Le grand souffle

…..….. Chuuuut !
….. Chuut !
… Chut!

Chute !
Le bahut a chuté
La valise est tombée
Le vase de Soissons fracassé
Céladon, il était de couleur céladon
Il venait de Ceylan
S’imposait par son silence
… Un vase est mort ce soir

Il suinte des ombilics !
Il pleut à verse des brocs de Gueuze !
Les alambics ce soir, mes amis
Distillent leur poisse amère
Leur soif chahutée de cieux clairs
D’espérance

Mais qu’attendre d’une chute
Qu’attendre …
Alors qu’un vase est mort ce soir

Des chats rôdent à l’affut des souris
Silences et chuchotements
Font une sourde concurrence
Et tout le monde attend
Retient le peu d’air
Qui chuinte de ses poumons abîmés

Et tout le monde inspire
Inspire jusqu’à plus soif
Jusqu’à plus d’air
La syncope
La sainte écope
L’apocope
L’e muet s’enroule
Et reprend du poil de la bête
La souris passe entre les poils du chat

Le tangage a cessé
Le langage a valsé
S’est cogné au bahut
Le vase de Soisson s’est recollé

Tout est reparti à l’envers
Et à l’avant
Et à l’envers
Et à l’avant
Inspire
Expire
Inspire
Expire
Le sang coalescent
Se remet à siffler
Jusqu’à l’exhalaison
D’un soupir
Jusqu’à l’apparition
D’un sourire

Chut !
Il dort, ne le
Réveillez pas…



--
Micro-atelier d’écriture Henri Michaux animé par Marie-Andrée Delhamende à la Maison de la Francité lors de la fête du Réseau Kalame, 29 mai 2016 à Bruxelles

Des mots, du silence, écriture et musique
« J’écris pour me parcourir » (Henri Michaux)

L’enfance de Michaux exprime un « non » radical à la vie
Maladie
Lutte, révolte avec de l’humour vital, métaphysique et décapant et l’écriture comme armes d’attaque et de défense


Proposition d’écriture : choisir un thème issu de « l’espace du dedans » (i.e. le corps), travailler le son, le rythme, les exclamations : énumérations, ruptures, répétitions, exhortations


Henri Michaux, écrivain belge (1899-1984)

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