Fourmis atomiques

(article publié Par touchetestouches / 29 avril 2016 sur son site)

Le 29 mai à la Maison de la Francité (réseau Kalame) a eu lieu l’atelier d’écriture animé par Aliette Griz auquel j’ai participé et dont j’ai laissé une trace sur un réseau social (page désormais inaccessible ici)
« Et maintenant : hyper-liez moi tout ça » dit-elle, avec du papiers, des crayons, des marqueurs et du scotch, sur nos textes d'échec, échoués, de fourmis qui plantent des 0 et des 1.
Il s’agissait de produire des textes liés entre eux par le principe des hyperliens (numériques) avec du papier et du crayon.


J’ai ensuite rédigé une note à l’attention de l’animatrice dans lequel je proposais de retransformer le papier en numérique. Comment faire ?

 Voici une première idée de ce qui pourrait être assemblé en hypertexte à partir de nos textes produits à l’atelier. J’ai pris pour modèle de ce prototype mes propres traces écrites, avec trois parties correspondants aux trois propositions que j’ai pu aborder.
  Deux remarques : les mots que j’ai lié par de vrais hyperliens (pour le moment) renvoient à des références externes au texte, par exemple la définition d’un qbit sur Wikipedia ou des images de livres de poche pour « Vol de nuit » et « La vie des fourmis ».
  Les mots peints en bleu dans le texte identifient ceux marqués par le collectif pendant la phase de repérage des liens. Pour rendre cette hyper-textualité effective, il faudrait évidemment renvoyer ces mots à une autre page qui contient un mot marqué lui aussi en bleu ou vers une page vide, celui de la  fameuse erreur 404 du protocole http, mais qui dans notre « système » devrait à mon avis renvoyer vers l’enveloppe vide produite par Michel, à juste titre. La principale difficulté consistera donc à repérer à partir du « collage » (*) effectué par le groupe les mots ou les sections de texte à relier les uns aux autres par cette méthode.
  Une dernière remarque : pour être plus « hyper », les pages ne devraient pas toutes être hébergées sur le même site, je proposerais donc si le prototype évolue de lier (au minimum, à ce stade) deux sites : celui de Touche Tes Touches où tu hébergerais une partie des textes et celui des Métamorphoses de C. sur lequel j’hébergerais au minimum mon texte. Si d’autres participants mettent à disposition leur propre blog (s’ils en ont un), cela ne fera qu’augmenter la crédibilité du projet.

Christo
Version 01. - 30/05/2016
(*) page désormais inaccessible dont vous trouverez l’équivalent photo ci-dessous :



© Nicolas Marchand
Savez-vous planter des bits ? un atelier échoué (dans le bureau du directeur) — at Maison de la Francité.


Voici les textes correspondants aux trois propisitions de l’animatrice :
I.
Savez-vous planter des bits ?

Oui, des qbits ni vrais ni faux à la fois.

II.
Si vous faisiez l’hyper, vous préféreriez plutôt le matin, le midi, le soir, à midi ou jamais ?
Faites l’hyper, s’il vous plait.
Et dites-nous où vous en êtes ?

En vol de nuit, entre les lignes et les colonnes de la matrice hyper à deux zéros de distance du bug.

III.
Considérez un texte qui a échoué, pas fini, pas vraiment commencé, si vous n’en avez pas sous les yeux, écrivez-le, en évoquant une fourmi qui fait naufrage, et la peur qui lui coupe sa verve.
Racontez-nous vos peurs de l’échec sous forme de naufrage, en utilisant comme amorce si ça vous aide, une phrase ou deux (ou autant que vous voulez) d’un des livres d’échec proposé gentiment par la bibliothèque Hergé. Vous pouvez faire la méduse ou le Titanic, mais le spectaculaire n’est pas obligatoire. La fourmi qui se noie dans une flaque de pluie a droit à vos ratures aussi.

Je garde un excellent souvenir de ce livre lu dans ma jeunesse : “La vie des fourmis” de Maurice Maeterlinck. Tout le contraire d’un échec, cette société des fourmis ! « C’est une société parfaite » dit Michel, une société fasciste. La conversation roule sur la terreur de monstres mutants popularisés dans des films de série B des années cinquante, les « fourmis atomiques ».
J’essaye d’imaginer une fourmi qui se noie dans une cuillère à soupe. Est-ce possible ? Ne flotterait-elle pas ? Une fourmi peut-elle mourir de ne point aimer assez fort sa Reine, le symbole des fourmillants en quête de gloire et de beauté ?
Il faut imaginer une fourmi qui se noie, un point c’est tout. Cela me fiche la trouille.
La fourmilière géante Titanic, ici ou là-bas, c’est toujours l’histoire des ronds et des carrés qui luttent pour la domination du monde.
Ce qui nous ramène aux mémoires d’ordinateurs, à des suites de 0 et de 1, à l’infini, comme les lignes de vaillantes fourmis qui remontent chargées de leurs ballots, graines, feuilles, mouchettes, brindilles, vers de terre, matériaux bruts pour une cité de fourmis en expansion permanente dans l’espace.
Un Prince fourmi rouge :
- Tu as reçu la vie ? Vis
- Mais maman, j’ai peur !
- Vis et ne crains rien. 
(Edouard Limonov, Journal d’un raté, Albin Michel, 2011, p. 131)
Ce dont il avait peur c’était des fourmis noires atomiques. Et dans le fond, Limonov, il me plaisait bien. Sa frêle fourmitude, ses désarrois myrmicologiques, son hébétude de Prince déchu, ravalé à rien qu’une suite de 0 et de 1.

Pour une raison qui m’échappe, les fourmis étaient les reines de la partie. Nous avons essayé de voir une vidéo sur l’intérieur d’une fourmilière géante au Brésil mais sans succès. Chacun des participants à l’atelier s’est alors transformé en fourmi transportant des lettres pour faire des mots et des phrases dans les galeries souterraines d’un récit.
La cité reste à construire.

Dans les jours qui ont suivis, notre attention a été attirée grâce à un commentaire de Milady Renoir, par un roman produit en 1995 avec à un logiciel spécialisé de traitement de texte Storyspace : il s’agit de Patchwork Girl par Shelley Jackson, qui peut être lu sur Mac OSX. On peut suivre une vidéo d’exemple sur Youtube du travail de Shelley Jackson, ici. La littérature numérique est devenue un sujet d’étude académique, on trouvera une présentation (en anglais) du travail de « Patchwork Girl », qui semble bien être une œuvre de précurseur dans le domaine, ici ou .
Si j’ai bien compris, Shelley Jackson est partie du classique Frankenstein de Mary Shelley (1818) pour le détourner sur le fond et la forme. La forme est celle de l’hyper-textualité et d’une lecture « ergodique » dans laquelle le lecteur doit « travailler » pour lire le texte, le fond est celui du corps d’une jeune fille démembré dont il faut reconstituer le puzzle, une histoire inversée du monstre (mâle) de Frankenstein assemblé à partir de morceaux de corps. L’hyper-textualité se trouve ainsi mise en opération dans un texte composé de morceaux pour une histoire de corps. Qu’est-ce qu’un corps ? Qu’est-ce qu’un texte ?

Pendant ce temps-là, dans les égoûts de Los Angeles, l’armée combat les fourmis géantes (résultat d’expériences atomiques)

Them! Film de Gordon Douglas, 1954
courtesy http://www.scifi-movies.com/francais/longue-0000656-des-monstres-attaquent-la-ville-1954.htm



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