Sunday, 3 August 2014

"Mescal", dit le Consul.

Megara, 2 août '14

Et la roue tourne, me ramène en ces lieux, tout est pareil, tout est différent, il n'y a que le ciel et la mer immuables qui ne changent pas.

"Au-dessous du Volcan" est une fois de plus le livre par excellence qui m'accompagne ici, je ne puis l'épuiser, chaque phrase, chaque changement de point de vue narratif, incessants, qui lui donnent ce rythme en syncope, une minute avant l'apoplexie, la chevauchée des allers-retours entre flash-backs, flash-forwards, et le présent; ces longues périodes entre parenthèses, ces voix intérieures, dialogues qui surnagent sur les flots de cette mer démontée par un langage furieux, une prose de cavalier de l'apocalypse, de laquelle peu de choses que je puisse en dire car je ne suis ni critique ni auteur ni bafouilleur, ni jongleur hâbleur ou ébouriffeur de mots: tant que mal ou en bien, lecteur essayai-je de faire, à tout le moins de ressentir; lire est un grand art qui se perd. Truisme, tout le monde écrivassier, mais qui lit encore? Lire...

"À côté de la giration folle du monde ivre, filant à 13 h. 20 vers le Vautour-Lyre d'Hercule, la maison paraissait une mauvaise idée, pensa le Consul."

(Début du Chapitre VII, pivot du roman qui basculera de plus en plus vite vers la tragédie, à partir de ce non événement qu'est le retour de la carte postale envoyée par Yvonne au Consul un an auparavant) -- imaginez-donc un livre touffu de six cent pages dont l'intrigue romanesque tienne à une carte postale qui atteigne enfin son destinataire au moment ou l'expéditeur de la-dite carte revient vers lui après une séparation: c'est le fil plat du roman, cela tient en une sorte de variation ebrieuse de la "Lettre Volée" de Poe relue par Lacan (car elle n'aurait eu qu'un intérêt très secondaire autrement, preuve s'il le fallait par la lecture, que ceux qui importent dans la réception et la transmission du signifiant sont bien les lecteurs), celle-ci juste une image de bazar et quelques lignes maladroites pour ériger une cathédrale roman comme j'en connais peu d'autre (Joyce, Faulkner, Kafka, Dos Passos, Broch...):

Le Consul demande en souriant à Hugh de lire la carte postale:

"Yvonne avait écrit: Chéri, pourquoi suis-je partie? Pourquoi m'as-tu laissée partir? Pense arriver aux U.S. demain, en Californie dans deux jours. Espère trouver là un mot de toi. Je t'aime. Y.'

 Hugh retourna la carte. C'était une photo du léonin Signal Peak, El Paso, avec la route de Carlsbad Cavern, menant, par-dessus un pont en parapet blanc, d'un désert à l'autre. On voyait, au loin, un léger virage, et la route disparaissait."

(Fin du Chapitre VI)

Beaucoup d'images du Sud-Ouest américain depuis plusieurs  semaines, et d'autres qui reviennent en force du Québec. Les livres sont préludes et conclusions des voyages.

 Ce que j'avais annoté il y a deux ans dans les marges de l'avant-propos de Maurice Nadeau dans l'exemplaire d"Au-dessous du volcan" que je tiens encore entre mes mains:

Structure circulaire
Joseph Conrad
Roman de la culpabilité et de la chute, du délire alcoolique
Dante
Faust
Roman d'amour
Mise en abîme
Le passé rejoint le présent
Tragique
Symboles
Destin, fatalité

"On va jusqu'à se demander si derrière les livres divers qui constituent ce livre unique ne s'en cache point encore un autre, indéchiffrable celui-là à la façon d'une kabbale moderne."

(Maurice Nadeau)

J'ai vu passer une annonce concernant la sortie du nouveau roman de Maurice G. Dantec "Résidents" pour la fin août. J'ai vu passer sur une page les habituels délires conspirationnistes, amplifiés par toutes les crises. J'ai lu une apologie de Poutine et des nouveaux missiles balistiques russes, les SS-27 Topol-M, les plus rapides du monde (26000 km/h) et qu'aucune défense actuelle ne peut arrêter. Poutine pense peut-être - comme les généraux allemands en 1914, disposer d'une fenêtre de tir, d'une supériorité stratégique de courte durée. L'escalade de l'été 2014? Nous verrons bien.

"Nom superbe pour orchestre de danse: Bernal Diaz et ses Tlaxcalans."



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