Avec le Consul

« Avec le Consul », une fiction des Métamorphoses de C.

   Le Consul, ce personnage immense, vaste et tourmenté à l’image de l’histoire du XXème siècle, n’est pas mort dans le ravin de La Barranca où l’on jette les chiens et les ordures, contrairement à ce que Malcolm Lowry a écrit dans son chef-d’œuvre, le roman Sous le Volcan, qu’il faut lire et relire inlassablement. D’aucuns, en effet ont retrouvé sa trace dans d’autres écrits, ou du moins la trace d’une trace. Je dois à Jorge, un correspondant de Buenos-Aires d’avoir exhumé une lettre d’un papier très fin, d’une écriture de femme m’a-t-il dit, de la doublure déchirée d’un Cervantès (dans la traduction de Jean Cassou), achevé d’imprimer le 20 avril 1949 sur les presses de l’Imprimerie Mame à Tours. L’honorable argentin, au fait de mon intérêt pour tout ce qui concerne les aventures de Geoffrey Firmin, car tel était le nom de ce personnage, ex-consul de Grande-Bretagne au Mexique, a eu l’amabilité de recopier cette lettre et de me l’envoyer par l’entremise d’un militant communiste ayant rejoint l’Europe récemment sur un paquebot qui failli ne jamais quitter les rives du Rio de la Plata, ayant croisé de près une mine allemande déposée dans ces eaux-là depuis la dernière guerre. Hélas, le début et la fin de la lettre ont été perdus, il s’agissait de deux feuillets qui se sont envolés du pont du bateau après qu’un chien affreux se fut précipité sur Alfred le militant, au moment où il dépliait la missive pour la relire dans l’air sain du pont des premières classes. Le propriétaire du chien, loin de s’excuser, accabla le messager de fautes imaginaires prétextant qu’il avait provoqué son animal d’habitude très affectueux. Ils en vinrent aux mains, et Alfred, homme d’envergure physique impressionnante ayant donné dans sa jeunesse le coup de poing pendant la révolution spartakiste à Berlin, était sur le point de faire passer par dessus-bord le roquet de capitaliste et son chien, lorsque les aides du capitaine intervinrent in-extrémis, rétablirent un semblant de justice de classe, et mirent aux fers pour le reste du voyage le militant dont la faute impardonnable était de s’être promené sans papiers sur le pont réservé aux passagers nantis. A l’issue de ce dur rappel des lois de la propriété, dans l’ennui de sa cellule, l’ami en question entreprit de rétablir de mémoire les feuillets manquant de la fameuse lettre, cause accidentelle de tant de péripéties. Lorsqu’il se présenta enfin à ma porte, affamé, sale, avec pour tout salut le grognement de l’ours noir des Carpates, je reconnus à peine mon ancien compagnon des chemins poudreux de l’exil. Le surlendemain, il se rappela l’objet de sa mission : « une lettre pour toi camarade », et il retira les feuillets bleus pâles de son portefeuille, « de la part de l’honorable correspondant de Buenos-Aires » ajouta-t-il. Je lisais les journaux, je savais très bien ce qui se passait en Argentine depuis le début du Proceso de Reorganización Nacional. Et tout ce qui se racontait sous le manteau. « Ainsi, as-tu pu toi-même échapper à temps de la nuit qui s’est abattue sur la Pampa ? » demandai-je, impressionné par sa détermination. « Mais le correspondant ajoutai-je, est-il à l’abri d’une indiscrétion ? -- Nous ne devrions pas nous en faire pour lui camarade, reprit Alfred, terminant d’ingurgiter un énorme pilon de chapon bouilli aux petits pois préparé par ma logeuse, il est passé maître dans l’art des dissimulations et des messages codés. Bien malin qui pourrait percer ses allusions obscures et la fantasmagorie de ses atlas imaginaires. » Je me dois donc de prévenir le lecteur que la lettre que je livre ci-après à son attention studieuse, probablement écrite à l’origine sous dictée, par Yvonne elle-même, la femme du Consul, n’offre pas toutes les garanties philologiques d’un texte original ; nous en imputerons les faiblesses aux copistes successifs tout autant qu’aux dissimulations intentionnelles du sens dont elle est l’objet, et attendrons, pour en avoir le cœur net, l’établissement d’une édition définitive et scientifique des œuvres de Malcolm Lowry dont le projet est, dit-on, confié à un éminent chercheur bruxellois pour le compte de la Bibliothèque de la Pléiade. Au dos du dernier feuillet de la correspondance, Jorge a ajouté une note en pattes de mouche que je reproduis en note de bas de page, ici-même[1]. Il est important de garder cette note présente à l’esprit pendant la lecture de la Lettre afin d’éviter tout malentendu. Je renvoie le lecteur curieux aux études excellentes de Christine Pagnoulle : Malcolm Lowry, voyage au fond de nos abîmes, 1977, Editions L’Age d’Homme, Lausanne ainsi qu’à la correspondance The Letters of Malcolm Lowry and Gerald Noxon, 1940-1952 afin d’éclairer le texte et le contexte de cette mise en abyme dont je suis à ce jour encore incapable de décider si elle est sortie de la plume de l’écrivain Lowry ou de celle du « Consul », du cerveau compliqué de Jorge, ou de celui plus direct et révolutionnaire d’Alfred -- qui me laissa une carte postale de la Grand Place de Bruxelles où l’on voit la Maison du Cygne, en souvenir de son passage, au dos de laquelle il griffonna ceci : « Je vous envie d'avoir l'école. De pouvoir enseigner, de rencontrer de jeunes êtres, de leur parler. Quel métier que l'enseignement - malgré les choses que vous racontez! Il existe d'autres choses dont on peut parler, des vérités. Il y a la vie, l'existence, la mort qui y met un terme et la hante. Et la peur, la joie, l'amour, l'honneur, la dignité, la fierté. [2]»



La lettre apocryphe du « Consul »

(Le début manque)

… « Je témoignerai devant Dieu et le Diable que tout ce que j’ai vu cette nuit-là, du fond de mon ravin, l’esprit en voyage vers la constellation du Sagittaire, était rigoureusement vrai, aussi exact et précis que le calcul infinitésimal ou que les maximes du vieil Héraclite. » C’est ce que j’entendis Geoffrey murmurer entre ses lèvres sanglantes au moment où nous le remontions du fond de l’ignoble Barranca. Ni dieu ni diable ne lui est venu en aide, juste deux péons qui m’alertèrent à temps, et la suite de l’histoire est connue chère Yvonne.
   Je perdis ensuite sa trace.

(la suite manque)

… et c’est ainsi que je retrouvai le Consul qui se morfondait dans un hôtel minable d’El Zócalo; il avait manqué le train pour Veracruz et se demandait comment payer sa note lorsqu’il me vit entrer, une cigarette française au bec. Il m’accueilli en frère et nous devisâmes un long moment du Jour des Morts, ou plutôt de deux journées de cette célébration pendant laquelle le Mexique danse la tête en bas, à un an d’intervalle, ces terribles journées de 1938 et de 1939 qui nous avaient vu passer bien près de la mort. Je le pris par le bras et nous sortîmes.
   Nous étions en train de traverser l’immense esplanade d’El Zócalo, abandonnant les touristes à leur contemplation stupide, évoquant les souvenirs d’El Supremo, Salvador Cuevas Ramírez, le lutteur, el luchador enmascarado[3], privé au plus haut de sa gloire, d’un ultime combat contre El Dorado, lutte annulée pour cause de tremblement de terre à Mexico, dans ces années-là, comme on s’en souvient[4].
   Le Consul me prit la main. Il n’était pas encore perfectamente borracho, à peine dégrisé. Cela faisait une heure m’expliqua-t-il qu’il était rentré d’une infâme cantina aux abords des arènes de Chapultepec lorsque je retrouvai sa trace à l’hôtel. Il avait quitté les lieux auparavant, avec la ferme intention de ne plus y remettre les pieds, mais voilà, au lieu de prendre le chemin de la gare et du train, la route de la liberté, il s’était retrouvé à l’autre bout de la ville : « Dieu sait comment je me suis retrouvé là, mais il faut que vous raconte. De toute façon, je crois en la Providence divine. Et vous ?
   Je crois en la Providence divine car tout fait sens. Tout fait signe aussi pour qui sait lire. Mais le sens est multiple et ondoyant, c'est le royaume de l'Homme. Il ne faut pas s'attacher au texte, ce qui est humain est multiple et apprend par lui-même à lire et à écrite. Il produit des œuvres et du sens. C'est l'homo faber inspiré qui sait que tout advient par des causes et des effets. La Providence est le nom universel de cette intelligence des fins. Il fallait que je me perde près des arènes, pour que j’y rencontre l’homme en noir ; il fallait que je revienne à l’hôtel pour que vous retrouviez ma trace ; c’était écrit, n’est-ce pas évident ? Et pour que nous nous retrouvions ici, à déambuler gentiment dans les rues de Mexico. Qui pourrait croire qu’un volcan faillit se réveiller et tout détruire ? Mais moi je sais, et vous aussi. Nous avons vécu ces terribles journées. Alors, en comparaison, ce qui nous arrive à présent est-il d’un rêve léger ? Ecoutez-moi au lieu de gesticuler !
   Il y avait donc un gros homme étriqué dans son costume noir qui se tenait accoudé au bar de la cantina, il me faisait penser à ce médecin, ce noble ami avec lequel nous jouions au tennis, autrefois, mais lorsque je le regardai de plus près je remarquai sa mise négligée, son air abruti par l’alcool. Comme il levait les yeux dans ma direction, et qu’une de ses mains semblait palper un objet métallique accroché à son holster, je me plantai devant lui, le regardai droit dans les yeux et lui dit : la mise à mort du toro est la preuve de la mort de Dieu ! J’en ai eu moi-même la révélation il y a quelques années lors d’une corrida à Madrid. Voulez-vous en entendre le récit ? L’homme en noir opina en avalant une pulque de Jalisco, un mince filet blanc coulant sur son menton.
   Vous vous rappelez – je commençai ainsi d’une voix tremblotante, en appui instable au comptoir – vite, le barman me tendit un verre de tequila comme tombé du ciel dans sa main, c’était peu après  l’último parte, diffusé depuis Burgos par le général Franco, Barcelone était tombée, les plages de Torremolinos encore fumantes du carnage ; le retour à la vie civile normale enfin après toutes ces horreurs. J’avalai d’un trait la tequila, en commandai une autre. La tauromachie, est un noble art… mais quand le sang commence à couler, c’est autre chose…  Le gros homme et le barman se tenaient coi pendant que je parlais. Enhardi, je poursuivi mon récit : le sang noir du toro giclait sur le sable chaud par grosses pulsations ; ce furent d’abord de multiples rigoles creusées à la pointe des piques dans la peau percée ; avec grâce et précision le picador poursuivait sa valse lente autour de la bête son geste achevé, serein ; puis ce fut au tour du matador d’entamer sa danse de mort, et d’exécuter l’estocade d’une fine lame de Tolède plantée dans la nuque. Une mare de sang s’agrandissait sous les pieds du toro, les jets bouillonnants de cette sève animale s’épanchaient pour le sacrifice offert à la foule sous le soleil brûlant de midi. Sueur collée aux corps des mâles, exhalaisons des femmes, un puissant musc d’animalité montait, offrande rituelle des fidèles au héros de la cité. El Cid Campeador dansait sur le sable chaud, cape rouge, costume doré, taille de guêpe noire. C’était pour lui que la foule en délire ovationnait, tapait des pieds, que les moustaches frémissantes et sadiques des hombres se dressaient, que les mouchoirs des mujeres excitées s’envolaient avec les fleurs, que des milliers de cris, d’applaudissements s’élevaient vers le ciel, qu’un coup de tonnerre, le roulement du ciel pour la bête qui s’effondrait enfin, répondait à la masse exaltée. J’entendis alors l’oraison lancée par un invalide, "Muera la inteligencia! Viva la Muerte!", à laquelle la foule répondit par: “Una! España! Grande!”. La foule, se mit debout, entonna le chant de la Phalange. Le matador coupa les couilles du taureau et ce fut tout. »
   Le Consul se tenait silencieux. Autour de nous, quelques touristes curieux s’étaient agglutinés, subjugués par la gestuelle et la grandiloquence de l’orateur. Je n’y prêtai pas attention. « Et donc Geoffrey, que s’est-il passé ensuite ? Grand dieu, expliquez-vous !
- N’invoquez pas Dieu avec moi espèce de communiste impie, vous ne comprendrez jamais rien à la Providence, votre matérialisme historique vous obscurcit l’esprit. La vérité gît au fond de la bouteille de mescal. Justement, mon regard s’égarait sur le comptoir où trainait une bouteille de mescal. Le barman se hasarda à demander : « et Dieu dans tout ça? ». Le gros homme habillé de noir détourna la tête, l’air dégoûté. Il se demandait peut-être s’il ne serait pas secourable de me loger du plomb dans le corps, par charité chrétienne. Le barman, maintenant que j’y pense, c’était un ange gardien, celui qui avait oublié de me secourir dans cette autre cantina, vous vous souvenez Hugh ?
- Ne dites pas de bêtise Geoffrey, ils étaient deux à passer ce soir-là par le chemin obscur où vous vous étiez égaré…
- au milieu du chemin de ma vie, oui je sais, ils étaient deux, pareils à des princes Tlaxcalans descendus de leur pyramide sacrée et qui daignèrent accorder leur attention à ce corps blanc qui gisait dans le ravin…
- la Providence comme vous dites n’a pas voulu de vous cette nuit-là… j’avais déjà failli perdre Yvonne, nous tous avons eu beaucoup de chance…
- et aujourd’hui même, cet après-midi, il me semble que oui, l’ange gardien  m’a poussé gentiment vers la sortie du bar alors que je  tendais la main vers la bouteille, et il me glissa à l’oreille : « C’est trop tôt pour le mescal ». Il héla un taxi, me poussa dedans, et je rentrai à l’hôtel où vous êtes arrivés. »
   Toujours bras-dessus, bras-dessous, nous nous éloignâmes de la place. Un peu plus loin le Consul alluma une cigarette. Il avait toujours sur lui l’étui de métal blanc orné du blason de sa famille, « tout ce qui reste d’une lignée de propriétaires terriens qui a mal tournée » s’était-il entendu m’expliquer un jour. « Où est Yvonne ? demanda-t-il abruptement.
- Elle vous attend dans cette petite maison...
- En Colombie Britannique ? »
   Je suppose que mon silence eut valeur d’assentiment, car il redressa le torse, tint la cigarette à bout de bras et se mit à dessiner une figure dans l’air du soir. J’aurais juré voir l’éclat d’une petite lueur s’allumer derrière les verres teintés de ses lunettes.
« Bien. Mais c’est encore loin, il y a un bateau à prendre etc. Le voyage est compliqué. Toutes ces tentations…
- Je suis venu vous chercher.
- Et qu’allons-nous faire alors ce soir, Hugh, mon frère ? dit-il.
- Marchons, allons nous perdre parmi les touristes. C’est une foule qui ne tend pas encore le bras droit vers le ciel, un salut guttural venant des tripes. Allons-nous amuser un peu.
- Vous avez raison, vamos a la playa alors, amigo! »
(La fin manque)

   Aux dernières nouvelles, Alfred est reparti en voyage, on l’aurait vu à Tirana (Albanie), et Jorge se fait de plus en plus discret. Son idée d’utiliser le personnage éponyme du roman de Lowry pour faire passer un message sur la situation présente en Argentine n’est pas sans risque. Il nous manque toujours quelque chose pour faire la rêvolution. D’ici à ce que ces temps hypothétiques arrivent, je continuerai d’inculquer à mes élèves des quartiers défavorisés de Bruxelles, le goût des lettres et l’amour des livres. Et qui sait si un jour les germes de mon travail obscur ne porteront pas leurs fruits. Il suffit de changer la manière de voir d’un seul être pour qu’en de très rares occasions le monde entier en soit transformé.





Note de la rédaction

   Le noyau du texte que vous venez de lire a été rédigé en juillet dernier pour une performance des Spoken Works Addicts #9  Vamos a la playa!que des circonstances indépendantes de la volonté de leur auteur empêchèrent de rejoindre. Ce groupuscule d’agitateurs poético-nomade bruxellois animé par l’excellent Olivier Vander(aaa) mène un combat courageux, bien que d’arrière-garde, contre les forces de la réaction. Outre les références explicites au roman de Malcolm Lowry déjà cité, il y a quelque chose de l’atmosphère crépusculaire du film d’Eisenstein « Que Viva Mexico ! » de 1931 dans laquelle tremblotent les images de ce récit, qui emprunte aussi quelques éléments à la « Maestranza de Séville », un fragment oublié de l’auteur anonyme de ce texte. Les allusions à la situation politique de l’Argentine concernent évidemment les sombres années de la dictature militaire et de la « guerre sale » (1976-1983). Les cris sinistres de « Mort à l’intelligence ! » et de  « Vive la Mort » continuent de résonner sous d’autres cieux, parfois les nôtres, et sont plus que jamais d’actualité. Tout le reste se perd en conjectures, à moins de croire en la Providence ou au sens de l’histoire. Restons prudents et rappelons nous la sagesse qu’il y a à ne pas raviver les plaies d’anciennes folies, ainsi comme dit ci-dessous :

« Cid Hamet Ben Engeli raconte en la seconde partie de cette histoire et troisième sortie de don Quichotte, que le curé et le barbier demeurèrent près d’un mois sans le visiter, de peur de lui renouveler la mémoire des choses passées. Toutefois ils ne laissaient pas de voir souvent sa nièce et sa gouvernante et de leur recommander de le bien traiter, lui donnant à manger des choses fortifiantes et bonnes pour le cœur et pour le cerveau, d’où procédait, selon qu’on en pouvait raisonnablement juger, toute sa mésaventure. »
Cervantès, Don Quichotte, trad. Jean Cassou, Bibliothèque de la Pléiade, 1949, p. 525.

… Mais encore sera-t-il judicieux d’indiquer au lecteur pressé que tout a déjà été écrit et qu’il ne nous reste plus, à nous, pauvres écrivains, qu’à tenter l’impossible, c’est-à-dire la restitution parfaite, intégrale et scrupuleuse des œuvres originales.

«  ‘Mon dessein est purement stupéfiant’, m’écrivit-il de Bayonne le 30 septembre 1934. ‘Le terme final d’une démonstration théologique ou métaphysique – le monde extérieur, Dieu, la causalité, les formes universelles – n’est pas moins antérieur et commun que mon roman divulgué. La seule différence est que les philosophes publient dans des volumes agréables les étapes intermédiaires de leur travail et que moi, j’ai décidé de les perdre.’ Effectivement, il ne subsiste pas un seul brouillon de ce travail de plusieurs années ».
Jorge Luis Borges, « Pierre Ménard, auteur du ‘Quichotte’ » (1939),  Œuvres Complètes I, Bibliothèque de la Pléiade, 1993, p. 470.

« Le Consul » est un personnage récurrent qui parcourt quelques-unes des « métafictions » du blog des Métamorphoses de C. (avec ou sans l’aide de « Jorge »). Il faut évidemment revenir au roman de Malcolm Lowry (1909-1957) Under the Volcano, publié en 1947 dont il existe deux traductions françaises, pour en apprécier toute l’intensité originale, dont crédit:

  • traduction de Stephen Spriel, Au-dessous du volcan, Buchet/Castel, 1959 (réédition Gallimard coll. Folio)
  • traduction de Jacques Darras, Sous le volcan, Grasset, 1987


Christo Datso, 3 janvier 2016.




[1] Cher ami, je ne vous narrerai pas le détail des incroyables circonstances qui mirent entre mes mains le volume du Cervantès (éd. Jean Cassou, 1949), dans lequel je dénichai la lettre que je vous fais parvenir (sachez simplement que je le trouvai dans le fond d’une obscure remise de la galerie d’art de mon ami Braga Menendez, qu’éclairaient métaphoriquement les miroirs jumeaux de l’éternité et de l’infamie), et qui est, n’en doutons pas, du Consul lui-même, ou de son frère, l’un se faisant passer pour l’autre. J’ai toutes raisons de penser que l’un d’entre eux, malade, l’a dicté à la femme qu’ils aimaient, lors d’un séjour dans leur petite maison près de Vancouver au cours du terrible hiver 1956-57. Il s’agit d’un document unique en ce qu’il préfigure quoique de manière voilée, ce qu’aurait put être le testament du Consul, ce personnage d’exception. En souvenir de nos voyages au pays des Gauchos, je me permets d’ajouter cette citation d’Ibn Khaldoun tirée de son Discours sur l’histoire universelle: « Tout cela est dû à la difficulté d'exprimer le réel et l'inaptitude du langage à se prêter à la traduction adéquate des choses. » Affectueusement. Signé : Jorge à Buenos-Aires (Palermo), 6 juin 1976.
[2] Alfred Döblin, Novembre 1918, une révolution allemande, Editions Agone, 2009 (ndlr).
[3] Le lutteur masqué, autre surnom de Salvador Cuevas Ramírez (né en 1942). Le lecteur pardonnera ce léger accroc à l’histoire (ndlr).
[4] Nous n’avons pu retrouver mention de cet événement dans les archives du siècle (ndlr).

Que Viva Mexico! (ДА ЗДРАВСТВУЕТ МЕКСИКА !) - tourné en 1930-1931 - Film d'Eisenstein produit sur base d'archives en 1979 par Mosfilms. Un chef-d'oeuvre.




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