Saturday, 4 April 2015

Antisémitisme ou Antisionisme? Une conférence de Didier Lapeyronnie

Antisémitisme ou Antisionisme? Une conférence de Didier Lapeyronnie
Professeur de sociologie à Paris-4
2 avril 2014 à l’ULB – Bâtiment Solvay

Texte de présentation de la conférence
L’Union des Etudiants Juifs de Belgique (UEJB) et Collectif, Dialogue & Partage (CD&P) vous convient à la conférence donnée par le Professeur Didier Lapeyronnie (Université Sorbonne-Paris IV) sur le thème de la résurgence actuelle de l’antisémitisme, en particulier dans les milieux populaires.

Monsieur Didier Lapeyronnie est professeur de sociologie à l’Université Sorbonne-Paris IV, expert sur les questions de l’antisémitisme dans les banlieues. Il est également membre associé du Centre d’Analyse et d’Intervention Sociologiques (CADIS) et du Groupe d'Étude des Méthodes de l'Analyse Sociologique de la Sorbonne (GEMASS).
--
   Le texte qui suit qui suit est la transcription de mes notes prises pendant la conférence. Mes commentaires ou observations qui apparaissent dans le flux, en contrepoint ou sous forme de questions des propos du conférencier, sont marqués en italique.
--

   La salle, au quatrième étage du bâtiment Solvay, n’est pas très grande, il y a affluence ce soir, avant-veille du premier jour de Pessah. Je n’ai pas réservé, on nous demande de nous mettre sur le côté et d’attendre un peu. Je rachète une place à quelqu’un qui vient d’arriver. La salle est comble, il doit y avoir environ 150 personnes, un mélange d’étudiants de l’ULB, rassemblés en haut des gradins, de membres de la communauté juive et de têtes grises. Le service de sécurité est présent, il y a fouille des mallettes à l’entrée, ce qui me semble tout à fait normal. J’entends quelqu’un dire : « c’est pire que les contrôles de sécurité d’El Al » (rires). Les gens s’installent ; il y a une ambiance de famille.
   Le professeur Lapeyronnie est introduit par une dame, qui salue aussi quelques personnes de qualité parmi l’assemblée. Elle dit : « la focalisation sur les événements du Proche-Orient vient du fait qu’il y a antisémitisme au départ, et non l’inverse ».
   Je traduis : « l’antisémitisme n’est pas la conséquence d’une prise de position contre la politique israélienne ». Comme on va le voir, Didier Lapeyronnie, ne va pas parler du conflit israélo-palestinien, ce n’est pas son propos. Le thème (porté par Taguieff et d’autres), d’une avancée de l’antisémitisme sous couvert d’antisionisme, ne sera abordé que très indirectement, à la fin de l’exposé. La dame cite le concept de « contre-monde » développé par l’auteur, elle évoque les ghettos urbains, et anticipe sa conclusion sur le communautarisme civique comme voie de sortie possible de la crise.

   Didier Lapeyronnie a publié en 2008 : « Ghetto urbain. Ségrégation, violence, pauvreté en France aujourd’hui », chez Robert Laffont. Il mène des enquêtes de terrain depuis quarante ans. C’est un sociologue qui s’intéresse aux quartiers défavorisés des milieux populaires, aux banlieues, aux problématiques d’intégration des migrants. Il observe le phénomène d’un antisémitisme populaire qui s’est installé depuis l’aube des années 2000. Quelle est sa nature ? Quelle est sa signification pour les gens ? D’emblée, il avance un élément clé de sa thèse : « il y a un discours antisémite, mais pas forcément d’antisémitisme chez les gens. » Ce phénomène est apparu massivement après les attentats du 11 septembre 2001. Entre 2002 et 2006, il y a eu une forte poussée d’actes antisémites, un reflux relatif pendant quelques années, et une reprise de la fièvre depuis 2009, en particulier un nouvelle période d’accélération de l’antisémitisme des banlieues suite à l’affaire Merah en mars 2012.
   Il existe dit-il « un antisémitisme sans Juifs » dans ces quartiers défavorisés, dans les couronnes des grandes villes, partout en France; une manière de se distinguer par le discours dans la société française. Les racines du phénomène sont à chercher dans la situation sociale des quartiers.
   Après cette introduction, il va structurer son propos en deux parties, l’étude de la forme du discours pour commencer, suivie de celle son contenu, et d’une conclusion.

I. Forme du discours antisémite
   Il y a des formes différentes d’antisémitisme, celui « d’en-haut », celui « d’en bas ».
   La forme traditionnelle, ou « d’en haut », est incarnée par la caricature du « vieux blanc, peu éduqué, de droite, catholique ». Cet antisémitisme traditionnel traverse l’histoire de la société française (je note : affaire Dreyfus, antisémitisme de la fin du XIXème et du début du XXème siècle, années trente, régime de Vichy, partis d’extrême-droite de l’après-guerre, Front National sous Jean-Marie Le Pen…) ; il a fait retour de manière spectaculaire (et inattendue ?) à l’occasion des manifestations contre le mariage homosexuel, où l’on a entendu des cris « morts aux Juifs » dans les rues de Paris. Malgré cela, l’opinion publique française est aujourd’hui massivement opposée à l’antisémitisme. A la question : « les juifs sont-ils des citoyens français comme les autres ? », la réponse est à 95% positive, ce qui est une évolution importante (par rapport aux années 1950 ?) où l’opinion était divisée à parts égales. Par contre, aujourd’hui, en réponse à la question « les musulmans sont-ils des citoyens français comme les autres ? », l’opinion est partagée à 50%. La nouvelle judéophobie (Taguieff), qui est apparue dans les milieux d’extrême-droite, voire d’extrême-gauche, contre la politique israélienne, portée par des intellectuels reste un phénomène minoritaire (Alain Soral, et dans une moindre mesure Marc-Edouard Nabe, ou plus récemment, peut-être, avec le très médiatisé Aymeric Caron à propos de la controverse autour du film d’Alexandre Arcady).
   L’affaire Dieudonné a eu ceci de remarquable qu’elle a fédéré les différentes formes d’antisémitisme « d’en-haut », la forme traditionnelle d’extrême-droite, et la nouvelle judéophobie.
   Par contre, l’antisémitisme « d’en bas », « sans juif » (i.e. sans présence physique des juifs dans les banlieues), est un phénomène distinct, qui ne résulte pas d’une construction intellectuelle, et qui présente comme particularité d’être immergé dans un discours au quotidien truffé d’allusions antisémites, sans pour autant être un antisémitisme contre les personnes physiques (il  y a malheureusement des exceptions, comme dans l’affaire Ilan Halimi, janvier 2006) ; « c’est que, explique Didier Lapeyronnie, il y a un grand paradoxe, entre le discours et une position affirmée de rejet des pratiques antisémites (i.e. contre les personnes), lorsque les habitants de ces quartiers sont interrogés. » Comment expliquer ce décalage ?
   Le discours de l’antisémitisme ordinaire est basé sur un vocabulaire commun, truffé de mots péjoratifs, sans être argotique. Les gens l’utilisent comme une langue quasi-naturelle, sans auteur, comme pour désigner ou se moquer des homosexuels ou des femmes. Exemples : « pourquoi tu me serres la main comme un Juif ? » (mollement) ; « mon stylo ne fonctionne plus, il fait le feuj » (i.e. juif en verlan) ; au cinéma : « ce film est chiant, c’est un film de feuj ». Interrogés, les gens qui emploient ces expressions disent : « c’est la langue qui est comme ça ».

Petite recherche sur le mot : feuj /føʒ/ masculin (féminin : feuje, féminin pluriel : feujes)
1      (Religion) (Familier) Juif. Anciennement péjoratif, ce mot ne l’est actuellement plus, en effet beaucoup de Juifs l’emploient pour se désigner, principalement chez les jeunes et sur Internet.
  • Il fait partie de la communauté feuje de Paris.
  • Alors comme ça, tu es feuj ? me dit-il. — (Jean-François Dérec, Le jour où j'ai appris que j’étais juif, 2007).

   Ce vocabulaire, ces expressions, sont parfaitement claires car il s’agit d’être compris, ce qui n’est pas le cas d’un argot (celui des bouchers, des métiers, des voleurs).
   Ce discours remplit une fonction de reconnaissance ou de connivence (c’est un acte de langage, fonction « performative » du langage), dans lequel il y a échange entre trois parties : l’émetteur du message, le destinataire (apparent) du message, (le « juif » pris pour cible, ou un destinataire neutre), et le destinataire réel du message : le public, l’auditoire au sens large, pris à témoin de l’échange. Il s’agit d’établir une complicité, connivence, identité commune avec le public. On fait ça tout le temps, c’est une des fonctions sociales du langage.
   L’antisémitisme « d’en bas », fonctionne donc sur le modèle de la blague, du rire, de l’intelligence partagée entre l’émetteur du message et son public. C’est une invitation au partage. Ce mécanisme est courant avec les blagues de type sexiste : des hommes parlent des femmes (de manière péjorative), en prenant éventuellement pour cible une femme présente, mais surtout pour établir un rapport avec d’autres hommes, c’est une manière d’affirmer l’identité du groupe (des hommes virils, machos). Quant à la victime, piégée (femme, juif…), elle a pour choix soit de dénoncer la provocation verbale et d’être mis au ban du groupe, soit d’y adhérer, car le coût de l’exclusion du groupe est trop important. Cela s’observe dans les écoles par exemple, où des enfants juifs pris à partie par leurs camarades, tendent à minimiser ces humiliations ou ces brimades, pour éviter de se retrouver exclu du groupe. C’est un mécanisme social très puissant, qui renforce évidemment l’importance et l’impunité de l’émetteur.
   Il est important de comprendre que l’auditeur, ou le public au sens large, fait advenir l’antisémitisme par son assentiment. Il est plus difficile de casser l’unité du groupe, que de dénoncer la perfidie morale.
   Dans les quartiers, les acteurs sociaux de terrain, tendent eux aussi à minimiser le discours antisémite, pour les raisons expliquées. Il y a en nous un attachement atavique à l’unité du groupe social qui est plus fort que les interdits. Le paradoxe de l’antisémitisme, c’est qu’il s’agit d’un tabou qui renforce les mécanismes de cohésion du groupe (je pense immédiatement aux théories de René Girard sur le bouc émissaire, « les mécanismes victimaires », et la constitution de la violence, inhérente aux sociétés humaines : le parallèle est lumineux).
   Nous faisons l’expérience de ce mécanisme quand, par exemple, dans une réunion de famille, ou une réunion professionnelle, l’un d’entre nous perd la face en disant « quelque chose qui ne va pas » (bourde grossière, blague déplacée, propos « à côté de la plaque ») ; nous ressentons de la honte pour celui qui s’est exprimé ainsi, il peut même nous arriver de rougir à la place de l’autre, et plutôt que de perdre la face nous aussi en dénonçant les propos déplacés (ou hors de propos), nous choisissons de ne rien dire, faire comme s’il ne s’était rien passé, et après un silence gêné, reprendre la conversation. C’est un peu ce qui se passe dans les quartiers, les gens ne sont pas obligés de le penser, mais ils vivent l’antisémitisme de cette manière, par la connivence ou par la honte.
   Le but du discours antisémite est de constituer une identité collective, de créer la complicité avec le « normal », la majorité, sur le dos des Juifs, de redéfinir la frontière entre le normal et l’anormal.
   En conclusion, nous pouvons affirmer que ce discours des exclus (des quartiers défavorisés), vise à « créer du collectif », par l’exclusion des Juifs.

II. Contenu du discours antisémite
   Il s’agit évidemment d’une forme du racisme. De quelle type d’expérience parle-t-on, avec ce mot de racisme ? C’est avant tout une expérience physique du monde dans laquelle on trouve le dégoût de l’autre, par son apparence, la couleur de sa peau, son odeur, d’autres attributs supposés réels ou imaginaires (mollesse, féminité, homosexualité). A ce niveau, le racisme est une interprétation physique, existentielle, du monde.
   Un autre contenu du discours concerne les stéréotypes politiques, notamment le contraste entre « eux » et « nous » : « eux (les Juifs), ils sont forts, ils sont riches, ils sont unis, ils sont intelligents… et nous (les Arabes), nous sommes faibles, nous sommes pauvres, nous sommes désunis, nous n’avons pas de diplômes, (ou nous ne sommes pas aussi malins qu’eux) ». Ce contenu est une projection de sa propre situation vécue ou fantasmée, mais inversée, et il est associé à un très fort sentiment d’injustice que la France ou l’Etat fait subir à une partie de sa population (celle des quartiers). « Il y a deux poids, deux mesures », est en substance le jugement véhiculé par le discours antisémite : tout l’avantage va aux juifs, tous les inconvénients sont pour les arabes, les musulmans, les noirs ; il accompagne la croyance selon laquelle les gens normaux sont favorables aux juifs.
   L’antisémitisme se construit comme une description, ou une justification, de la situation dans laquelle se trouve l’individu.

   Il s’agit aussi d’un discours politique : « l’antisémitisme sans Juif » sert à définir l’individu par opposition : « je suis victime d’un fonctionnement négatif du monde que le Juif incarne ; et puisqu’il est la cause du Mal qui m’accable, je cherche dans ce monde le moyen de le purifier, de le débarrasser du Juif ; lorsque la société aura expulsé (ou exterminé), les Juifs, elle retrouvera son fonctionnement normal, et moi, l’exclu, je retrouverai la place qui m’est due » ; voilà en substance le raisonnement de l’antisémite.
   L’antisémitisme devient donc une invitation, par la connivence, la blague, le discours partagé, le lien dans le groupe, à vous faire comprendre la réalité des choses : « il y a deux poids, deux mesures » ; « nous savons toi et moi ce qu’il en est ; et si tu n’es pas convaincu, c’est que tu ne comprends pas encore ».

  Face à cette croyance, l’activité politique est inutile ; la seule activité qui garde un sens consiste à interpréter sans fin le monde afin d’y débusquer la présence du Mal. Cette obsession vire au délire interprétatif, d’où, logiquement, le succès des théories du complot. Dès le 12 septembre (2001), la rumeur circulait : « les juifs n’étaient pas dans les tours. » Alors qu’il n’y avait pas encore de décompte des morts, les antisémites « savaient déjà ».

Conclusion
   Du point de vue de Didier Lapeyronnie, la logique du complot se comprend comme une vision pessimiste de la réalité ; la nature, le contenu et l’interprétation de cet antisémitisme social devient une manifestation de la marginalisation de groupes d’individus, conséquence à son tour de la création du ghetto des banlieues ; et conséquence plus profonde d’un vide politique qui concerne ces groupes marginalisés. L’antisémitisme remplit ce vide.
   Depuis une dizaine d’années, un discours alternatif s’est mit en place : le religieux, qui donne du sens, de l’intelligibilité et une « armature morale ». Ce n’est pas la religion (musulmane) qui crée l’antisémitisme, elle permet peut-être de le dépasser pour certains individus (on pourrait dire que c’est un « progrès », par rapport à une posture paranoïaque qui débouche sur le nihilisme).

 ---
J’ajoute dans cette section quelques échanges qui ont suivit l’exposé de Didier Lapeyronnie.

Question : le problème n’est-il pas du à la culture musulmane ?
R : l’antisémitisme est une revendication d’intégration ; il n’y a d’ailleurs pas un « monde musulman » unique ou universel, il suffit de parcourir les banlieues, dans le même quartier j’ai souvent constaté qu’il y avait de profondes incompréhensions entre groupes religieux (musulmans) différents.

Q : le Juif n’est-il pas un signifiant ? (au sens de la psychanalyse, ou « insignifiant ») ; et l’antisémitisme ne va-t-il pas au-delà des quartiers populaires ?
R : je reste un sociologue marxiste vulgaire, dit Lapeyronnie (rires dans l’assemblée), mon modèle de prédilection pour comprendre la réalité reste celui des rapports de classes ; des classes gagnantes et des classes perdantes. La vraie question (sociale, politique), est celle de la construction des banlieues, de leur pérennité, des politiques de l’urbanisme, du logement. C’est ce qu’il faut étudier pour remonter aux causes de la situation actuelle. Ce monde péri-urbain représente six à huit millions de personnes en France, c’est considérable.

Q : faut-il favoriser le dialogue entre les Communautés ?
R : Quelles communautés ? Il n’y en a pas dans les quartiers. S’il y en avait (chez les musulmans), il n’y aurait probablement pas d’antisémitisme. Au contraire, l’antisémitisme se constitue en inventant les Juifs.  Ce qu’il faut mettre en place est un discours politique commun. Il ne s’agit pas de trouver des solutions (opérationnelles, pratiques) au « vivre-ensemble » ; on n’est pas obligés de s’aimer, mais il faut vivre dans la même société (ce qui n’est pas la même chose que le supposé dialogue communautaire devant aplanir nos différences; ce qui est en jeu est beaucoup plus fondamental, et plus risqué : la paix civile).
   J’assiste depuis quarante ans à la désintégration progressive de la société française, qui est remplacée par les ghettos, le repliement sur la famille, la religion, ou l’antisémitisme. J’observe que la réaction émotionnelle forte consécutive aux attentats de janvier (« Je suis Charlie »), qui manifestait la perception commune d’une problème grave, n’était pas partagée par tout le monde (extrême-droite, quartiers) ; cette conséquence, autant que les attentats eux-mêmes, a montré brutalement que la société française n’est plus « une », mais fracturée. Je suis pessimiste, conclut Didier Lapeyronnie, on ne sait plus comment faire, recoudre ce qui est déchiré.

   Sur ces paroles, plutôt sombres, la soirée se termine. Chacun rentre chez soi. Je reprends le Tram 7, médite sur ce que j’ai entendu, apprécie l’exposé de Didier Lapeyronnie dont je trouve la démarche sociologique rigoureuse et intègre, me demande ce que pourrait signifier le « retour du Politique » (qui s’est vidé de sens). J’aurais souhaité prolonger la réflexion, de manière contradictoire, sur l’importance des « idées », l’homme ne se définit pas uniquement par sa condition sociale, je ne partage pas le schéma d’analyse marxiste « unilatéral » (l’infrastructure détermine la superstructure), les « idées » voyagent dans la société, elles forment langue, elles influencent notre manière de penser, de voir, sentir le monde, ce qu’on appelle la Culture, l’héritage de mots reçus qui nous façonne autant que l’urbanisme. Mais c’est un autre débat. Je partage le mot amer et tendre à la fois de l’auteur quand il parle des pauvres et de l’affection qu’il a pour eux, et pourtant, « ils sont affreux, sales et méchants ». Paradoxes de la nature humaine.
   La civilisation avancée de l’Allemagne dans les années 1920-1930, offrait-elle un terreau si différent, par rapport à la France des années 2000-2010 ? Les mêmes causes produisent-elles les mêmes effets ? Les catégories du politique identifiées par le penseur du droit et philosophe allemand Carl Schmitt : la Décision, le Peuple Constituant, le Chef, l’Etat d’exception, l’Ennemi, ne sont-elles pas valables universellement pour définir la notion de Politique, son essence véritable (qui n’est pas comme on le sait le « royaume des bons sentiments », mais celui de la Force, et peut-être du Droit), et qu’il s’agisse de l’Etat Total dont il s’est fait l’apologiste et le théoricien dans les années 1930, ou de l’Etat de Droit dans lequel nous vivons, qu’est-ce que ces catégories disent de la société que nous construisons, ou que nous détruisons ? Pouvons-nous faire l’impasse du politique et de la capacité de décision, du politique et de l’identification de l’ami et de l’ennemi, quand l’enjeu est existentiel ?
   Il me semble intuitivement, qu’une réponse à l’antisémitisme, passe par la restauration du Droit, comme valeur suprême ou supérieure, de nos sociétés (ce qui n’est pas la même chose à mon sens que le  culte contemporain des « droits de l’homme »). Nous n’avons peut-être jamais eu en Europe l’amour de la Constitution, comme les américains pour leur texte fondateur vieux de plus de deux siècles ; d’où peut-être une des explications au sentiment de vide actuel, quand les figures traditionnelles de l’autorité et de la religion ont passés ou fait défaut. A partir de l’antisémitisme, Adolf Hitler a inventé un nouveau Droit, une nouvelle Société, un nouveau Peuple. Avec les résultats que l’on sait. Nos sociétés doivent rester vigilantes pour empêcher à tout prix la venue d’un nouveau fédérateur des « hommes du ressentiment ».

   Il y a quelques jours je lisais un éditorial de Georges Bensoussan. Il écrivait notamment ceci :
« Le b.a.-ba du politique nous enseigne pourtant que c’est l’ennemi seul qui nous désigne et nous dicte les règles du combat. Quand bien même les victimes se refusent à le reconnaître.»

Georges Bensoussan, éditorial, in - « Rwanda. Quinze ans après. Penser et écrire l’histoire du génocide des Tutsi », (Revue d’histoire de la Shoah n°190, éd. Mémorial de la Shoah, janvier-juin 2009).


Christo Datso, 3 avril 2015

auteur inconnu, peinture trouvée sur le net via flicker


No comments:

Post a Comment