Journal Pragois II – Das Schloß


“Es war spät abends, als K. ankam. Das Dorf lag in tiefem Schnee. Vom Schloßberg war nichts zu sehen, Nebel und Finsternis umgaben ihn, auch nicht der schwächste Lichtschein deutete das große Schloß an. Lange stand K. auf der Holzbrücke, die von der Landstraße zum Dorf führte, und blickte in die scheinbare Leere empor.”

« Il était tard lorsque K. arriva. Une neige épaisse couvrait le village. La colline était cachée par la brume et par la nuit, nul rayon de lumière n’indiquait le grand Château. K. resta longtemps sur le pont de bois qui menait de la grand-route au village, les yeux levés vers ces hauteurs qui semblaient vides. »

Franz Kafka, Le Château, 1926


Lorsque C. arriva au Château par un matin pluvieux
Il lui sembla qu’une forme de guerre était en cours.
Depuis ces hauteurs, la masse du Pouvoir
Ecrasait la ville des artisans et des petits fonctionnaires,
Les flèches de la Cathédrale, noire et couverte
D’hideuses créatures rampantes
S’élançaient à l’assaut d’un ciel impie,
L’armée du roi paradait en costume bleu ciel sur l’esplanade.

Des foules issues de toutes les nations de l’Empire
Se pressaient aux portes du Château :
Westphaliens, Suèves, Souabes et Moraves
Milanais, Franchimontois, Transnistriens, Bohèmes
Juifs, Asiates de l’Ouest, Asiates de l’Est, Peuples du Nil
Espérantiens
Ossètes
Lunaires
Tous convoqués au Château par le Maître
Tous sujets loyaux venus payer tribut, dîme, potlach
Ou simple reconnaissance.

C. remarqua une agitation autour d’un étrange personnage.
Qui agitait banderoles et menait tapage,
Menaçant les gardes qui ne bronchaient point,
Les passants qui se détournaient
Harassant la pierre dure de ses pas cadencés
Marmonnant des mots dans une langue incompréhensible.
C. s’approcha et après quelques propos apaisants
Lia langue en allemand avec l’agité.

« Ceci Monsieur » dit ce personnage, « est ma protestation,
depuis 1868 jours et nuits, chaque matin, je reviens ici
tel que vous me voyez, moi, arrière petit-fils du grand
musicien national, Narodni, héritier de la noble tradition
des Dissidents, je viens ici dire ce qui ne va pas. »

- Et que se passe-t-il donc qui vous fâche ainsi,
Monsieur… Monsieur Anton Smetana, lut C., quel
complot d’un lointain hérésiarque, quelle corruption
d’un scandaleux oligarque, quelle est donc cette affaire
qui vous mobilise ainsi avec obstination ?

- C’est la trahison de la Révolution de Velours, Monsieur,
répondit ce dissident à C., l’abandon de nos idéaux,
le dévoiement de notre engagement pour un monde meilleur,
le dénigrement de l’utopie, l’affairisme et le mercantilisme des clercs,
notre lâcheté à tous pour quelques Deutsche Marks de plus,
pour quelques biens matériels jetables, pour la course du rat,
pour une vacuité. Voilà ce qui m’irrite et continue à me révolter. »

C. poursuivi sa route préoccupé.
Il rejoignit rapidement une ruelle à demi-abandonnée
Dans l’enceinte du Château.
Il avait hâte de rejoindre son ami qui l’attendait,
Une plume à la main, une histoire à terminer,
Une aventure à partager.
Franz K. se tenait souriant dans l’encoignure
D’une minuscule maison.
Il lui fit un signe de la main.


 
Au Château, Prague, Monsieur Anton Smetana, protestataire

Au Château, Prague, 22 Ruelle d'Or, fantôme de Franz Kafka




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