Monday, 29 December 2014

C'est chose commune à tous de penser (Héraclite)

Le 8 août dernier je publiais sur ce blog mon dernier billet du « Journal de la Grèce », intitulé Je renonce, longue prosodie entre oralité et obstination, dans lequel je disais bien quelque chose de cet ordre né de l’abandon aux courants élémentaires, à la puissance qui sauve et qui oublie. C’est le journal le plus tenu à ce jour en ces lieux où la Pythie prononça les premiers mots du poème, ô Grèce de Byron, d’Héraclite et de mon enfance ; et quel est donc ce renoncement si cher qu’il fallait te clamer et t’en réclamer le dû, sinon à toi C. le méta-morphe, le volontaire, l’annonce d’un naufrage, le pli de la mer qui épouse le vent, avec quelle facilité, à t’en creuser des vagues profondes, à t’en délester les mots afin que plus léger tu t’élèves enfin et disparaisse à la vue des oiseaux ?
Ne crois pas t’en sortir.
Hier était hier, disparu.
Dans le poème qui s’écrit, entre chasme et chaos, les longs silences écrivent aussi. Des flammes insaisissables. Des remparts. Cyclopéens murs de Mycènes, porte des Lions, Agamemnon, je te convoque ! Qui veut les mots trouve l’ivresse du vin, ou de la mer. Aujourd’hui j’ai aspiré lumière et chaleur ô soleil. Dans les mots des poètes aussi j’ai sucé les œufs des poissons, les algues et la promesse que l’homme est bon.
Se tenir debout.
Marcher.
Voilà l’effort d’une vie. Mais dis-le d’un milliard de milliard de fragments et le temple s’écroule. Vois-tu l’exploit des dieux ici-bas ? Ils ont la bouche oraculaire, le torrent des siècles s’écoule, pluie sur ta tête et celle des hommes de bonne volonté. Jamais torrent ne renonça, pas même pour un caillou de la taille du monde, une pierre de bonne taille, et contourna l’obstacle. Toi qui viens. Ne renonce jamais.
Se tenir debout.
Avance.
Et quand tu ne pourras plus bouger, avance encore.
Et quand tu ne pourras plus parler, rêve encore.
Et quand tu ne pourras plus penser, respir encor
Respir
Expir


L'auteur: ciel au-dessus d'Athènes, ce 29 déc.

Ce texte est pour Pierre K.

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