la lecture infinie. Quand au "ruban d'une phrase de dix kilomètres", ce qui me fascine n'est pas tant l'idée absolue de la longueur exprimée en nombre de mots, de signes, convertibles en pages et en un livre d'une certaine épaisseur, mais l'idée du "ruban" qui se déroule comme un message télégraphique, comme un ruban de machine à écrire, de caisse enregistreuse, de code génétique ; et là, j'y trouve du "sens" à considérer cette chose comme une "phrase". Un "livre en bandelettes" pourrait être une autre forme de cette littérature "au kilomètre" que l'on lit en se promenant physiquement le long du message, étant soi-même la "tête de lecture" qui avance caractère par caractère... Cela ne vous rappelle rien ? Tant pis. Alan Turing.

Le voyage commence... Tu liras plus tard dans le Carnet... Un matin, un train.

05.07.14 Ta journée, de Bill Viola à la Cantatrice Chauve, en passant par les rues et les quais. Tu as pris juste une photo. Il me faut retrouver une machine à écrire mécanique, à l'ancienne, avec rubans-encreurs.

06.07.14 Comment faire le grand écart entre les Murs abattus et ceux qui restent à abattre, ou: d'un brunch entre amis dans le 20ème. A faire et refaire toujours entre amis. Et pour le reste un carnet. Une fin d'après-midi un train.

07.07.14 Random Walk in the Global Catalog La Société des amis de l’ancienne littérature (c’était le nom officiel) tenait à en conserver la coutume. On retrouvait des récits de lecteurs: c’était un gage de prestige, dans certaines villes et certains temps, de disparaître plusieurs heures et, qui dans une chambre, qui dans un train, qui parfois même en pleine ville, sur un banc public, à une terrasse..., de s’absorber dans une lecture sans flux. Donc on ne recevait rien : réellement, on n’était plus dans le flux. Les livres qui servaient à ces usages n’étaient pas aptes à recevoir le flux. Nous avons, désormais, ces cabines hors flux. Nous avons appris combien il est bon, pour l’exercice mental, de se séparer du flux. Nous savons le faire sans le prétexte de mots qui surviennent encore, et sont évidemment la trace fossile d’un flux.

François Bon, La Société des Amis de l'ancienne littérature, Publie.net, 2009

08.07.14 Walking on the edge of randomness Que s'est-il passé au Brésil sinon l'effet d'une pulsion de mort? Culpabilité, mauvaise foi, retournement d'une conscience révolutionnaire contre le système qui a produit le spectacle total de sa propre humiliation, quelque chose d'un collectif qui dit tout le mal qu'il y avait à être-là, assumer cette comédie sociale, et qui par son effondrement produit enfin une question qui donne du sens au non-sens: tout ça pour ça... Et le géant de se rendormir. Et le Brésil de nous étonner. Et moi, étonné par l'ampleur des émotions que je lis, et pas surpris, attendant peut-être secrètement l'imminence d'un cataclysme.

Le plus grand projet d’A.I. tenu secret depuis 30 ans va sortir de son silence Ce soi-disant secret est évidemment du grand n'importe quoi... Pour ce qui est de la programmation des émotions, nous en parlerons lors d'un prochain séminaire sur la neurobiologie et l'intelligence sociale ... Beaucoup plus complexes à modéliser qu’une session de questions - réponses désincarnée (le test de Turing), les émotions, outre le langage, utilisent plusieurs canaux sensoriels et impliquent à la fois des schémas mentaux très anciens (réactions instinctives devant le danger par exemple), et d'autres conduites très élaborées mêlant cortex préfrontal et système limbique. Le biologique est irréductible au numérique. La « vie artificielle » a encore un long chemin à parcourir avant de balbutier « bouh ! »

10.07.14 Le « Dôme de fer », pièce maîtresse israélienne contre les tirs palestiniens. Dans la dialectique millénaire de l'épée et du bouclier, l'épée à toujours une longueur d'avance. A long terme, toute stratégie militaire basée exclusivement sur la défensive est une illusion dangereuse. La défense la plus efficace restera toujours l'attaque, ce qui ouvre la réflexion stratégique sur les moyens non-militaires pour résoudre les conflits. Si tu veux la paix, prépare la guerre, mais assure-toi de gagner la paix.

L'analyse géopolitique des rapports de force et d'intérêts est le préalable à la recherche de solutions négociées aux conflits. L'angélisme et la croyance en la bonté de l'homme sont le plus sûr moyen de monter aux extrêmes de la violence.

L'intelligence de l'intérêt bien compris est le préalable d'une négociation. C'est pour ignorer ce principe de raison et croire en son bon droit que les conflits se perpétuent.

La violence se nourrit d'elle-même par mimétisme; rompre le cycle des vendettas suppose dans les sociétés traditionnelles un sacrifice, un don, une série d'actes magico-religieux réparateurs (René Girard, Mauss...). Aujourd'hui il ne faudrait pas grand-chose pour provoquer ce choc des consciences, mais beaucoup de courage individuel, venant donc des leaders de chaque communauté. Ce qui n'est pas prêt d'arriver. Ce conflit est le prototype d'une longue guerre d'attrition "à bas bruit" où les protagonistes comptent sur l'épuisement de l'adversaire. A ce jeu, Israël étant un état de droit et une société démocratique (d'où le problème de ses minorités ultra-conservatrices qui tiennent les majorités parlementaires en otage de politiques de droite dures depuis des années), le changement a plus de probabilité d'arriver le jour ou l'électorat comprendra qu'il faut élire des partis d'ouverture, suite peut-être à une catastrophe majeure. De l'autre côté, le Hamas verrouille toute possibilité de dialogue en exploitant les divisions de l'autorité palestinienne. Israël doit lâcher (beaucoup) de lest dans la colonisation rampante et scandaleuse des Territoires de Cisjordanie et collaborer avec l'autorité palestinienne légitime pour ramener Gaza dans sa souveraineté.

Cela prendra des années - peut-être des dizaines d'années - à travers des réformes institutionnelles progressives... Peut-être sur le modèle de l'état fédéral belge et du désengagement mis en place pour les fameuses "communes à facilités" (à difficultés) de la périphérie bruxelloise. Mais quand j'observe une carte détaillée des Territoires et de l'enchevêtrement / empiètement des zones des uns et des autres (en fait de l'invraisemblable grignotage des colonies israéliennes et des couloirs de sécurité sur les territoires palestiniens qui réduisent cet pauvre état de l’Autorité Palestinienne à une peau de chagrin), je me dis qu'une séparation est utopique (les colons ne quitteront jamais les Territoires, Israël ne pourra pas éternellement vivre à l’intérieur de ses murs, Gaza a besoin de se développer économiquement pour réduire l’influence du Hamas, de même que la Cisjordanie, et que pour faire pièce à l’ennemi commun du « Califat » monstrueux qui s’est créé de l’autre côté des frontières, rien de tel qu’un peuple pacifique et ingénieux, qu’une armée puissante, et de classes moyennes aux aspirations matérialistes). Peut-être que la solution serait celle d'une annexion pure et simple de la Cisjordanie (et de Gaza) par Israël suivie par la transformation radicale de ce dernier en un état laïque dans lequel les palestiniens tout comme les arabes israéliens et les israéliens juifs deviendraient citoyens égaux du même État, partageant les mêmes institutions démocratiques, reléguant le religieux dans la sphère privée. Que cet état continue de s’appeler « Israël » qu’importe, s’il organise sur un base juste la répartition des compétences entre une « entité fédérale »  et deux « entités fédérées » (communautés et régions -- où l’on retrouve le modèle Belge, comme par hasard : un état constitué de deux « communautés » (palestiniens et israéliens), et de trois « régions » (Israël dans les limites d’avant 1967, la Cisjordanie et Gaza, et Jérusalem capitale administrée à parité). Ou alors il faut faire revenir Théodore Herzl du Shéol et lui demander de réfléchir à la question.


Random Walk In the Global Catalog His mother’s hand felt cold, clutching his. Her fear as they walked hurriedly along the street was a quiet, swift pulsation that throbbed from her mind to his. A hundred other thoughts beat against his mind, from the crowds that swarmed by on either side, and from inside the buildings they passed. But only his mother’s thoughts were clear and coherent—and afraid. “They’re following us, Jommy,” her brain telegraphed.

Alfred Elton (A.E.) Van Vogt, Slan, Arkham House, 1946 - first serialized in Astounding Science Fiction 09-12/1940.

"Mise en abyme" with tablet, Slan's original cover containing a tablet's frame, laptop

12.07.14 S. nous parle de ce qu'elle vit, sans jugement, simplement d'une "situation stupéfiante". J'écoute ce qui se dit et suis moi-même stupéfait de l'emballement que cette situation provoque en Europe parmi certains d'entre nous qui sommes loin de ce conflit. Arrêtons de l’utiliser comme théâtre de nos projections.

13.07.14 Random Walk In the Global Catalog Runciter said, "I'll consult my dead wife."
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Lean Over the Bowl
And Then Take a Dive.
All of You Are Dead. I Am Alive. ...
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"The graffiti on the bathroom walls," Joe said. "You wrote that we were dead and you were alive."
"I am alive," Runciter rasped.
"Are we dead, the rest of us?"
After a long pause, Runciter said, "Yes."
"But in the taped TV commercial -"
"That was for the purpose of getting you to fight. To find Ubik.

Philip K. Dick, Ubik, Doubleday, 1969

14.07.14 Walking on the edge of randomness Fixing market failures in neoclassical economics is seen as a regulator's job: providing incentives for good behavior or punishing rates for not complying with the rules. Instead of calling the "man-in-the-middle" of the transaction, ie the State's taxation weapons of market disruptions, why not create new markets to fix other's failures? This is called passing risks to insurers against premiums. But for how long is this logical regression chain working up? Up to the limits of re-insurers and so forth. Nobody is to blame because it is too human not incurring the full cost of a decision. So, risks and externalities are piling up and up in the system. As it becomes more complex so does its opacity. Then, disruption might be caused by the fly of an insect or the fall of a meteor. Only God knows about certainties coming out of probabilities.

15.07.14 Journal du Capitaine 15 juillet 1914
Visite du président de la république française Raymond Poincaré et du président du conseil René Viviani en Russie. Retour en France le 29 juillet.

16.07.14 Journal du Capitaine 16 juillet 1914
Poincaré et Viviani ont embarqués ce matin au Havre sur le cuirassé "La France"... Ils arriveront à Saint-Pétersbourg dans trois jours... Viviani est à vif avec le procès de la veuve Caillaux qui commence à Paris... on le dit fragile des nerfs... L'agenda de la rencontre prévue depuis longtemps sera dominé par la réponse à la crise des Balkans... Poincaré est obsédé par l'Alsace-Lorraine... Il va pousser le tsar Nicolas II a respecter les engagements de l'alliance Franco-Russe... Les militaristes russes inquiètent l'Allemagne... Vienne prépare son ultimatum pour Belgrade, les Serbes soutenus par les Russes n'ont fait preuve d'aucune bonne volonté pour faire progresser l'enquête sur le régicide de Sarajevo... Le comte Hoyos de retour de Berlin à Vienne a réussi à obtenir le soutien sans faille de l'Allemagne...

Random Walk in the Global Catalog At dawn he arose and stepped out onto the patio for his first look at Alexandria, the one city he had not yet seen. That year the five cities were Chang-an, Asgard, New Chicago, Timbuctoo, Alexandria: the usual mix of eras, cultures, realities. He and Gioia, making the long flight from Asgard in the distant north the night before, had arrived late, well after... sundown, and had gone straight to bed. Now, by the gentle apricot-hued morning light, the fierce spires and battlements of Asgard seemed merely something he had dreamed. The rumor was that Asgard’s moment was finished anyway. In a little while, he had heard, they were going to tear it down and replace it, elsewhere, with Mohenjo-Daro. Though there were never more than five cities, they changed constantly. He could remember a time when they had Rome of the Caesars instead of Chang-an, and Rio de Janeiro rather than Alexandria. These people saw no point in keeping anything very long.

Robert Silverberg, Sailing to Byzantium, first appeared in Isaac Asimov’s Science Fiction Magazine in February 1985

17.07.14 Hic & nunc 27 février 2014 le Capitaine et un self par M. ... Parce que c'est aussi dit-on le livre des visages ... Depuis il a coupé ses cheveux et médite le destin du gros orteil... Ça fait réfléchir...

N'enseigne rien, car tu as encore tout à apprendre. Fernando Pessoa, L'éducation du stoïcien

Journal du Capitaine Le grand Henri Guillemin nous parle... C'était le 24 juin 1972 à propos de la crise de juillet 1914... Écoutons-le... Et pendant ce temps-là, il y a cent ans, Poincaré s'en va manipuler le faible Nicolas II... Ah! Douce France... Hypocrite France... L'histoire continue à s'écrire... Le Capitaine voyage dans le passé avec "Les Somnambules" de Christopher Clark (Flammarion, 2013), et se souvient de son enfance quand il regardait le grand Henri à la télévision. Merci Professeur Guillemin.

18.07.14 Hic & nunc Une terrasse en été : quelque part en Toscane... ou dans les Cyclades... ne serait-ce point Marrakech... Et si ce n'était le Schaerbeek de tous les mondes possibles?

Immobilité forcée du voyageur en chambre.

Journal du Capitaine Formidable Henri Guillemin! A suivre, les treize épisodes de la série "L'autre avant-guerre 1871-1914".

Remonter aux sources de la Grande Guerre, pour Henri Guillemin, c'est faire l'inventaire de la naissance de la IIIe République. De Sedan à août 1914, l'historien se confronte aux faux-semblants d'une France coloniale et bourgeoise.

Paysage martien, soleil pâle et lointain

19.07.14 Random Walk in the Global Catalog Le dictionnaire historique & critique de Pierre Bayle (1ère édition en 1697), un monument intellectuel qui annonce les Lumières du XVIIIe siècle, la pensée de la Raison en acte, tout ce à quoi la pseudo-modernité contemporaine tourne le dos.

Nous vivons des temps troublés, l'esprit de cette époque semble avoir régressé par certains aspects aux XVIe siècle des Guerres de Religion (superstitions, intolérances), voire en des temps plus obscurs encore.

... revenir aux "Lumières radicales"... une **Théorie Critique Générale** pour notre temps... réinventer le dix-huitième siècle au cœur du vingt-et-unième...

20.07.14 Walking in the edge of randomness Je deviens profondément allergique à la bêtise des pseudo-intellectuels, soi-disant 'gens de lettres' qui sont la plaie de l'époque. Tous qui savent un peu lire ou écrire aujourd'hui, font profession savante et se mêlent de donner une opinion, mais sont trop stupides pour se rendre compte que sur les sujets fâcheux qui brûlent entre les factions, ils sont de ceux qui attisent les haines et la confusion de la multitude. L'audience que ces cuistres se créent ici même dans ces nouveaux médias dit sociaux me fait regretter les mérites de l'école publique.


(extrait du Journal de Sir Francis Blakey, alias "C Ostad", alias "Kris Stotoda", alias "Frère Bismuth"..., agent du MI6)

- How disgusting they are, aren't they?
- Awful, old chap. Let's go somewhere else 

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