Tuesday, 5 August 2014

"Mescal", dit le Consul. III

5 août

Le gusta este jardin que es suyo?
Évite que sus hijo lo destruyan!

No se puede vivir sin amar.

"Ah, c'est le silence, plutôt, qui devrait suivre."
Max-Pol Fouchet, début de la Postface à l'édition de 1950 d''"Au-dessous du volcan"


Malcolm Lowry voulait créer une trilogie romanesque sur le modèle de la Divine Comédie. Le premier volet correspondant à l'Enfer en aurait été "Under the volcano" suivi de "Swinging the Maelstrom" pour le Purgatoire et "In Ballast to the White Sea" pour le Paradis. Ces deux derniers romans sur lesquels Lowry travaillait pendant la même période que celle de l'écriture d'"Au-dessous du volcan" (entre les année trente et quarante du siècle dernier) ont été publiés récemment dans des éditions scientifiques des Presses Universitaires de Toronto. "Swinging the Maelstrom" avait déjà fait l'objet d'une publication partielle sous un autre titre "Lunar Caustic" (traduit également en français); en fin de compte, nous pouvons considérer que ce n'est qu'au début du vingt-et-unième siècle que nous disposons grâce aux efforts des spécialistes canadiens d'une œuvre complète, annotée, documentée, de ce grand auteur. Pourquoi au Canada? Après avoir bourlingué dans sa jeunesse sur des rafiots de la marine marchande, Lowry à vécu principalement en France, au Mexique, aux États-Unis et ensuite dans la province canadienne de la Colombie Britannique, avant de revenir dans son Angleterre natale y mourir  ("death by misadventure"); mais c'est au Canada, dans cette cabane au bord de l'océan, son havre de paix, en compagnie de sa seconde épouse qu'il fut le plus heureux, et que ses nombreux  manuscrits ont été récoltés par l'université de la province. 

Lire "Au-dessous du volcan" est pour moi une expérience compulsive qui relève d'une assuétude très particulière au flux du roman, à ses visions mystiques ou hallucinogènes, à la mécanique implacable de la tragédie. L'ayant terminé une fois de plus aujourd'hui j'ai tourné la page de fin et suis revenu au début. Le roman à une structure circulaire, cela explique le retour en quelque sorte forcé au début, car il y a des détails qui vous échappent, et vous voulez savoir. Roman initiatique aussi, ésotérique, on l'a beaucoup écrit, et c'est vrai, et ce "scavoir secret" n'alourdira pas le roman, nous ne sommes pas chez Umberto Eco et son "Pendule de Foucault", livre brillant et insupportable, superficiel, nous sommes ici dans la conscience des personnages et dans la vision panoramique du narrateur omniscient, dans des aller-retours continuels entre ces multiples points de vie et de vues enchevêtrés qui constituent le grand attrait du style, et aussi la difficulté d'une première lecture. Mais j'ai déjà lu ou essayé de lire des romans dont la structure et les difficultés sont bien plus insurmontables qu' "Au-dessous du volcan"; il ne faut pas en exagérer le côté exigeant, en fait il a une architecture de cristal en douze chapitres centrés chacun sur un point de vue privilégié. En voici le découpage, en douze gigantesques "plans-séquences" cinématographiques, car chacun de ces chapitres forme une unité remarquable d'action et de réflexion dramatique et scénique: le temps qui avance d'une heure environ entre le chapitre II (le début du roman) et le dernier chapitre, puisque l'ensemble tient comme on le sait sur douze heures, le Jour des Morts, pour être précis le 2 novembre 1938, dans un lieu dont nous découvrons la géographie progressive, une petite ville du Mexique sise aux pied du fameux volcan Popocatepetl, le temps donc accompagne le lecteur dans son travail comme un guide, qui le prend par la main, l'amène à chaque chapitre un peu plus loin, un peu plus haut, ou alors, de plus en plus profondément dans les cercles de l'Enfer...

Chapitre I. Prologue, 2 novembre 1939, focalisé sur le personnage de Jacques Laruelle
II. 2 novembre 1938 au matin, Yvonne
III. Le Consul
IV. Hugh
V. Le Consul
VI. Hugh
VII. Le Consul
VIII. Hugh
IX. Yvonne
X. Le Consul
XI. Yvonne. La nuit tombe
XII. Le Consul

Raffinerie dans les environs de Corinthe

La plage à Loutràki ce jour

Et après vient le silence...


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