ADN capital à risque -- synopsis de roman scientifique policier (Archive : août 1998)

Le meurtre parfait est-il possible ?

ADN, capital à risque, était le titre d’un roman scientifique policier que j’avais eu le projet d’écrire en 1998 pour un concours proposé par les éditions du Seuil. Il s’agissait en fait d’une grosse nouvelle, mais vu les dimensions de mon synopsis, une taille au-dessus du format de la nouvelle aurait mieux convenu, court roman, voire deux tailles au-dessus…

J’en avais rédigé le plan d’ensemble, quelques scènes, quelques portraits de personnages, et l’incipit du récit, que voici :

La Porsche filait à vive allure dans les tunnels…

Et le fichier créé sous le logiciel WordPerfect a dormi dans les archives de mes dossiers que je transfère plus ou moins d’un ordinateur à l’autre depuis lors… jusqu’au jour où j’ai mis la main dessus. J’ai un peu nettoyé le texte, et vous le propose « en l’état », avec les échafaudages mis à nus, l’armature de la composition révélée. Ce projet est donc abouti dans cette composition qui n’a pas bougé depuis dix-sept ans. Que sont devenus les personnages de mon projet de roman ? Ils se réveillent, là, maintenant… Le noyau scientifique de l’intrigue m’avait été inspiré par un « fait divers » documenté dans la revue La Recherche (j’en signalais la référence dans le plan), ainsi que par un dossier du Monde Diplomatique de la même période. C’était l’époque où se poursuivait la course au séquençage du génome humain entre un consortium public et une startup fondée par un génie, le pionnier et homme d’affaires Craig Venter. C’est le consortium qui a gagné la course en  publiant le premier les résultats du séquençage complet de l’ADN humain dans la revue « Nature » en l’an 2000. Ce fut une des toutes dernières fois où j’éprouvai le sentiment d’un grandiose achèvement de l’intelligence humaine, et un étonnement mêlé d’enthousiasme pour les prodiges de la nature, mis à jour par la science. Mais l’essentiel de la nouvelle était tiré de mon expérience immédiate, cela « sentait le vécu » comme on dit. Aucun des personnages de ce projet ne me ressemble, ou alors tous, un peu. J’avais en tête un portrait psychologique mais aussi physique de chacun d’eux, dans le projet initial j’avais ajouté le nom des personnes de mon entourage qui m’avaient servi de modèle au physique, noms que j’ai bien entendu masqué. J’avais connu quelque peu le monde que je décrivais. Par extrapolation j’en déduisis le reste.

Je n’ai pas encore cherché à vérifier les hypothèses scientifiques que j’avançais à l’époque concernant le gène de l’obésité, ou les possibilités de créer par génie génétique un neurotoxique parfait, une arme du crime foudroyante et invisible. Grand lecteur de romans policiers à l’époque (mes auteurs préférés : Agatha Christie, Simenon, Raymond Chandler, William Irish, David Goodis, Boileau-Narcejac, Jean-Patrick Manchette, et quelques chefs-d’œuvre isolés comme le roman sur la médecine légale d’Herbert Lieberman « Nécropolis »), je n’envisageais pas dans ce projet d’écrire du « noir » ou du « néo-polar » : mon modèle restait le « policier d’investigation » dans lequel chaque détail compte et la psychologie de l’assassin et de la victime conditionnent le mobile du meurtre.


DEBUT du synopsis
(manquent la description de certaines scènes et de quelques personnages mais le noyau de l'intrigue est bien présent - la structure du document dérivait de théories sur la construction des récits dont je ne me souviens plus de certains détails, comme les "mésostructures narratives" par exemple, mais qu'importe; j'ignore pourquoi j'ai abandonné le projet, peut-être me semblait-il trop complexe pour le format d'une nouvelle?)


Concours de nouvelle policière Point Seuil
- contraintes
- journal des travaux
- plan général
- plan détaille
- questions
- texte
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Contraintes

Deadline : 30/10/1998
Longueur : 30.000-60.000 signes (20-40 pages)
Thème : un crime et sa résolution (qui, comment, pourquoi)
Critères de réussite :
- respect de la taille du texte
- respect du sujet
- originalité de l'intrigue
- style

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Journal des travaux

- premières idées : début juillet 1998
- début des travaux : 21-24/07/1998
- élaboration du plan détaille : 10-15/08/1998
- premiers jets de texte :

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Plan général


1. Scenario
- titre provisoire
- sujet de l'histoire
- le gène de l'obésité
- personnages et motivations
- cadre spatio-temporel
- l'arme du crime
- la machination
- chronologie du meurtre
- scènes

2. Personnages

3. Points de vue & Style
- la modalité du récit : narration/focalisation
- la temporalité du récit
- le rythme : compressions et dilatations du récit
- les mésostructures narratives
- le style

4. Message

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Plan détaillé

1. Scenario


1.1. Titre provisoire

"ADN, capital à risque"

1.2. Sujet de l'histoire


1.2.1. Sources :
- d'après un article paru dans "La Recherche" 311, juillet-aout 1998 :
"Les dérives de l'Inserm à Rennes"
- autre source documentaire, pour les enjeux financiers des biotechnologies : "Manière de voir 38" du Monde Diplomatique, Ravages de la techno-science, mars/avril 1998 : "Capitaliser en Bourse le génome humain".

1.2.2. Synopsis :
L'histoire est celle du Directeur d'un laboratoire de génétique d'un grand hôpital universitaire de la région bruxelloise. Il a découvert le gène de l'obésité et grâce au brevet portant sur la séquence d'ADN codant pour ce gène, dépose conjointement avec Engenetics, une société "high-tech", a capital-risque cotée a l'EASDACQ, il espère rapidement faire fortune en ayant des droits sur la vente d'un futur "médicament miracle contre l'obésité". Malheureusement, la découverte est entachée d'irrégularités au plan scientifique, des résultats non concordants avec l'hypothèse du directeur ont été écartés de la publication finale dans la prestigieuse revue Nature. Le principal collaborateur du directeur s'apprête à dévoiler la manœuvre malhonnête, et il se fait empoisonner par son patron juste avant de remettre sa démission. Le directeur s'arrange pour faire porter les soupçons du meurtre sur une jeune collègue de la victime, ancienne maitresse déçue et jalouse. Tout semble en effet l'accuser : sa connaissance très précise de la toxicologie, son emploi du temps et une scène de jalousie devant témoins. Toutefois, cette fausse coupable parvient a démêler elle-même la machination, dont elle détient les preuves après avoir pirate le système informatique du laboratoire, avec l'aide d'un complice, et vole les "documents sensibles" du directeur (les preuves de la tricherie scientifique). Elle disparait en essayant de faire chanter le directeur, mais celui-ci la rattrape et la tue sur la Cote d'Opale en la jetant du haut d'une falaise. L'inspecteur charge de l'enquête parvient trop tard sur les lieux du meurtre; il a remonte la piste grâce au pirate informatique et une call-girl de mèche avec l'assassin. Il prend le directeur en chasse en voiture. Celui-ci meurt dans un accident de voiture.
Date : 11/08/1998
Alternative de fin : l'inspecteur arrive sur les lieux du meurtre et arrête le criminel, mais celui-ci s'enfuit et est pris en chasse; lors de la course, il meurt dans un accident de voiture. Tout le récit est narré en flash-back durant les quelques secondes du crash.

1.3. Le gène de l'obésité

Tiré de la revue "La Recherche" (réf. citée)
- cette équipe a-t-elle vraiment découvert une protéine capable de dégrader spécifiquement de petites molécules de graisse d'origine alimentaire ?
- il s'agit d'un récepteur situe sur les membranes des cellules du foie, le LSR (lipolysis stimulated receptor), censé être activé par le "mauvais" cholestérol, des lipoprotéines de très basse densité (VLDL), et par les chylomicrons (débris de particules). Aucune affinité pour le "bon" cholestérol.
- mais, la nature précise des molécules se liant au récepteur LSR reste à définir. Des donnes non publiées révèlent que la spécificité du récepteur n'est pas si claire. L'identité du récepteur reste également incertaine, même si le directeur affirme l'avoir isole, purifie et clone (brevet portant sur sa séquence déposé avec Gensent).
- parmi les protéines identifiées, laquelle est le récepteur LSR ? Et quelle est son activité biologique ?
- expériences menées avec des souris transgéniques montrerait une implication du LSR dans l'obésité et son interaction avec la leptine, protéine du métabolisme des graisses.
- le tableau présenté dans l'article ne correspond pas aux données obtenues en laboratoire.

1.4. Personnages et motivations


1.4.1. Le Coupable
Médecin, directeur du labo de génie génétique de l'hôpital Erasme dans la région bruxelloise; veut préserver le brevet déposé sur le "gène de l'obésité". Passion : l'argent, le pouvoir.
Portrait : xxxxxx

1.4.2. La Victime
Médecin, collaborateur du labo de génie génétique; veut révéler les dessous de la "découverte" du gène de l'obésité. Passion : la vérité scientifique, l'intransigeance morale.
Portrait : xxxxxx

1.4.3. Le Faux-coupable
Jeune biologiste du labo, ancienne maitresse de la victime; veut déjouer les manipulations du directeur tout en tirant profit de la situation par un chantage. Passion : névrose familiale, haine du père.
Portrait : xxxxxx

1.4.4. L'Inspecteur
Inspecteur communal d'Anderlecht, grand flamand bourru et "fin limier", curieux de toutes les nouvelles technologies en même temps, très sceptique. Passion : la curiosité, la bonne chère.
Portrait : xxxxxx

1.4.5. L'Auxiliaire
Informaticien a l'hôpital Erasme; "spécialiste" du piratage des systèmes, "pour le fun"; complice de la jeune biologiste dont il espère  gagner les faveurs en retour de ses services. Passion : l'informatique.
Portrait : xxxxxx

1.4.6. L'Homme d'affaire
Le directeur de la société Engenetics associée au labo pour la découverte du "gène de l'obésité". Flamand ultra-libéral et fondamentalement honnête. Passion : l'art moderne.
Portrait : xxxxxx

1.4.7. Le Complice
Une call-girl, "amie" du directeur du laboratoire. Passion : l'argent, le sexe.

1.5. Cadre spatio-temporel


1.5.1. Bruxelles, campus Erasme : cliniques universitaires, faculté de médecine, technopole

Sources : site internet de l'ULB www.ulb.ac.be/erasme

* Biotechnology at ULB
- the institute for molecular biology and biomedecine (IMBB)
- the centre for good manufacturing practices (GMP)

* Erasme, Campus et Technopole
- Erasmus Science park & Erasmus technology center
(Erasmus European Business and Innovation Center)

* Service/Unités de recherche au sein des C.U.B.
- cellular and molecular rtherapy unit at the University Hospital, Erasmus.
- organigramme : 1 président, 5 membres, 2 médecins-chercheurs, 2 techniciens
- activités cliniques :
            - préparation des produits cellulaires et génétiques, et contrôle de qualité
            - R&D de nouvelles thérapies cellulaires et géniques
            - conception et réalisation de protocoles d'investigation clinique
...
- préparation de vecteurs géniques et de lignées cellulaires d'empaquetage dans le cadre d'un protocole de thérapie génique du glioblastome cérébral, en collaboration avec la société Novartis.

1.5.2. Cote d'Opale, Wissant, hôtel de la plage


1.5.3. L'autoroute de la mer, quelque part entre Wissant et Bruxelles


1.5.4. La rue Belliard et au-delà

- arche du Cinquantenaire, rond-point Montgomery, Palais Stoclet, avenue de Tervuren).

1.5.5. Période, durée

- La période est entre fin aout et début septembre de l'année en cours, le temps est ensoleillé, les températures de saison. L'histoire pourrait se passer entre 1996-2001 pour la crédibilité et l'actualité scientifique.

1.6. L'arme du crime

Un poison issu de la recherche sur des animaux transgéniques chez Engenetics, une molécule dérivée du lait de brebis. A l'origine, un agoniste cholinergique très efficace, mais qui change ses propriétés lorsqu'il est couple a un peptide "X"; il devient alors un antagoniste semblable au curare, bloquant la jonction neuromusculaire et paralysant les centres cérébraux de la respiration. Le couple peptide + neuromédiateur est conditionné dans une membrane lipidique, qui est coupée par les enzymes de l'estomac, libérant alors le combiné mortel. Ceci suppose une ingestion par voie orale, mais le conditionnement est incolore et inodore. Il suffit de dissoudre le poison, se présentant comme un liquide un peu épais, dans une boisson comme du vin ou du café pour que la victime ne se doute de rien. Apres la mort, les symptômes sont ceux d'un empoisonnement au curare, mais l'analyse du contenu de l'estomac ne révèle rien d'autre que les restes membranaires du poison, c'est-à-dire son contenant, et non pas son contenu, passé via la circulation sanguine dans le cerveau.
Le poison doit être fabriqué en laboratoire par du personnel expérimenté. Le neuromédiateur d'origine est une molécule brevetée par Engenetics, extraite du lait de brebis génétiquement améliorées, et est destiné à devenir un médicament utile en neuropsychiatrie. "L'emballage" sous forme liquide est un des conditionnements possibles du produit. Toutefois, la fabrication de peptides qui inversent les propriétés des neuromédiateurs est une découverte tenue secrète chez Engenetics, car elle a des applications potentiellement militaires ou terroristes. Il en existe quelques échantillons ignores du personnel, sauf de quelques membres du conseil d'administration, dont le Dr. Gulbekian et Koen d'Artevelle.

1.7. La machination

Lorsque Gulbekian a vent des projets de Lefkades de "vendre la mèche" au sujet de la publication des travaux sur le gène de l'obésité dans la revue "Nature", et par la-même de compromettre le succès de "sa" séquence d'ADN, et donc de sa gloire future ainsi que de sa fortune, il décide de tuer son collaborateur en utilisant le "poison secret" d'Engenetics. Pour cela, il doit réaliser plusieurs choses :
- subtiliser une dose du poison
- fabriquer un alibi pour l'heure du crime
- fabriquer un faux-coupable
- empoisonner sa victime dans un délai "raisonnable", i.e. avant qu'il n'ait eu le temps de remettre sa lettre de démission, et d'envoyer ensuite une lettre d'information auprès de la revue "Nature".
Quand donc Gulbekian est-il informé des projets de Lefkades ? Il se doute bien, depuis que l'article était en cours de préparation pour "Nature", que son collaborateur émettait des réserves d'ordre "méthodologique" quand à la validité des résultats portant sur l'identification du gène de l'obésité (voir plus haut pour une discussion des aspects purement scientifiques), mais cela ne portait pas trop à conséquences, d'abord parce que Lefkades était lui-même un des cosignataires de l'article, ensuite, parce que la totalité des données disponibles sur ce projet n'avait pas encore été analysée, et ce, pour la bonne raison, que, comme c'est souvent le cas dans des grands projets, la recherche avait été "saucissonnée" entre plusieurs acteurs : le laboratoire de l'hôpital pour la plus grande part, la société Engenetics pour une autre, et un troisième protocole échu au département de Recherche & Développement de la compagnie pharmaceutique dans laquelle Gulbekian occupait une place importante. Toutefois, sitôt l'article publié dans "Nature", Lefkades commença à manifester des doutes : publication prématurée, résultats partiels... toutes choses qui inquiétèrent suffisamment Gulbekian pour qu'il "verrouille" discrètement une masse importante de données manquantes, dans les entrailles du système informatique du labo, et dont lui seul avait la clé... Les données, qui du propre aveu de Gulbekian, auraient conduit au retrait du brevet, en effet prématuré, du "gène de l'obésité", provenaient de la compagnie pharmaceutique où il était le seul à avoir un droit de regard et de rapport sur les résultats. Par conséquent, le "crime" initial de Gulbekian consiste en rétention d'informations capitales, parce que non-conformes a ses attentes. Sitôt que Lefkades aurait jeté le doute sur la publication initiale, tout aurait dut être repris à zéro, et les fameuses données manquantes passées au peigne fin. La fraude scientifique aurait alors été éclatante. La dissimulation des données n'est toutefois pas passée totalement inaperçue. En effet, Florence Caplan a bien "remarqué quelque chose", et elle en a fait part à son amant, "en vitesse", ce dont Gulbekian est ignorant. Mais cela a suffi à pousser Lefkades dans sa détermination de se retirer de l'étude, et donc, à avancer sa lettre de démission. Il faut savoir que Melle Kaplan est férue d'informatique et que de temps a autre elle "teste" la sécurité des systèmes de l'hôpital, en compagnie d'un ami, Fabrice Leclerck, employé au service informatique.
Gulbekian a donc un mobile très fort pour supprimer Lefkades, reste à trouver une combine. Grace à ses accointances chez Engenetics, il lui est facile de substituer un flacon avec le poison expérimental. Ce qu'il ignore par contre, c'est que la moindre fiole est dument inventoriée chez Engenetics, qui pratique une politique de sécurité très rigoureuse, espionnage industriel oblige, et dont les détails sont ignorés de son propre personnel. Quand à trouver un alibi, rien de plus simple, il projette de diner le soir du meurtre en compagnie des cadres de chez Engenetics. Mais comment détourner les soupçons sur quelqu'un d'autre ? C'est ici qu'intervient la connaissance d'une liaison, plutôt orageuse, entre ses deux collaborateurs. Melle Caplan est une jeune femme suffisamment névrotique et passionnée, pour se laisser aller à un crime si elle dispose d'un mobile comme la jalousie, pense Gulbekian, avec une certaine justesse de vue. Il suffirait alors de "fabriquer" le prétexte à la jalousie. Le choix du poison comme arme devient par ailleurs très logique chez quelqu'un spécialisé en toxicologie... Gulbekian dispose d'une "créature" prête à tout pour lui par perversité et goût de l'argent, Laurie, une call-girl avec qui il n'hésite pas à s'afficher depuis le décès de son épouse (voir plus bas pour les détails biographiques). Il charge donc Laurie de séduire ostensiblement Lefkades, au vu et su de sa maitresse... L'amorce destinée à susciter la colère de Florence Caplan, prend comme il le souhaite. Le lendemain, celle-ci provoque une scène presque hystérique dans la cafeteria de l'hôpital, devant de nombreux témoins...

1.8. Chronologie du meurtre


- vendredi matin : Gulbekian apprend de la bouche même de l'intéressé, que Lefkades compte rendre sa démission la semaine suivante, "pour incompatibilité dans la poursuite des objectifs de la recherche."

- samedi soir : il se rend chez Engenetics et y subtilise le poison.

- lundi : a midi, il donne rendez-vous a Laurie dans son bureau, et il y invite Lefkades, ce qui n'échappe pas a Caplan. Il déjeune avec eux et présente Laurie : "une bonne amie, qui m'a entendu dire le plus grand bien de vous, mon cher Constantin". Il lui donne conge pour l'après-midi, et charge discrètement Laurie de "suivre son ami chez lui, voire même de sonner a sa porte le soir, si nécessaire et de se jeter dans ses bras". En fin de compte, il ne se passe pas grand chose, Lefkades, conscient du côté anormal de la situation, ne se laisse pas prendre aux charmes de la call-girl qu'il éconduit plutôt brutalement. Manque de chance, Florence Caplan se rend chez Lefkades au moment où elle voit la fille sortir de chez lui, verte de rage, elle fait demi-tour. Le soir, Lefkades plus déterminé que jamais, achève sa lettre de démission et la poste en recommandé à partir d'un bureau du centre-ville.

- mardi : à la cafeteria de l'hôpital, Caplan provoque une scène : elle jette un verre d'eau à la figure de Lefkades en le traitant de mots doux : "salaud, tu ne peux pas me faire un coup pareil !" Gulbekian sait que le moment est venu d'agir. Il provoque une réunion de cadres d'Engenetics pour le soir même. Il prétexte un travail urgent à terminer pour le lendemain matin, et charge Lefkades de la rédaction d'un rapport, "toutes affaires cessantes". Ceci obligera la victime à rester à l'hôpital jusqu'à une heure avancée de la nuit. Il oblige également Florence Caplan à rester au bureau jusqu'aux environs de 20h, sous un prétexte quelconque. Immédiatement après le départ de la jeune femme, il se rend dans le bureau de Lefkades, juste à côté du sien, il verse discrètement le contenu de la fiole dans un tasse de café, avant de la lui présenter, échanger quelques propos anodins et s'en aller à son rendez-vous tardif chez Engenetics. Une heure plus tard, la victime ressent les premières atteintes du mal, il s'écroule et commence à suffoquer; il a juste le temps de décrocher le téléphone, qui pend au bout de son fil. En tombant, il renverse les papiers et dossiers sur le bureau. La mort vient en quelques minutes.

- mercredi : le corps est "découvert" par Gulbekian lui-même, vers 8h. du matin. Il alerte les urgences de l'hôpital et téléphone à la police. Le courrier matinal dépose la lettre de démission en recommandé, du Dr. Lefkades, sur le bureau du Dr. Gulbekian, quelques minutes avant l'arrivée de la police.

1.9. Scènes

- dans l'ordre de la narration, du point de vue d'une "focalisation zéro" : pour tout ce qui concerne la préparation du meurtre et les mobiles, voir plus haut, ainsi que les fiches de personnages.

Scène 1: La découverte du cadavre

Gulbekian "découvre" le cadavre de Lefkades, a 8h. Mercredi matin. Alerte générale. Un médecin des urgences arrive dans les minutes qui suivent, constate la mort et une flaccidité musculaire datant d'au moins huit heures. La police d'Anderlecht arrive sur les lieux en même temps que le directeur de l'hôpital, Florence Caplan et d'autres "curieux".
"On dirait que le Dr. Lefkades a été terrassé par un malaise cardiaque" dit le directeur de l'hôpital. "Ne touchez a rien dans la pièce, laissez tout tel quel" demande d'un accent flamant prononcé un grand inspecteur rougeaud.

Scène 2: Entrée en scène de l'Inspecteur

L'inspecteur s'informe de l'identité de la victime, prend note rapidement des dépositions des personnes présentes, et recommande une autopsie, "si personne n'y voit d'inconvénient".

Scène 3: Entretien avec Gulbekian

Il s'entretient un peu plus longuement avec Gulbekian : que faisait son collaborateur hier soir ? Quel était son propre emploi du temps ? D'autres personnes étaient-elles présentes ? Comment s'est déroulée la journée d'hier ?

Scène 4: Entretien avec Florence Caplan

Un entretien rapide suit avec Melle Caplan. Que faisait-elle hier soir ? Elle est rentrée chez elle et y a passé la soirée seule, dit-elle.
L'inspecteur Willems rentre et demande une autopsie du corps. Il aura les résultats en fin d'après-midi. Le médecin légiste conclut à un empoisonnement foudroyant, de type curare, "sans relever toutefois de manière indubitable des microtraces de poison dans l'estomac du défunt, autres que des résidus d'un conditionnement lipidique, d'ou une ingestion sous forme de liquide" conclut-il. Willems retourne dare-dare à l'hôpital poser quelques questions supplémentaires. Nouvel entretien avec Gulbekian d'abord, Caplan ensuite. Il informe au préalable le directeur de l'hôpital de ce qu'"un meurtre a été commis dans votre hôpital la nuit dernière, monsieur", et lui demande carte blanche pour interroger tous les "témoins possibles" à sa guise, "mais dans la plus grande discrétion, bien entendu".

Scène 5: Florence Caplan prépare le piratage du système informatique


Scène 6: Piratage et vol des documents


Scène 7: Fuite de Florence Caplan, lettre de chantage


Scène 8: Entretien de l'Inspecteur avec Laurie


Scène 9: Entretien de Koen d'Artevelle avec Gulbekian


Scène 10: Gulbekian part a la recherche de Florence Caplan


Scène 11: Découverte de Florence Caplan sur la cote d'Opale


Scène 12: L'inspecteur enquête chez Engenetics


Scène 13: Meurtre de Florence Caplan


Scène 14: Arrestation de Gulbekian


Scène 15: Fuite de Gulbekian


Scène 16: Mort de Gulbekian


- dans l'ordre de la narration du point de vue du personnage :
Voir chapitre 3 "points de vue"

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2. Personnages


2.1. Jacques Gulbekian
Typologie : le "Héros" - le Coupable
Fiche biographique :
Petit et mince, yeux sombres, cheveux mi- longs, barbe, myope, lunettes cerclées d'or; le teint burine, bronze, un air oriental. D'origine arménienne, ne en Egypte en 1942 (au moment de l'offensive de Rommel), jeunesse entre Beyrouth et Genève, études de médecine a Paris, diplômé interniste en 1968, quitte Paris pour s'installer a Bruxelles suite a une affaire de mœurs étouffée, avec une de ses patientes mineure. Monte dans l'industrie pharmaceutique ou il finit par diriger un des départements d'essais cliniques de la société U.C.B. (campus de Braine l'Alleud), et parallèlement, reprend du service actif dans le milieu hospitalo-universitaire depuis une dizaine d'années, plus pour ses qualités de "gestionnaire" que de "chercheur". Dirige depuis deux ans le laboratoire de génie génétique de l'hôpital Erasme. Membre du conseil d'administration, et actionnaire (10% du capital), de la société Engenetics, société de "capital à risque" dans la biotechnologie (avec des capitaux hollandais, anglais et belges), installée depuis moins d'un an sur le campus avoisinant l'hôpital Erasme. La société est cotée à la bourse des valeurs de l'Easdacq. Marié au début des années soixante-dix avec une femme de dix ans plus âgée que lui, héritière d'une famille de chrétiens maronites du Liban, ruinée par la guerre civile peu de temps après, mais qui vivait encore grassement de quelques rentes mobilières et immobilières (un immeuble avenue Foch a Paris). Veuf depuis trois ans, Jacques Gulbekian profite largement de la vie; il a des gouts de luxe, se dont il ne se cache pas, et il n'hésite pas a s'en servir pour attirer a lui de jeunes femmes (Porsche etc.). A une liaison notoire avec Laurie, call-girl de vingt-six ans, créature perverse et prête a tout, qu'il "sort" dans tous les endroits chics. Mais son héritage est en train de fondre bien vite et en dépit de quelques placements, Jacques Gulbekian appréhende le moment où il devra peut-être réduire son train de vie. Ceci explique pourquoi il attend énormément de la société Engenetics, et du fameux "gène de l'obésité" dont les dividendes le rendront riche a millions de dollars. Sous une apparence douce et sociable, se cache un homme ruse, calculateur, manipulateur, qui n'hésite pas a intimider et harceler ses subordonnes. Il a notamment profite de la connaissance d'une liaison entre deux de ses collaborateurs au laboratoire, pour mettre au point sa machination qui aboutit au meurtre de Constantin Lefkades.

2.2. André Willems
Typologie : l' "Adversaire" - l'Inspecteur
Fiche biographique :
Grand, bedonnant, fort myope, grosses lunettes, rougeaud, l'inspecteur Willems de la Police Judiciaire est un flamand de pure souche, habitant le "Pajottenland" du côté de Lennick. Il parle français avec un accent prononcé. Proche de la retraite, il a soixante et un ans.

2.3. Constantin Lefkades
Typologie : la Victime
Fiche biographique :
Grand, mince, très sec, visage allonge, yeux bleus, courte barbe grise, front dégarni, Constantin Lefkades est tout le contraire, au moral, de son supérieur, le Dr. Jacques Gulbekian. Ne en 1952 en Grèce dans un milieu rural, pauvre, il suit ses parents émigrés en Belgique dans les années soixante. Enfant unique, solitaire et renferme, d'une brillante intelligence, "Costas" boucle ses études de médecine tout en travaillant les week-end et les vacances dans un restaurant grec, alors que sa famille est retournée au pays. Marié a une belge, il en a une fille, Irène, née en 1980, mais son épouse finit par demander le divorce dix ans plus tard, pour "incompatibilité d'humeur", car Constantin est loin d'être un époux attentionné, trop absorbé par son travail, et peu enclin à s'amuser, sortir, prendre du plaisir. Il en a toujours voulu à son épouse pour son manque de "compréhension". Toute sa vie est consacrée au travail : s'est spécialisé en psychiatrie biologique, s'intéressait aux fondements génétiques des maladies mentales; stages et début de carrière à l'hôpital Erasme. Y a dirigé une unité de psychiatrie mais a quitte l'hôpital ulcéré, après avoir échoué à être nommé chef d'unité. S'est dirige vers l'industrie pharmaceutique, où il fit la connaissance du Dr. Gulbekian et eut l'occasion a maintes reprises de travailler avec lui. Ce dernier fort impressionné par les qualités de "bucheur" infatigable du Dr. Lefkades, s'est tout naturellement tourné vers lui il y a deux ans lors de sa prise en charge du labo de génétique. Lefkades éprouve des sentiments complexes vis-à-vis de Gulbekian, qu'il considère quelque peu comme un père, un ami, en même temps qu'un supérieur hiérarchique. Lefkades est d'un naturel soumis a l'autorité, sauf lorsqu'elle entre en conflit avec son "éthique" personnelle, sa vision de la recherche scientifique "au-dessus des passions humaines". Finalement il aura hésité avant de franchir le pas et de dénoncer le trucage des résultats qui conduisent a la découverte du "gène de l'obésité". Vu son manque de vie sociale et son tempérament taciturne, pour ne pas dire austère ou même janséniste, il n'a pas d'amis, par contre il voit sa fille régulièrement, mais a coupé tous les ponts avec son ex-femme qu'il n'a plus rencontré depuis deux ans. Se rend au bureau en général vers 7h. du matin, le quitte rarement avant 20h; il passe sa vie à l'hôpital ou il a même installé un lit de camp dans le labo. A une liaison épisodique avec Florence Caplan, une collègue très douée, mais il tend à s'en éloigner car elle lui "prend trop de son temps" et commence a trouver l'attachement de la jeune femme envahissant. Celle-ci le relance mais il répond de plus en plus mollement à ses avances. Finalement, sous une apparence très rigide et presque inhumaine, Lefkades est un pauvre type qui n'arrête pas de régler une dette imaginaire vis-à-vis de son père; son intelligence ne lui sert a rien pour éviter de tomber sous le joug de Gulbekian. Son acte libérateur, la démission du labo, vient trop tard et signe pour lui son arrêt de mort...

2.4. Florence Caplan
Typologie : le Faux-Coupable
Fiche biographique :
Mignone brunette très mince, aux yeux verts tristes, de taille moyenne avec un physique engageant, née en 1968 à Anvers dans un milieu d'anciens coloniaux du Congo Belge, ambitieuse et délurée, Florence Caplan désire plus que tout surmonter le traumatisme de ses relations précoces et désastreuses avec les hommes, à commencer par son père auquel elle voue une haine immense. Elle sortait à peine d'une très longue relation névrotique avec un marginal lorsqu'elle est entrée au labo de génétique, après un curriculum en biologie moléculaire et une spécialisation en toxicologie à l'institut de médecine tropicale d'Anvers. Sous ses dehors effrontés et un brin provocants, Melle Caplan doute beaucoup d'elle-même et de sa capacité à aimer/être aimée. En dépit de ses succès et de ses brillantes compétences professionnelles, elle reste engluée dans une problématique personnelle dont elle n'arrive pas à sortir. Sa relation avec Constantin Lefkades était secrètement "thérapeutique", il y a en effet seize ans d'écart entre eux, mais le caractère de son amant la déçoit de plus en plus. Elle s'est même permise un "écart" récent avec un jeune interniste, qu'elle a immédiatement regretté, dans le but de rendre Lefkades jaloux, en vain. Finalement, elle se doute bien que la découverte du "gène de l'obésité" n'est pas très "propre", mais, contrairement à Lefkades, les considérations d'éthique professionnelle passent au second plan de ses préoccupations; raison pour laquelle son comportement névrotique la poussera à battre Gulbekian "à son propre jeu" lorsqu'elle aura dérobé certains documents et qu'elle tentera de le faire chanter... en quoi elle aura tort...

2.5. Fabrice Leclerck
Typologie : l'Auxiliaire
Fiche biographique :

2.6. Koen d'Artevelle
Typologie : l'Homme d'affaire
Fiche biographique :

2.7. Laurie
Typologie : le Complice
Fiche biographique :

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3. Points de vue & Style

3.1. La modalité du récit : narration/focalisation
- mode "41" ou "43", un seul personnage en focalisation interne, narration en "je/il" subjectif
- le narrateur est le Coupable
- but recherche : induire comme "point de vue fiable" celui de l'assassin pour dévoiler le mystère tout à la fin (cf. Le meurtre de Roger Ackroyd) : entretenir le mystère sur ses motivations.
- difficulté : faire passer des informations sur les autres points de vue de l'enquête.

3.2. La temporalité du récit

Scène 1. L'Accident.
Le coupable au volant d'une Porsche dérape à l'entrée du tunnel du Cinquantenaire, a cause d'un brusque éclat de soleil, de la vitesse excessive, et de son état mental, proche de l'exaltation maniaque. La voiture fonce à 120 km/h. vers un mur. C'est le crash brutal.
Temps : le présent.
Typologie : narration

Scène 2.
Flash-back.

- le récit débute à la fin de l'histoire (après le Climax)
- le narrateur (le Coupable), roule en voiture "a tombeau ouvert" (présent) après avoir commis le second meurtre (celui du Faux Coupable); il est suivi par une autre voiture (l'Inspecteur)
- pendant le trajet en voiture, nombreux flash-backs : il se remémore les événements des trois derniers jours (le premier meurtre et ses conséquences) et des épisodes issus des trois dernières années (qui l'on conduit au mobile du meurtre)
- à la fin de l'histoire, retour au présent avec la mort du "Héros" (accident de voiture)

3.3. Le rythme : compressions et dilatations du récit
- scènes
- ellipses
- pauses
- ralentis

3.4. Les mésostructures narratives
- descriptions (lieux ou choses, portraits)
- narrations, actions
- dialogues
- discours

3.5. Style
- Voix
- Ton
- Emotion

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4 MESSAGE
- "moralité" de l'histoire : prendre garde a la science dévoyée, la science possédée par l'argent.
- les biotechnologies ne sont pas un mal en soi, tout dépend de l'usage qui en est fait.

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Questions

Investiguer les points suivants, avec l'aide d'une documentation détaillée et/ou d'un spécialiste :

- opportunité d'un médicament miracle contre l'obésité à partir de l'identification d'une séquence de code génétique. Scenarios possibles.

- grade des inspecteurs, hiérarchie, réorganisation des polices, PJ, gendarmerie, enquêtes criminelles en Belgique, et en particulier dans "l'arrondissement judiciaire Bruxelles-Halles-Vilvorde".

- procédures d'investigations policière : dans quels cas ordonne-t-on une autopsie ? Est-ce systématique dans l'ignorance de la cause du décès ?

- autopsie : le "poison secret" décrit plus haut peut-il échapper a la détection ? Dans quels cas ? Quel genre de traces est détectable ?

- lorsqu'il y a meurtre avéré, quelle procédure se met en place ? Quels sont les pouvoirs des inspecteurs ? Qu'attend-on comme collaboration de la part des témoins ?

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Texte

La Porsche filait à vive allure dans les tunnels.

FIN du synopsis

Agatha Christie




James Watson and Francis Crick with original model of DNA in 1953

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