Journal cinématographique : science-fiction

Journal cinématographique : science-fiction


  Les textes ci-dessous, douze « vignettes » (certaines assez longues) sur des films de science-fiction forment une chronique subjective de quelques années d’aperçus cinématographiques. Ils sont présentés dans l’ordre rétro-chronologique depuis leur dernière vision : le plus récent est donc au début.

 Quelques-uns ont fait l’objet de billets postés sur le mur d’un réseau social ou sur ce blog à des dates antérieures et sont présentés ici avec des modifications mineures. D’autres notules ont été rédigées spécialement pour cet article. Dans quelques cas, la date de rédaction du texte diffère considérablement de la date de la « dernière séance »[1]. Deux de ces textes ne sont pas même des « chroniques » de choses vues mais des recréations poétiques ou des variations stylistiques inspirées par le film (de surcroit rédigés en anglais – mais c’est cela aussi l’esprit des MdC).


  Les fiches ainsi que les photos viennent de www.imdb.com

  Voir en fin de publication pour les notes du texte et quelques références.

   Voir également sur ce blog l’intégrale de mes chroniques et articles de science-fiction, ici, ainsi que mon compte-rendu de l’anthologie Belgique Imaginaire (tome I), un peu plus loin. La science-fiction reste pour moi une source d’inspiration importante, tant sur le plan de l’écriture que de la réflexion. Il suffit de fouiller sur le site des Métamorphoses de C., vous en trouverez les traces un peu partout (j’ai compté pas moins de 27 articles indexés avec cette balise). Le cinéma est pour sa part tout aussi présent sur le blog, pas moins de 17 articles « balisés ». Il était sans doute prévisible que je fasse un papier sur le cinéma de SF.

  Les thématiques que j’essaye d’explorer relient la science-fiction à la politique et à la philosophie. Pour l’analyse philosophique de la science-fiction, je renvoie à la retranscription d’un débat enregistré le 5 mars 1997 à la Bibliothèque du Centre Pompidou à Paris, texte publié sur le site de Quarante-Deux. N’oublions pas que le cinéma est aussi un magnifique outil de propagande autant que de divertissement. Mais n’est-ce pas la même chose ?

  Ma sélection ne présente pas un « best-of » du cinéma de science-fiction, loin de là ; c’est le carnet de quelques heures passées devant la grande toile ou l’écran tv 16/9 au hasard des envies, des programmations et des sorties entre amis. Ces notes vous donneront peut-être envie de voir ou revoir certains films ou d’en éviter d’autres.




Solaris (1972)
Forbidden Planet (1956)
Independence Day: Resurgence (2016)
Lucy (2014)
Man of Steel (2013)
World War Z (2013)
Oblivion (2013)
Cloud Atlas (2012)
Melancholia (2011)
The Andromeda Strain (1971)
Gattaca (1997)
La Jetée (1962)




Solaris (1972)

Union Soviétique, 1972 / 2h47’
Réalisateur : Andrei Tarkovsky
Scénaristes : Stanislas Lem, Fridrikh Gorenshteyn
Acteurs principaux : Natalya Bondarchuk, Donatas Banionis, Jüri Järvet



  Un psychologue est envoyé sur une station orbitale autour d’une planète lointaine dans le but de découvrir ce qui a rendu fous tous les membres d’équipage.

  Solaris, c’est la rencontre entre l’homme et un monde totalement étranger.

  L’homme est du monde, celui que nous montre le film – des cosmonautes, des scientifiques attachés à un coin de la terre russe, rattachés au passé par leurs souvenirs le plus souvent douloureux d’abandons, de deuils, de déceptions. Cet homme-là, incarné par Chris Kelvin, le psychologue qui part enquêter sur ce qui se passe dans la station orbitale qui tourne autour de cette planète du nom de Solaris, voudrait bien ranimer les brandons à moitié éteints de la « science solaristique » laquelle piétine depuis des années et mettre fin à une controverse qui agite le monde des chercheurs : quel est le « reste » (irréductible à toute réduction de la perception humaine) qui résiste à l’explication des phénomènes observés, ou hallucinés, que propose Solaris à l’intelligence humaine ? Existe-t-il une « autre réalité » physique qui puisse fournir un fond solide aux délires, semble-t-il, des observateurs qui reviennent de là-bas rendre compte de leurs expériences devant leurs pairs ? Le fond « solide » est une métaphore car, pour autant qu’ils le sachent, Solaris est constitué d’un immense océan parcouru de courants incompréhensibles qui sculptent les vagues et les nuages de la planète en formes énigmatiques.
  L’homme est aussi dans le monde, celui confiné de la Terre ou en réduction de laboratoire, de la station spatiale d’observation. Il y survit misérable en proie à ses frayeurs ou ses désirs profonds. Il est à peine un pantin dont les fils sont animés par l’esprit d’une planète.
  Mais Solaris, c’est surtout cette rencontre entre l’homme et un monde totalement étranger, le fameux « Contact » recherché par l’homme : l’intelligence existe-t-elle ailleurs dans l’univers et sous quelle forme ?
  Ce film prodigieux du grand réalisateur russe Andreï Tarkovsky, qui dut jouer avec les contenus idéologiques autorisés et l’influence de la Mosfilm décline toutes les dimensions de ce que veut dire « habiter » un monde ou « être dans le monde ». Dans le monde, à la limite du monde et hors du monde. La chute est surprenante et en même temps parfaitement logique.

  Le cinéma russe… Des films longs comme le Don ou la Volga, un roman de Tolstoï, la symphonie Pathétique de Tchaïkovski ; des films où le plan fixe prend tout son sens, sur un visage, sur un lac, dans l’attente hypnotique du souffle du vent qui fait légèrement bouger les plantes, les rides du visage ; des films dans lesquels des acteurs aux figures tristes s’épuisent à parler, des films où l’on passe du Bach, où l’on découvre dans un décor futuriste des tableaux de maîtres flamands patiemment inspectés, des icônes de la Sainte Russie… Une grande œuvre du Septième Art.

  A noter, pour voir ou pour lire: le remake de Solaris made in Hollywood, assez réussi, réalisé en 2002 par Steve Soderbergh avec Georges Clooney ainsi que le roman éponyme de l'écrivain polonais Stanislas Lem, à la source du film.



21/08/16



Forbidden Planet (1956)

USA, 1956 / 1h38’
Réalisateur : Fred M. Wilcox
Scénaristes : Cyril Hume, Irving Block
Acteurs principaux : Walter Pidgeon, Anne Francis, Leslie Nielsen



L’équipage d’un vaisseau d’exploration spatiale mène l’enquête sur une planète colonisée qui ne répond plus et y découvre deux survivants, ainsi qu’un secret mortel qui lie l’un d’entre eux à ce monde étrange.

  Conçu à l’époque de gloire des Palaces du cinéma avec des procédés comme on n’en fait plus, en Eastmancolor © et en Cinemascope ©, Forbidden Planet est à la science fiction ce que Les Dix Commandements (1956) furent au péplum ou How the West Was Won (La conquête de l’ouest) au Western en 1962 : du spectacle sur grand écran avec des couleurs unies, chaudes, contrastées, chaque scène filmée avec l’attention d’un maître pour sa toile. Forbidden Planet innove par ailleurs dans le domaine de la bande sonore, élément toujours plus important dans l’histoire du cinéma et en particulier très suggestif lorsqu’il s’agit de la science-fiction ; on a d’ailleurs du mal à imaginer les superproductions ou les films d’action de notre époque sans musique. Coupez le son à un film d’action. Que reste-t-il ? Une succession rapide, voire ultra-rapide d’effets visuels qui n’ont plus aucune profondeur – celle restituée par la « troisième dimension » sonore justement -- et voilà des effets qui tombent à plat si je puis dire.
  Avançons une thèse : Forbidden Planet est le classique par excellence de la SF intellectuelle au cinéma. Il m’apparaît en effet clairement que Forbidden Planet, annonçait un chef d’œuvre tel 2001 A Space Odyssey (1968) – il participait du même questionnement, des mêmes interrogations philosophiques qu’il était naturel de trouver dans un genre « divertissant » ou « populaire ». Quel est en effet le thème de Forbidden Planet ? L’Inconscient. Par le détour d’une rencontre avec les œuvres d’une intelligence infiniment supérieure à celle de l’homme (les Krells qui ont disparu), Morbius, le personnage principal du film, un savant reclus que l’on a comparé au Prospero de Shakespeare dans La Tempête, est livré à ses démons intérieurs alors qu’une équipe de sauvetage vient à sa rencontre.
  SF « intellectuelle » ou « spéculative » (speculative fiction et non pas science fiction), Forbidden Planet est vu avec soixante ans de recul comme une œuvre qui tend à l’abstraction de ce que le genre délivrait de meilleur à l’époque et qu’il me semble que nous avons peut-être perdu aujourd’hui au profit d’un remplissage violent de notre imaginaire.


20/08/2016



Independence Day: Resurgence (2016)

USA, 2016 / 2h
Réalisateur : Roland Emmerich
Scénaristes: Nicolas Wright, James A. Wood
Acteurs principaux : Liam Hemsworth, Jeff Goldblum, Bill Pulllman



1996 – 2016
  Vingt ans après l’invasion manquée de la Terre par des extraterrestres prédateurs, ceux-ci reviennent avec un vaisseau encore plus imposant. Leur but : aspirer le noyau en fusion de la planète, ce qui accessoirement anéantira toute vie sur Terre.
  La poignée de savants et de pilotes qui avaient sauvés la planète lors de l’Independence Day de 1996 pourront-ils faire de même pour l’Independence Day : Resurgence de 2016 ?
  Encore une fois, l’ingéniosité et l’esprit de sacrifice seront au rendez-vous pour éviter le désastre, in extremis. Encore une fois, celui qui avait été Président des USA en 1996, prononcera un discours mobilisateur sur l’unité du genre humain.
Ce qui a changé entre les deux épisodes, outre l’ampleur des destructions, concerne la technologie et ce que nous connaissons des aliens et de leur écologie.   Le monde humain s’est transformé, il s’est reconstruit grâce à la technologie récupérée sur les vaisseaux de la première invasion et semble en voie d’unification politique. Mais ce que nous apprenons avec l’épisode de la Résurgence est la véritable dimension de cette guerre qui concerne l’univers entier… Promesse de scénarios renouvelés pour une saga qui va sans doute évoluer aux frontières du space opera… Au passage on aura noté la ressemblance de ces aliens avec ceux imaginés par Giger pour une autre fameuse saga, celle des Aliens justement.
  Dans cette « histoire du futur » commencée il y a vingt ans, le texte est bien celui de la réaffirmation du mythe national américain de l’insurrection légitime contre la tyrannie, à la différence près que le mythe concerne toute l’humanité et que la tyrannie qu’il s’agit de combattre n’est plus celle de la Couronne d’Angleterre mais d’un ennemi voué à l’anéantissement de tout ce qui lui est étranger, la figure d’un Mal absolu. Le sous-texte qui apparait aussi dans ce deuxième épisode est celui du mythe de la Frontière qu’il s’agira peut-être de réactualiser en pourchassant l’Ennemi à travers l’univers.
  Tout comme son prédécesseur, cette suite se laisse regarder « en famille », c’est un bon film de divertissement de l’habituelle « propagande » hollywoodienne pour le Pentagone et le thème de la sécurité nationale (comme l’analyse très justement Jean-Michel Valentin dans son livre « Hollywood, le Pentagone et le Monde », Autrement, 2010). C’est aussi l’occasion d’exercer vos talents d’analyste géopolitique et de décryptage des informations (symboles, discours). On y voit par exemple une possibilité d’union heureuse des Etats-Unis et de la Chine… Mais s’il faut en croire l’auteur que j’ai cité, Hollywood est le reflet des guerres idéologiques qui se mènent à l’intérieur de l’establishment américain et des visions contradictoires sur la production de la stratégie.
  En voici donc une qui tente de nous faire passer le message d’une « histoire du futur » paradoxalement positive (en dépit de l’ampleur répétée des destructions subies à vingt ans d’intervalle), qui essaye peut-être de superposer au chaos très réel du monde de 2016 l’image d’un leadership américain sympathique.
D’ailleurs, le Président des USA dans Resurgence est une femme…


29/07/16



Lucy (2014)

USA, 2014, 1h29’
Réalisateur : Luc Besson
Scénariste : Luc Besson
Acteurs principaux : Scarlet Johansson, Morgan Freeman, Min-sik Choi



  Que se passe-t-il quand les virtualités du cerveau humain sont libérées jusqu’à leur plus haut potentiel ? Lucy (incarnée par la toujours pimpante et pulpeuse blonde Scarlett Johansson), suite à des circonstances fortuites, se retrouve dans cette situation et demande l’aide d’un scientifique, le Professeur Norman (incarné par un Morgan Freeman palot et à bout de souffle), qui enseigne une théorie sur la libération progressive du potentiel cérébral avec componction à un auditoire mixte d’étudiants et d’hommes d’affaires. Ils vont se rencontrer et le pauvre Norman ne pourra pas faire grand-chose pour sauver Lucy. 

  Luc Besson est un cinéaste atypique dans le monde des réalisateurs français du fait de son intérêt ancien pour la science-fiction. Son premier opus mémorable n’était-il pas ce film d’art et d’essai, tourné en noir et blanc, d’un monde post-apocalyptique rendu muet, Le Dernier Combat (1983) qui l’avait d’emblée placé très haut dans l’estime des cinéphiles ? Depuis, il a tourné beaucoup de films à gros budgets, avec parfois de bonnes idées, souvent des échecs commerciaux, pour ne pas dire de grands ratages. Pour le public il restera avant tout le réalisateur du Grand Bleu (1988), auquel je pourrais ajouter Nikita (1990), mon préféré. Qui se souvient encore de Subway (1985) avec une Isabelle Adjani néo-punk, ou du Cinquième élément, une de ses dernières œuvres de science-fiction (1997) qui n’avait pas convaincu en dépit de quelques belles trouvailles poétiques ?
  Je n’ai pas le sentiment que Lucy va marquer la critique, je crois qu’il y aura beaucoup de spectateurs sceptiques ou déçus même si le film semble cartonner  au moment de sa sortie.
  Ce qui m’a surtout intéressé, par-delà le contenu agréable à regarder et les références cinématographiques nombreuses, c’est le « discours » du film, la culture ou l’idéologie très particulière qui le traverse de la première à la dernière image.
  Luc Besson a en effet truffé son film de citations, parfois littérales, à d’autres films ou à des œuvres de bande dessinée. Je citerai en vrac, et plus ou moins dans l’ordre de leur apparition : 2001 Odyssée de l’espace (Stanley Kubrick, 1968), Powaqqatsi (Godfrey Reggio, 1988 immortalisé grâce à la musique de Philip Glass), Pulp Fiction (Quentin Tarantino, 1994), Mon oncle d’Amérique pour les séquences didactiques du film où j’aurais bien vu ce vieux Henri Laborit expliquer les dernières avancées en matière de neurosciences (Alain Resnais, 1980), Matrix (Wachowsky Brothers, 1999), Kill Bill, vol. I (Quentin Tarantino, 2003), L’Incal (série de bande dessinée avec Alessandro Jodorowsky au scénario et Moebius au dessin, entre 1981 et 1989), et encore 2001 Odyssée de l’espace. Il y en a certainement d’autres qui m’ont échappées. Le mélange de références à des sous-genres du cinéma populaire ou de l’univers des super-héros (super-héroïne), dans un récit bien rythmé avec quelques morceaux de bravoure, procure cette sensation agréable de déjà vu, d’un film qui ne se prend pas au sérieux et qui ne prétend à rien d’autre que le divertissement réussi, et les « idées » viennent de surcroit.

  La croyance que nous utilisons notre cerveau bien au-dessous de son potentiel, pour environ dix pour cent de ses capacités, n’est pas une vérité scientifique (1) ; c’est un de ces thèmes récurrents de la culture New Age que d’aucuns font remonter au début du vingtième siècle dans une plaquette du philosophe et psychologue américain William James (2), il s’agit d’une « idée reçue », d’un « cliché », d’un « mème » qui contamine le ciel des idées, dont Lucy va encore propulser quelques filaments dans l’infosphère. C’est le postulat du film de Besson, auquel ce dernier n’adhère  pas (3), du moins sans nuance; et pour ne pas réaliser un film « à message », Besson a joué des codes visuels et du montage serré du film d’action ; son propos en est allégé, mais ce qui nous est raconté n’en demeure pas moins cette montée ultra-rapide (en 24 heures) de la médiocrité au génie absolu et à la démiurgie, d’une jeune femme, victime d’une nouvelle drogue synthétisée en Asie (ah, le « péril jaune » fait toujours recette), et qui ne peut se conclure lorsque la barrière des 100% d’utilisation de la capacité du cerveau humain est touchée, que par la disparition énigmatique de la protagoniste.

  Besson aurait pu faire de Lucy un film tragique, dans le fil de ce petit chef d’œuvre intimiste qu’est le roman Des fleurs pour Algernon (Daniel Keyes, 1966), où un idiot se transforme brièvement en génie après avoir été opéré du cerveau, avant de replonger dans son état initial; il a choisi la veine du film métaphysique, tendance « pop » - outre les citations très explicites, 2001 Odyssée de l’espace en constitue la trame fondamentale qui est celle d’un passage de l’infra humain au post humain, car son discours se situe quelque part dans le nuage des théories fumeuses popularisées par Ray Kurtzweil, directeur de la R&D chez Google sur le futurisme, le transhumanisme, la Singularité : Besson, me semble-t-il, réalise avec Lucy une interprétation particulière, voire déviante, de l’idée de la Singularité, concept du développement d’une intelligence artificielle résultant de l’augmentation exponentielle des capacités des ordinateurs, et d’un progrès consécutif auquel l’humain ne comprendra plus rien. Cette idée avait été avancée par l’écrivain de science-fiction américain Vernor Vinge (4), par analogie avec la limitation de notre intelligence à comprendre la physique de la « singularité gravitationnelle » des trous noirs. En quoi Besson propose-t-il une lecture originale de la « Singularité » ? Du fait que l’émergence de cette Intelligence Supérieure résultera de l’injection d’une intelligence humaine, surmultipliée, explosive à l’image du Big Bang cosmique sur lequel nous entraine une des dernières séquences du film, dans les réseaux d’ordinateurs et de l’électronique, disparaissant au profit d’un possible avatar virtuel qui contaminera à jamais le monde. C’est de la fusion du cerveau humain et de l’ordinateur que résultera peut-être ce changement radical, ce basculement dans la Singularité que le Professeur Norman explique au début du film, lorsqu’à la question d’un étudiant il répond que le temps n’est plus celui de l’Evolution mais de la Révolution.

  La clé philosophique du film est dans ce passage où Lucy qui s’approche de la barrière des 100% d’utilisation totale de son cerveau (elle a auparavant cette jolie expression « je suis en train de coloniser mon cerveau », dit-elle à un Norman ahuri), explique à un groupe de savants réunis à Paris autour de Norman, que « l’homme n’est pas la mesure des choses » (voilà qui a l’avantage de la clarté, nous ne sommes plus dans la « sagesse philosophique » et la « poursuite du Bonheur » chère à Socrate), mais que le Temps est la mesure de toutes choses (on croirait entendre Héraclite). A partir de là, il n’y a plus de limite possible à la manipulation de la matière, des énergies, du temps lui-même, pour une Intelligence qui s’est pleinement immergée dans le Flux créateur.
  Fort bien. Voilà donc le but ultime assigné à l’intelligence humaine : Dieu. Pourtant, d’aucuns ne pourront s’empêcher de regretter que Besson ne raconte pas un film différent avec ce postulat.
  A aucun moment l’hypothèse n’est envisagée que l’accroissement spectaculaire de nos capacités cérébrales puisse servir à nous rendre meilleurs, plus justes, plus attentionnés au malheur de nos semblables. A quoi sert ce progrès infini vers toujours plus de connaissances et d’intelligence si l’homme est toujours dominé par ses passions, la soif du gain et du pouvoir, si la bonté, la sagesse, la paix entre les hommes et une planète en bon état ne sont pas les résultats miraculeux auxquels nous pourrions nous attendre pour juste récompense d’un don aussi absolu ? C’est que « la connaissance mène au chaos » dit paradoxalement le professeur lorsqu’il se rend compte du caractère effrayant de la puissance illimitée sur la matière du cerveau de Lucy, à quoi celle-ci répond que c’est l’ignorance qui mène au chaos. Lucy aurait pu incarner dans un autre film une figure de « Christ-femme » ; Besson a choisi de l’incarner au final dans une clé USB (rappel du monolithe noir de « 2001 ») ; comme les transhumanistes et les entrepreneurs naïfs de la Sillicon Valley il partage, dans le fond et contrairement à la vision édénique d’un futur paradis sur Terre grâce aux progrès des technosciences, une vision résolument pessimiste de l’homme, incapable de dépasser de lui-même le stade de son animalité, de ses instincts grossiers, de son besoin de domination.
  Car s’il est bien une dimension évacuée dans « Lucy », c’est celle de la conscience morale.

  L’idéologie du « nuage transhumaniste » ou de la « Singularité Pop » des industriels californiens et de l’élite économique globalisée dont Besson est plus ou moins consciemment le porte-parole dans Lucy , n’est qu’un vulgaire succédané de la Philosophie des Lumières, de l’Utilitarisme et du Scientisme, une croyance (quasi religieuse) dans les pouvoirs de la Raison, dégénérée dans l’ultra-libéralisme des rapports humains ensauvagés. Sade contre Kant et toute l’histoire du Libéralisme est dite. Hors de la Machine, point de Salut !
  Il n’est pas jusqu’à la cause contingente de cette émergence qui ne doive à-contrario valider la croyance que les êtres humains sont fondamentalement mauvais, car après tout « Lucy » est juste une pauvre camée qui s’est trouvée par hasard au mauvais moment, au mauvais endroit.  Rien dans l’intention des cyniques pourvoyeurs chinois (taïwanais) de la drogue, ne pouvait faire penser à ce qui allait suivre, rien, si ce n’est le petit grain de sable du récit. Le message moral de « Lucy » en est d’autant plus déprimant, la Singularité n’adviendra pas sous l’effet d’une nécessité, d’un plan. Les sciences du vivant avancent par tâtonnements, l’histoire de notre cerveau est celle d’un développement contingent, d’un bricolage.
  Mais la croyance dans notre pouvoir illimité est bien réelle, il suffit de tourner les pages des magazines pour s’en convaincre : avec un peu de drogue, d’implants bioniques, de réalité augmentée ou de coaching, tout le monde peut y arriver.
  Lucy est partout.

Notes


14/08/2014

Addendum du 23/08/2016
  Je ne change rien à ce que j’écrivais quelques jours après la vision du film. J’ajouterai juste ceci : nous vivons une époque qui saturant la réalité d’images a mis fin à l’imagination.



Man of Steel (2013)

USA, 2013, 2h23’
Réalisateur : Zack Snyder
Scénariste : David S. Goyer
Acteurs principaux : Henry Cavill, Amy Adams, Michale Shannon




  Hollywood et l'art de la guerre...

  Le cinéma, comme discours, entretient des rapports étroits, performatifs, avec la propagande politique depuis ses débuts : Sergueï Eisenstein et ses chefs d'œuvre à la gloire de l'Union Soviétique des années vingt (Cuirassé Potemkine etc..), Leni Riefenstahl et ses odes au culte du chef ou des héros dans l'Allemagne nazie des années trente, etc...

  Quel est le rôle joué par Hollywood aujourd'hui dans les conflits idéologiques en cours aux Etats-Unis? Le moins que l'on puisse dire est que l'industrie phare du cinéma est devenue un enjeu des « culture wars » qui déchirent les élites politiques et médiatiques américaines.
J’évoquais récemment World War Z qui clairement, inspire un certain dégoût moral (mais le film est plutôt drôle), car qu'est-ce sinon une préparation à un futur génocide global pour réduire le nombre des humains sur cette planète? 


  Aujourd'hui, après avoir vu Man of Steel, le diagnostic est, qu'en effet, il semble bien y avoir deux camps, d'un côté les globalistes, transhumains, technocrates, prêts à sacrifier les trois quarts de l'humanité s'il le faut (World War Z); de l'autre, les rednecks libertariens, qui pensent que le salut ne viendra que des communautés rurales, de la liberté de choix des individus, et d'une croyance dans un Sauveur surhumain (Christ ou Superman).

  Après un début au visuel baroque intéressant de science-fiction pure sur la planète Krypton, et quelques scènes d'enfance du héros au Kansas, Man of Steel fatigue rapidement par une surenchère inutile et assommante de scènes de bagarres et de violences (dont New-York une fois de plus détruite - il faudrait faire une analyse distincte du traumatisme 9/11 qui n'en finit pas de se rejouer), mais quelques messages clés parviennent à passer (anti-eugénisme, méfiance de l'Etat, homme providentiel, sauveur de l'humanité, à la fois humain et divin).
Ce qui je dis ici n'a rien d'original, ces idées circulent, ce sont des « mèmes » dans l'air du temps qui passent des cerveaux aux productions culturelles et vice-versa, il faut juste être un peu attentif aux symboles et avoir l'envie de décoder les messages.
  Man of Steel laisse une impression moins forte que World War Z, mais sans doute avec un message plus positif.
 
  Alors que va-t-on faire pour résister aux zombies qui vont débarquer, résultat voulu par les multinationales et l'ONU: s'armer? Faire provisions de nourriture pour six mois? Attendre le Sauveur?

  S'éduquer en allant voir des films hollywoodiens !


07/07/2013



World War Z (2013)

USA, 2013, 1h56’
Réalisateur : Marc Forster
Scénaristes : Matthew Michael Carnahan, Drew Goddard
Acteurs principaux : Brad Pitt, Mireille Enos, Daniela Kertesz




On a bien rigolé !
  Mes anticipations d'un film hyper-angoissant ne se sont pas vérifiées. Le trailer et la musique d'intro donnent une ambiance plus sombre que le scénario qui se déploie selon des standards très hollywoodiens.
  Mais l'histoire est décevante, il y a beaucoup de trous, de raccourcis, ce n’est pas très hard SF, ni speculative fiction pour une peau de zombie ou de zek : il y a juste l'hypothèse d’un virus, d’une épidémie globale, avec le rappel de la grippe espagnole de 1918-1920 où 3% de la population mondiale fut erased ; c'est mince comme cadre conceptuel. Il y a eu mieux, beaucoup mieux là-dessus (L’armée des douze singes par exemple).
  Ni horreur, ni fantastique, ni science-fiction, ni même vraiment thriller, mais un mélange de tout cela avec pas mal d'humour heureusement, une « histoire du dimanche à regarder en famille avec les enfants » - oui, presque, World War Z est alors le film qui prouve que certains thèmes cinématographiques s'essoufflent et qu'il est temps de passer à autre chose.
  Mais de quoi le Z est-il la métaphore qui semble susciter encore des investissements productifs au cinéma? Avec WWZ on est dans la superproduction du film Z série B classique (Romero & Co). Qui est le Z?
  Nous tous. La masse. Les moutons. L'homme des foules, ou plutôt le consommateur mimétique, car c'est le trait remarquable des Z., le mode d'infection ultra-rapide – normal me direz-vous, à l'ère d'internet et du mobile l'info se propage à la vitesse d'un feu et avec elle la maladie. Il y a chez le zombie une passion du désir mimétique et une obsession de la conversion forcenée de tous les humains au nouveau modèle, à la nouvelle réalité. Dans une ville complètement zombifiée, la paix revient, la léthargie, la stase des individus coupés les uns des autres : trait remarquable, il n'y a pas de communication entre zombies, dès que l'appel de la chair fraiche est passé, ils tombent tous dans un état de solitude extrême, et pour tout dire, de cauchemar.
  Nous serions tous des expandables, individus anomiques des masses, isolés dans la foule, Z. bons à trucider.
  C'est peut-être le prix à payer pour passer au transhumain. Hollywood nous y prépare aussi.
  De World War Z restent quelques ambiances fortes, la panique du début dans les rues de Philadelphie, et cette accrétion insectoïde de zombies à l'assaut du mur qui protège Jérusalem...
  My God! Cela aurait put devenir intéressant, mais ce n'était qu'une étape dans le voyage de Gerry Lane (Brad Pitt) à la recherche du sérum (comme il se doit).


06/07/2013



Oblivion (2013)

USA, 2013, 2h4’
Réalisateur : Joseph Kosinski
Scénaristes : Karl Gajdusek, Michael Arndt
Acteurs principaux : Tom Cruise, Morgan Freeman, Olga Kurylenko



  Enfin, un film de science-fiction qui tient le haut du pavé.
Dans une des scènes les plus poignantes du film, Jack (Tom Cruise) et Julia (Olga Kurylenko) se souviennent d'un moment semblable vécu dans un passé indéterminé, au même endroit, le sommet de l'Empire State Building, avant que New York (et la Terre for what we know) soit ravagée par une guerre mystérieuse et détruite.
  Ils se souviennent de qui ils sont. La prise de conscience de leur fragilité sauve ce qui reste d'humain dans le monde désespéré où ils survivent.
  Oblivion est une métaphore de l'oubli, comme perte ou abolition de l'humanité dans un monde dominé par une inquiétante entité dévoratrice d'énergie où les drones font la loi et dans lequel les clones ont remplacé les hommes.
  J'ai eu du mal à rentrer dans le film au début, on se demande ce qui se passe, puis cela décolle avec l'entrée en scène de Julia. Un film à voir, de la « dark SF », tous les ingrédients d'une réussite du genre : actions, visuels époustouflants, scénario post-apocalyptique, émotion, grandes envolées lyriques.


15/04/2013



Cloud Atlas (2012)

USA, 2012, 2h52’
Réalisateur : Tom Tykwer, Lana Wachowski
Scénaristes : David Mitchell, Lana Wachowski
Acteurs principaux : Tom Hanks, Halle Berry, Hugh Grant



An exploration of how the actions of individual lives impact one another in the past, present and future, as one soul is shaped from a killer into a hero, and an act of kindness ripples across centuries to inspire a revolution.

  Jugement très mitigé.
  Cloud Atlas est un pot-pourri de la SF au cinéma, qui joue (mal) la carte d'une narration éclatée, en réseau, avec des récits interconnectés par un fil conducteur très ténu et des personnages récurrents qui frisent parfois le ridicule. Quelques personnages sympathiques sortent du lot et sauvent le film de l'ennui profond, quelques rôles féminins; j'ai toujours du plaisir à regarder Halle Berry, et on notera le jeu en finesse de la jeune actrice coréenne Doona Bae dans le rôle du clone Sonmi-351. Du côté des citations explicites à d'autres films du genre, J'ai noté (en vrac, je suis certain qu'il y en plein d'autres): Soylent Greeen, Blade Runner, Minority Report, Matrix, avec pour épicer, un brin de fantasy post-apocalyptique et de récit d'aventure maritime où l'on pourrait penser à une variation sur le voyage du Beagle où un Darwin jeune perce les secrets de la sélection naturelle.
  Mais où sont passées les leçons des grands scénaristes hollywoodiens sur la construction des récits? Cela me donne l'impression d'un producteur en perte de vitesse qui racle les fonds de tiroir des idées reçues du genre et les réutilise n'importe comment sous prétexte que tout est bon.
Est-ce un symptôme du stade (pré)terminal dans lequel « l'usine à rêves » est tombée?
En bref, ce film ne fonctionne pas. Un scénario compliqué à souhait et pas maîtrisé, n'est pas la même chose qu'un scénario complexe et clair dans sa structure, songez à Inception par exemple, qui reste de loin un chef d'œuvre dans la production de la science-fiction au cinéma de ces dernières années.


07/04/2013



Melancholia (2011)

Danemark, 2011, 2h10’
Réalisateur : Lars von Trier
Scénariste : Lars von Trier
Acteurs principaux : Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg, Kiefer Sutherland



Two sisters find their already strained relationship challenged as a mysterious new planet threatens to collide with Earth.

I am Air
I am Ether
I am Uranian
Flow my blood flow my skin flow my heart
Oh desires forgotten
Never fulfilled
Abandoned
Go out of me
Nothing but a whim
Of my loneliness
Oh why did I see you today?
You touched me and see now
You touched me with your whip
Your lashes
And my entire blonde wisps
Float freely
In the Air
Up to the Ether
Far away to where I belong
Where I will return
Float freely
Happily
Split in two
The other half
I leave it to you
Air to Air


23/02/2013

Addendum du 23/08/2016
  Melancholia de Lars von Trier n’est pas à voir en état dépressif, comme l’ensemble des films du doué (et peut-être quelque peu dément) réalisateur danois. La « science fiction » du film tient à son objet cataclysmique, mais rien n’est plus beau que cette séquence finale dans laquelle la Terre et la planète Melancholia se confondent au son du Tristan de Wagner. Que dire, sinon qu’il s’agit d’écouter ce film et d’être à l’écoute de vous-même.



The Andromeda Strain (1971)

USA, 1971, 2h11’
Réalisateur : Robert Wise
Scénaristes : Michael Crichton, Nelson Gidding
Acteurs principaux : James Olson, Arthur Hill, David Wayne



Un groupe de scientifiques mène une course contre la montre sur un virus mortel venu de l’espace - avant qu’il ne s’échappe.

"There is a 'fire alarm', Sir!
- Yes, we need to go. Ring the bells. This is a total emergency crisis
- Sir, you must give order...
- Call the President in Situation Room.
- Sir, I insist, you need...

- Call Wildfire basis, Nevada! Prepare for the nukes.
- Yes Sir!"

"Sir!
- Yes... keep calm! Don’t see I'm busy?
- The Phantom has crashed 100 miles away from the contaminated zone!
- We've isolated the microorganism.
- Oh Sir, it's keeping growing! Look there!
- Gosh! We're doomed. Prepare the nukes"

"Sir! Emergency procedure. The joints are contaminated.
- Damned. 5 minutes before self-destruction. You've to stop that. The nuclear explosion will fuel the expansion of the Andromeda Strain!
- Energy to mass. My goodness!
- Keep going, put the key to the hole... put the key to the hole..."

"Sir!
- I know, it's too late. It' all around, it's in the air.
- No Sir, the Andromeda strain has mutated. It is harmless.
- This virus is a crystal life form. What will happen to us now?
- Look, my skin is becoming brighter. And yourself. You shine like a million suns!
- We're doomed.

- No, we're becoming angels."


22/02/2013

Addendum du 23/08/2016
  Excellent film ! Méconnu. Adaptation d’un bon roman paru dans ma jeunesse chez Marabout coll. SF «  La variété Andromède » de Michael Crichton.








Gattaca (1997)

USA, 1997, 1h46’
Réalisateur : Andrew Nicol
Scénariste : Andrew Nicol
Acteurs principaux : Ethan Hawke, Uma Thurman, Jude Law



A genetically inferior man assumes the identity of a superior one in order to pursue his lifelong dream of space travel.

  Film a l’esthétique froide, à la fois futuriste et rétro (années 50), Gattaca met en scène des acteurs très beaux physiquement (ils évoluent dans un monde de « parfaits » génétiquement sélectionnés) qui n’ont plus que la mort à vaincre et pour cette raison sans doute s’ennuient à mourir. Même la conquête spatiale et la perspective d’une mission vers Saturne et ses anneaux ne soulève-t-elle pas plus d’inspiration et de puissance qu’un job de fonctionnaire pour les membres de cette Elite. Sauf pour qui y rêve vraiment aux fusées, à Saturne, à l’espace profond.
  Il y a un grain de sable quelque part. Et avec l’imperfection (re)vient la passion.
  Gattaca offre une belle leçon sur la volonté. Je peux me projeter dans ce désir fou et y arriver, je peux vaincre mes limites, je peux me libérer de cette torsion du Moi sur lui-même piégé par le simulacre de sa perfection.

  Inspiré par le Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley (Brave New World, 1931)

There is no gene for the human spirit.


22/01/2013



La Jetée (1962)

France, 1962 / 28’ (N&B)
Réalisateur : Chris Marker
Scénariste : Chris Marker
Acteurs principaux: Etienne Becker, Jean Négroni, Hélène Chatelain



Time travel, still images, a past, present and future and the aftermath of World War III. The tale of a man, a slave, sent back and forth, in and out of time, to find a solution to the world's fate. To replenish its decreasing stocks of food, medicine and energies, and in doing so, resulting in a perpetual memory of a lone female, life, death and past events that are recreated on an airports jetée.

Chris Marker In Memoriam (29 juillet 1921 - 29 juillet 2012)

le 11 mars dernier j’évoquais la disparition d’un maître moebius ce soir hélas il s’agit de parler de chris marker maître de la mémoire imparfaite témoin engagé du siècle cinéaste influent et discret les amateurs éclairés le connaissent depuis 1962 la jetée roman photo filmé voyage dans le temps amour plus fort que la mort beaucoup d’autres films aussi et des textes et de la vidéo et du multimédia un artiste complet non pas de filmographie savante ce soir je choisis parti pris pas de ponctuation la pellicule se déroule le montage est fait dans le cerveau du lecteur liberté d’interpréter le flux une image qui obsède un profil de jeune femme le voyageur dédoublé le cinéma comme incarnation des corps de mémoire exemple de passerelle jetée entre vertigo et la jetée hitchock marker kim novak et la belle inconnue un autre film majeur aussi sans soleil 1982 documentaire ou oeuvre de fiction allez savoir il faut regarder tenter de comprendre s’immerger dans le fleuve en renaître esprit avec chris marker auteur d’images animées ce que nous regardons c’est notre processus d’oubli à mesure à l’oeuvre j’ai un jour pensé l’alzheimer cela ressemble à un film de chris marker j’ai voulu écrire une nouvelle sur l’angoisse de cette maladie en évoquant l’atmosphère du japon du cap vert de paris les mots de sandor krasna double de marker ses lettres lues par florence delay mais n’y suis pas arrivé ses films m’inquiètent et en même temps voir les quelques secondes d’introduction à sans soleil c’est entrer en grâce à la fin du voyage tout ce qui reste ce sont quelques images d’une pellicule tremblotante je cite l’incipit du film roman  La première image dont il m’a parlé, c’est celle de trois enfants sur une route, en Islande, en 1965. II me disait que c’était pour lui l’image du bonheur, et aussi qu’il avait essayé plusieurs fois de l’associer à d’autres images - mais ça n’avait jamais marché. II m’écrivait : «... il faudra que je la mette un jour toute seule au début d’un film, avec une longue amorce noire. Si on n’a pas vu le bonheur dans l’image, au moins on verra le noir.» si on n’a pas vu le bonheur dans l’image au moins on verra le noir à la fin de notre voyage sur la terre c’est peut-être le choix entre paradis ou enfer qui se pose chris marker avait compris il a rejoint la terre des immémoriaux en compagnie des chats qu’il aimait tant de quelques livres de quelques images peut-être ces enfants sur une route en islande peut-être le profil d’une jeune femme


30/07/12

Addendum du 23/08/2016
  Je ne change rien à ce que j’écrivais pour rendre hommage à ce grand poète des images que fut Chris Marker. La Jetée est à voir et à revoir… en boucle. Soyez attentifs à la seule incrustation de film pendant une seconde au cœur du « roman photo ». La Jetée est évidemment un (petit) chef d’œuvre (court métrage). Je rappelle encore que Terry Gilliam en a fait une adaptation en 1995 dans Twelve Monkeys. Aucun rapport stylistique avec La Jetée mais un excellent développement scénaristique et sans doute un des meilleurs films de SF dans un double registre : celui des apocalypses bactériologiques et des paradoxes temporels.


Sources & inspirations

·      Clute, John & Nichols, Peter : The Encyclopedia of Science Fiction, St Martin’s Griffin, New York, 1995
·      Lambert, Arnaud : Also known as Chris Marker, Le Point du Jour, 2008
·      Merleau-Ponty, Maurice : Le visible et l’invisible, Gallimard coll. Tel, Paris, 1964, 1979
·      Valantin, Jean-Michel : Hollywood, le Pentagone et le monde : les trois acteurs de la stratégie mondiale, Autrement, coll. Frontières, Paris, 2010






[1] Clin d’œil nostalgique à l’émission pour cinéphiles présentée par Eddy Mitchell sur France 3 entre 1982 et 1998 et qui constitua une bonne part de mon éducation au cinéma américain.

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