Thursday, 13 August 2015

Uchronie (Terra Mater A.D.)

L’Histoire de l’Empire

   Basé sur l’idée de continuité depuis la fondation de l’Empire jusqu’à nos jours, l’histoire uchronique de « Rome » est articulée autour d’un certain nombre de points d’inflexion, de dates pivots autour desquelles des évolutions multiples et déterminantes auraient été possibles. Cette histoire, à la fois familière jusqu’à un certain point, et discontinue, est rapportée en résumé ci-dessous. La « Grande Catastrophe » de 1571 est décrite dans une note séparée.

(les notes suivantes sont extraites d'un manuel scolaire constamment réédité et mis à jour, le fameux "Malet & Isaac", distribué de Constantinople à Montréel-Hochelaga, de Tara à Alexandrie, qui accompagne l'éducation de nos chers sophomores. Les indications en italiques sont destinées à renforcer l'analyse critique des phénomènes historiques en imaginant des "déviances" sur lesquelles les professeurs invitent les élèves à réfléchir)


27 avant A.D.
   Fondation de l’Empire Romain par Auguste.

9 A.D.
   Bataille du Teutoburger Wald (de la forêt de Teutoburg). Victoire écrasante des légions romaines sur les Germains coalisés, qui permet à l’Empire d’Auguste au cours du 1er siècle de pacifier et de romaniser (les Romano-Germains) tous les territoires à l’est et au nord du limes, jusqu’à la Scandinavie. Dans une autre réalité, c’est évidemment le contraire qui s’est produit, et Rome a dut maintenir une forte défense pendant plusieurs siècles sur cette ligne, ce qui a été un élément décisif du déclin et de la chute de l’Empire Romain d’Occident au 5ème siècle. Tacite s’est fait le chantre de la victoire divine du Teutoburg.

378
   Bataille d’Andrinople. L’Empereur Valens et les fédérés gothiques écrasent les envahisseurs Wisigoths et Ostrogoths dans les plaines de Thrace, ce qui permet à l’Empire d’Orient de récupérer des forces et de maintenir une solide frontière au-delà de la Dacie, jusque dans les riches plaines à blé de l’Ukraine, et en Crimée. L’Empire échappe ainsi à la crise alimentaire qui était inévitable.
   Au cours des siècles suivants, les soldats et les marchands byzantins vont remonter par la Volga jusqu’aux mers polaires et circonscrivent un immense territoire dans l’orbite impériale.

476
   Le jeune empereur d’Occident Romulus Augustule épouse la fille de Flavius Odoacre et fonde une lignée vivace d’empereurs-soldats qui vont traverser cinq siècles d’histoire. C’est le début de l’âge d’or de l’Empire.

525
   L’empire de Justinien s’étend sur tout le Moyen-Orient. Campagnes militaires incertaines contre la Perse des Sassanides. Proclamation de l’abolition de l’esclavage par un édit de Justinien.

629-634
   Magnifique campagne d’Héraclius, l’empereur Byzantin, qui reprend d’abord Jérusalem à Chosroês et aux Perses, et défait ensuite les nomades du Prophète Muhammad à la bataille de Yarmouk. Pour la première fois de leur histoire, les légions romaines et les cataphractes byzantins, entrent en Arabie Heureuse et la déclarent Province Romaine. Une curieuse secte judéo-chrétienne dissidente y a créé une religion dans laquelle le Christ est un Prophète annonciateur d’un autre Prophète plus puissant qui lui a succédé dans les sables du désert. Avec sagesse, Héraclius déclare cette secte égarée comme « membre de la famille chrétienne » et fait la paix avec les Juifs et les Arabes. Jérusalem devient le centre d’une nouvelle civilisation fusionnant des éléments originaux de l’Empire Romain, de la religion des Juifs dispersés depuis la destruction du Temple en 70 A.D. par l’empereur Titus et à qui on accorde le droit du retour, et des Arabes qui se déclarent sujets éclairés de l’Empire, sous la bannière de leur nouveau chef, Osman le Sage.

1071
   Manzikert, plateau anatolien. Le jeune empereur Romain IV Diogène retourne à son avantage une situation désespérée face aux Turcs Seldjoukides. En quelques heures, l’armée d’invasion est détruite, les nomades turcophones retournent pour de longs siècles en Asie centrale. L’empire est une fois de plus sauvé. Lorsque les Turcs reviendront, ce sera pour demander le statut de fédérés.

1095-1291
   Episodes des Croisades. Guerres religieuses entre l’Empire Romain d’Occident et l’Empire d’Orient suite au Schisme des Eglises de 1054. Jérusalem est l’enjeu principal du conflit. Présence « franque » (les troupes d’élites de l’Occident) au Proche-Orient pendant deux siècles. L’empire d’Orient finit par l’emporter. Concile de Constantinople qui met fin au schisme. Les papes schismatiques de Rome embrassent la « nouvelle orthodoxie » à l’issue du Concile de Latran en 1291. L’église du Christ est rebaptisée. Voir : Note sur la Religion.

1298
   La tentative héroïque d’une 9ème Croisade partie d’Aigues-Mortes disparait soudainement en mer. Le témoignage d’un pêcheur grec du Magne repris dans les légendes locales, compilées à notre époque par John Fystandantilus (Voyages extraordinaires autour de la Mare Nostrum, Bruocsella, 1958 A.D.) nous apprend ceci :
   « C’était une journée splendide, il n’y avait pas un nuage à l’horizon, la mer était lisse comme l’huile sur la peau d’une femme. J’étais parti tôt à la pêche et sur le temps de midi, j’avais accosté sur un ilot pour y réparer mes filets et battre le poulpe sur les rochers. Puis j’ai vu passer la flotte, l’escadre de la Croisade qui se dirigeait vers le cap Teinaron. Les gens en parlaient dans le village, ils disaient qu’une nouvelle Croisade était en route vers les Lieux Saints. Il y avait une centaine de bateaux qui battaient pavillon génois, vénitien, franc ; le navire amiral portait haut les couleurs de la Croix. C’était un spectacle magnifique. Puis un vent violent se leva de nulle part. En quelques minutes le ciel fut noir comme l’encre du poulpe, des éclairs jaillirent de partout, mais il n’y avait aucun bruit de tonnerre. Les nuées enveloppèrent l’escadre et il ne se passa plus rien. Après quelques minutes, le ciel et la mer se calmèrent aussi soudainement, le soleil et l’azur réapparurent. Je me frottai les yeux. Il n’y avait plus aucune trace des bateaux en mer ! Plus rien ! Comme si l’escadre n’avait jamais été là ! J’ai dit  χρηστος και παναγια, me suis signé, je suis rentré au village me réfugier le reste de la journée dans l’église d’Aghia Markela… Maintenant que je suis vieux, moi, Petros Karaiskakis, sain de corps et d’esprit, devant Dieu, je peux raconter à mon fils ce que j’ai vu ce jour-là. »
   Des sages pensent que ce fut une des premières manifestations des phénomènes étranges, qui conduisirent plus tard à l’Emergence[1].

1492-1515 et 1701-1786
   En 1492, découverte du Nouveau Monde par des navigateurs bretons au service de l’Empereur d’Occident. Dans les années qui suivent, établissements nombreux dans les Antilles, sur la côte de Virginie, la côte du Brésil, et au nord, remontée du St-Laurent par Jacques Cartier. Fondation en 1515 des villes de Québec et de Hochelaga et début d’un vaste mouvement d’immigration vers les terres fertiles du Canada. Le climat planétaire est dans une phase de réchauffement après le petit âge glaciaire du 14ème siècle. La vigne pousse le long du St-Laurent. Les immigrants pauvres de l’Empire affluent en masse. Le trop-plein humain se déverse au cours du siècle suivant à travers les Grands Lacs, dans les Grandes Plaines, jusqu’au fleuve Mississipi et au Golfe du Mexique. Il faudra attendre le traité de la Grande Paix de 1701 signé par Callière à Montréel-Hochelaga avec 79 Premières Nations (des Navajos et des Hopis aux Cris et aux Montagnais), pour mettre fin aux Guerres Indiennes sur tout le continent, et mettre en place un projet de développement commun du Nouveau Monde. L’idée de Nouvel Empire d’Occident fait rapidement son chemin à partir de là, ce qui aboutira à sa création en 1786.
   A partir de 1500, l’exploration du Nouveau Monde entamée à travers les jungles du Yucatan par voie de terre, et des côtes du Bois Brésil progresse difficilement. Les explorateurs romains rencontrent des ruines d’anciennes civilisations (Mayas, Aztèques, Pascuanes), et des tribus dégénérées qui leur parlent d’un légendaire royaume d’Eldorado. Ce royaume existe bel et bien quelque part entre la forêt amazonienne, le plateau du Mato Grosso et le Rio Grande do Sul. Mais tout cela va être remis en question avec le phénomène de l’ « Emergence » à la fin du 16ème siècle (voir : Note sur la Grande Catastrophe). 

1517-1521 et 1542-1563
   Luther et la Réforme. La Diète de Worms. Les nouvelles guerres de religion. Le Concile de Trente (voir : Note sur la Religion).

1571-1755
   1571 Lépante. Début de l’ « Emergence ».
  1755 Tremblement de terre de Lisbonne. L’Emergence est devenue une réalité irréversible. Déportation des Elfes (voir : Note sur la Grande Catastrophe). Fin des interférences entre « le monde parallèle » et la Terre, les « portes » se referment (voir : Note sur la Magie).
   L’ensemble de ces deux siècles correspond à une période de reflux démographique mondial et de sévère régression économique et civilisationnelle. Le développement des techniques est brutalement arrêté.

1812
   Désastre de la Grande Armée dans les plaines d’Asie centrale. Depuis la fin du 18ème siècle la rivalité entre l’Empire et la Chine des Song va en s’exacerbant.
   La population mondiale augmente à nouveau, et avec elle le développement économique et technique.

1840
   Début des guerres de l’opium.

1911-1918
   La Guerre de Sept ans. « Première guerre mondiale » entre Trantor, Karatur et les Maurya-Gupta qui se trouvent engagés dans un conflit global sur tous les fronts continentaux et océaniques. L’enjeu principal en est le contrôle des routes maritimes et du Nouveau Monde. L’empire Romain a pris lentement possession du continent en progressant de l’Est vers l’Ouest. L’empire des Song a pris pied sur le littoral Pacifique au début du 19ème siècle et revendique tous les territoires à l’Ouest des Rocheuses. Guerre coûteuse en hommes et en matériel qui confirme la prééminence de Trantor sur le Nouveau Monde, les Song gardant le contrôle de quelques enclaves sur le Pacifique, elle débouche sur le Traité d’Entente signé à Montréel-Hochelaga en 1919 qui règle toujours en cette fin du vingtième siècle l’équilibre géostratégique. Au cours de ce conflit, les protagonistes ont engagés des énergies magiques considérables qui ont laissé des traces durables dans la nature et les villes endommagées, et des traumatismes dans les populations exposées à la terreur. Le Traité d’Entente bannit désormais l’usage de la Magie dans les conflits.

1974
   Epoque contemporaine.
   Malgré la sécession de la Moscovie et l’agitation dans les provinces Nordiques de l’Empire d’Occident ; malgré la guerre de l’opium qui a repris à bas bruit en Asie, la piraterie qui sévit dans l’Océan Indien et sur les côtes de l’Afrique, le conflit larvé dans les provinces de l’Ouest américain avec la Chine ; malgré l’inquiétante rumeur d’une nouvelle puissance Amazonienne gouvernée par des démons, et la paranoïa de l’Empire du Soleil ; malgré l’érosion continuelle des libertés et l’ossification des structures sociales, la vie se poursuit, plutôt tranquille.
Mais n’est-ce pas le calme apparent qui masque la levée de futures tempêtes ?

Note sur l’uchronie

   Le lecteur attentif à l’histoire mondiale aura peut-être reconnu quelques dates clés, comme par exemple l’an 9 lorsque les légions de Varus furent décimées en Germanie, ce qui conduisit à l’affrontement séculaire de Rome et des Germains, jusqu’à l’effondrement de l’Empire d’Occident en 476. En fait, presque toutes les dates de la chronologie de l’Empire Romain tel que vous venez de le lire, renvoient à une histoire que nous connaissons. L’uchronie de Terra Mater A.D. est fondée sur un principe de répétition. Mon hypothèse est que les fondamentaux de l’histoire finissent toujours par l’emporter, sur les épisodes fluctuant résultant de nos choix.
   L’affrontement entre Rome et les Barbares est une donnée lourde de l’histoire, elle ne peut pas être effacée d’un seul coup, fut-ce au prix d’une victoire éclatante. Et inversement. Il y a donc d’après moi, une « inertie » du Temps Long qui essaye, suivant la métaphore du fleuve, de toujours revenir s’écouler dans le même lit. Même si à certains moments le cours du fleuve s’écarte de son lit principal, il y revient tôt ou tard. Il faut donc maintenir une force constante pour propulser l’histoire mondiale sur des rails parallèles de celle que nous connaissons. Ce cours différent de l’histoire s’appelle l’uchronie, littéralement « un non-temps », une histoire que nous ne pouvons pas identifier dans notre flux temporel. Ma théorie est que ce flux différent à besoin de renforcements. Voilà pourquoi j’ai mis au point une chronologie dans laquelle il n’y a pas une seule déviation à l’origine de toute l’histoire ultérieure (comme la victoire uchronique de Rome contre les Germains en l’an 9 de notre ère dans les forêts du Teutoburg), mais une série répétée de déviations qui empruntent le « lit » du fleuve temporel que nous connaissons, « comme si » un plan temporel englobant forçait un schéma identique sur plusieurs événements. En d’autres termes, l’Empire ne doit pas être « chanceux » une seule fois contre ses ennemis, mais presque continuellement pour pouvoir se maintenir. D’où, ce parti pris original de l’uchronie en Terra Mater A.D., « d’empiler » les déviations les unes sur les autres aux mêmes dates clés de l’histoire « telle que nous la connaissons ». L’avantage pour le lecteur est de s’appuyer sur une connaissance réelle de l’histoire de notre civilisation, pour y puiser des sources, des matériaux, et se demander à chaque fois « ce qui se serait passé plus tard, si un certain jour, les choses s’étaient déroulées autrement ».

 (extrait d'un traité d'histoire philosophique attribué sans certitude au "Pseudo-Christo", Monastère de Ste-Catherine, Sinaï, Province romaine d'Egypte, 1958 A.D.)


La Grande Catastrophe (l’Emergence)


   Dans la culture populaire, 1571 est l’année de la Grande Catastrophe. Pour les lettrés, c’est aussi le début de la période dite de l’ « Emergence », ou de la Grande Transformation. Il s’agit de l’irruption brutale de la Magie sur Terre et de l’arrivée, (l’invasion serait plus appropriée) des races humanoïdes et de créatures plus ou moins dangereuses, monstrueuses, terrifiantes. Les compte-rendu sur ce qui s’est passé sont nombreux, mais personne n’est encore parvenu a expliquer la cause des événements.
   Il semble que cela ait commencé à peu près partout en même temps, discrètement à certains endroits, plus violemment ailleurs : après quelques flottements, la réalité de l’invasion a été reconnue et l’humanité s’est organisée en conséquence. Le témoignage le plus ancien est celui du capitaine d’un navire marchand dans le golfe de Patras en Grèce, le 7 octobre 1571.
   « Ce jour-là, quelques navires de la flotte chrétienne mouillaient dans le golfe, j’étais chargé de les approvisionner en nourriture. Les cieux se sont couverts de nuées ardentes, d’éclairs, et une marine est apparue à l’horizon. L’escadre vénitienne est partie à la rencontre de cette marine inconnue et s’est fait couler en quelques minutes. Les navires étrangers ont abordés au rivage, leurs équipages sont descendus, et nous avons prié pour le salut de nos âmes. Ces créatures diaboliques ont mis la ville et ses environs à feu et à sang. »
   Les historiens ont établi qu’il s’agissait d’une flotte d’invasion transportant des orques, des gobelins et quelques ogres, commandés par des magiciens elfes noirs.
   L’invasion ressemblait à certains endroits à celle d’une armée qui débarquait en bon ordre de la mer, comme dans le cas de la bataille de Lépante ; dans d’autres places on aurait plutôt dit des hordes dépenaillées d’humanoïdes à peine armés qui surgissaient soudainement d’une forêt ou d’une plaine, sans que l’on ait rien remarqué auparavant. Les cas les plus nombreux concernaient des réfugiés, des pauvres hères partis avec leurs familles et quelques biens, en train de fuir un ennemi invisible, que l’on voyait arriver aux portes des villes en petits groupes ou en longues files. C’était un mélange de peuples le plus souvent pacifiques, des elfes, des nains, des petites-gens… qui arrivaient toujours précédés par un changement brutal du climat, nuées ardentes, tempêtes de neige en plein désert, pluies diluviennes… Il fallut se rendre à l’évidence : ces gens avaient été transportés d’un endroit à l’autre en un instant. D’où venaient-ils ? L’Empire ne tarda pas à s’organiser pour accueillir les masses de réfugiés, qu’il répartissait un peu partout. Passée la surprise initiale et quelques pertes, les légions se mirent en route et défirent méthodiquement l’une après l’autre, les armées organisées de leurs adversaires monstrueux. Mais ce qui frappa le plus les esprits, ce fut l’irruption de pouvoirs jusque-là inconnus qui étaient en possession de quelques personnes issues de cet autre monde. Il y avait aussi des magiciens humains parmi les réfugiés qui se rangèrent rapidement du côté des légions pour les aider à battre leurs adversaires. Les humains comprirent vite qu’une guerre en cours dans un autre monde avait déplacé des populations entières dans l’Empire (et le phénomène s’était produit également dans les profondeurs de l’Asie, d’après les récits de voyageurs), et qu’il était de l’intérêt de Rome de bien choisir son camp dans cette lutte où l’humanité se trouvait engagée malgré elle. Après quelques tâtonnements, l’Empire Romain s’engagea dans la lutte aux côtés des elfes et des nains -- ces derniers semblaient remarquablement doués pour l’organisation et les affaires militaires. Ce qui intéressait plus que tout l’Impératrice Irène, fille de l’Empereur Constantin XVI Paléologue, c’était de faire main basse sur la magie et de comprendre ses pouvoirs. Bientôt, tous les magiciens étrangers identifiés, elfes ou humains, se retrouvèrent à la cour de Constantinople en train de transmettre leur savoir.
   Ce fut la première phase de l’Emergence, entre 1571 et 1600. Les grands empires sortirent à leur avantage de cette phase de chaos ; ce ne fut pas le cas de nombreux petits royaumes ou de zones barbares qui disparurent pour longtemps des cartes de la civilisation. En particulier, l’ensemble du continent sud-américain fut fermé aux colons romains pour plusieurs siècles. Au cœur du continent, dans la région de l’ancien royaume d’Eldorado, se mettait en place un « chaudron de magie et de démons » inimaginable.
   Tout au long du 17ème et au début du 18ème siècle les « portes » d’accès vers la Terre étaient ouvertes, mais le flux des réfugiés ou des envahisseurs s’était presque tari, au point que l’on aurait cru la situation normalisée. Il y eu pourtant entre 1750 et 1755 une courte et violente seconde phase d’Emergence avec l’irruption des Dragons, et d’autres créatures fabuleuses ou chimériques inventées par les antiques mythologies. Les savants se disputent toujours sur le fait de savoir si les Dragons étaient les véritables « seigneurs des portes », et en fait une race intelligente, ou bien de « simples montures » aux ordres de puissants magiciens. Toujours est-il qu’aussi soudainement qu’ils étaient apparus, les Dragons semblent avoir complètement disparu de la surface de la Terre. On n’en a plus signalé depuis 1755, date à laquelle les « portes d’accès » furent brutalement refermées, comment, ni par qui, on n’en sait toujours rien, avec pour conséquence toute une série de catastrophes, dont le tremblement de terre de Lisbonne. Cet événement a inspiré à un lettré de Lutèce, une violente diatribe contre la déraison divine et une critique en règle de toutes les croyances religieuses. Ce philosophe du nom de Voltaire est devenu le porte-parole d’un mouvement de « Lumières » qui combat aussi bien les prêtres que les magiciens.

Note sur l’irruption de la Magie

   L’uchronie globale qu’est Terra Mater A.D., connaît une rupture plus profonde encore avec cette déviation majeure des lois naturelles en quoi consiste l’irruption d’une énergie magique. J’ai conscience que plusieurs dates sont possibles pour provoquer « la Grande Catastrophe ». En choisissant une date qui soit à la fois assez éloignée de l’époque actuelle, et assez proche, mesurée à l’aune des temps historiques, une distance de quatre siècles depuis 1571, j’ai voulu concilier le pouvoir d’accélération que la Magie produit sur l’histoire globale, avec le respect d’une certaine continuité historique, pour rester fidèle au principe de familiarité de Terra Mater A.D. Il m’a semblé qu’une date plus proche encore n’offrait pas de possibilités d’un environnement magique assez diversifié ; Terra Mater A.D. est un jeu de rôle de fantasy, pas un jeu de rôle historique (sauf dans certains cas, voir plus loin l’hypothèse des voyages dans le temps). Par contre, une date plus éloignée risquait de provoquer de trop grandes déviations dans la trame ultérieure de l’histoire pour que l’histoire de l’Empire reste cohérente avec l’histoire telle que nous la connaissons. Il est évident que si la Magie était présente dès l’aube des civilisations, beaucoup de choses auraient été différentes et méconnaissables. Ce n’est pas ce que je voulais. Mon choix s’est donc porté sur une Emergence vieille de quelques siècles. J’ai hésité avec une autre possibilité qui aurait été de faire « émerger » la magie au cours du Xème siècle,  soit un millénaire avant l’époque actuelle, et donc d’avoir l’équivalent d’un « moyen-âge » magique sur Terra Mater.
   On peut imaginer qu’une Emergence autour des années 900-950 provoque des remous dans l’Empire d’Occident (postcarolingien) et un âge sombre consécutif plus long que celui qui frappe l’Europe à la fin du XVIème siècle, mais je laisse cette hypothèse ouverte, comme d’une « uchronie de Terra Mater A.D. » elle-même, centrée sur le choc de la Magie, une mise en abyme du cœur du système.


 (extrait d'un traité d'histoire philosophique attribué sans certitude au "Pseudo-Christo", Monastère de Ste-Catherine, Sinaï, Province romaine d'Egypte, 1958 A.D.)



[1] Des historiens prétendent qu’il n’y a jamais eu de 9ème croisade, c’est faux évidemment ; d’autre part, cette croisade n’a pas sombré corps et bien lors de la curieuse tempête dont le pêcheur fut témoin, car nous savons aussi qu’une flotte apparut soudainement sur les mers d’un autre monde, et qu’elle finit par aborder sur une terre peuplée d’Elfes. Les experts du multivers pensent que la Croisade est arrivée dans le monde des « Royaumes Oubliés » (Forgotten Realms, par Ed Greenwood, TSR Inc., 1987). L’histoire de la 9ème croisade forme l’argument de départ d’une longue chronique racontée par C. Datso & H. Krutzen, Le Roman d’Arc, Bruxelles, 1996. Dans cet autre monde, mille ans s’écoulèrent entre l’arrivée de la Croisade et les événements racontés dans le roman d’Arc. Le temps est pareil à un vêtement chiffonné.

Blason de la famille des Psellos
L'aigle bicéphale de l'Empire Romain Universel, variante d'attribution inconnue,  reprise par quelques familles nobles de Constantinople émigrées en Germanie au XVIème siècle


Crédits: Création des armoiries de la société savante Εξκουβίτες Byzantine Heraldry Society (Grèce), par l’artiste héraldiste français Laurent Granier, en 2013 
http://laurentgranier.com/armoiries-emblemes-d-entreprises.html?lang=fr


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