Sunday, 15 January 2017

De Clichy à Laeken

  J’ai suivi pendant sept ans plusieurs formations orientées en gestion ou en technologies auprès du groupe international Learning Tree. Cette compagnie fondée en 1974 aux Etats-Unis, à l’origine sous le nom Integrated Computer Systems, basée à Herndon en Virginie, essaima très vite en Amérique du Nord et en Europe, ouvrant notamment une branche à Paris et une autre à Londres, proposant une gamme de plus en plus complète de formations et de certifications professionnelles dans tous les domaines du « management » des systèmes d’information ou des technologies (développement logiciel, administration système, réseaux, sécurité, Web et autres).
  Entre septembre 2008 et juin 2009, je me suis rendu au centre de formation français installé à Clichy, une ville à la périphérie de Paris, pour y suivre un cycle de cinq stages en administration du SGBDR ORACLE (Système de Gestion de Bases de Données Relationnelles de la firme ORACLE).

  J’ignorais à l’époque que le fondateur d’Oracle Corporation, l’homme d’affaires Larry Ellison, investissait des millions de $US dans la recherche médicale destinée à contrer les effets du vieillissement[1], qu’il était déjà devenu une des figures de proue du transhumanisme avec Larry Page, le fondateur de Google, ou Elon Musk, le fondateur de SpaceX et Tesla Motors, ou encore avec Ray Kurzweil, un inventeur rendu célèbre avec son livre The Singularity is Near[2] (2005), par ailleurs responsable de la R&D chez Google.
  Ce « mouvement » transhumaniste qui se présente sous couvert de science n’est, je crois, qu’une idéologie politique masquée, potentiellement très dangereuse, dont l’ambition pourrait se résumer à ce slogan : « mort à la mort ! ». Malheureusement, il apparaîtrait bien vite dans une version dystopique de cet avenir radieux, que l’immortalité tant désirée ne pourrait être promise qu’au bénéfice de la fraction la plus riche de la population et que le reste de l’humanité, non pas « augmentée » mais « dépassée » par – à terme – une nouvelle branche du genre homo sapiens, serait purement et simplement abandonnée à elle-même, mise au rebut, voire éliminée pour sauver la planète. Je dis bien « éliminée », comme l’ont été probablement d’autres branches du genre humain qui ont précédées homo sapiens dans l’évolution de l’espèce[3]. Les futurs transhumains ou posthumains réactualiseraient cette tendance lourde génocidaire qui est le miroir diabolique dans lequel l’Occident a du mal à se regarder[4]. Voilà dit d’une manière brutale et frontale le risque que je vois se dessiner derrière cette « révolution » technoscientifique, risque extrême, risque improbable ou pas je l’ignore, (mais qui dispose d’une boule de cristal ?) : que le transhumanisme pourrait bien accoucher d’une nouvelle idéologie exterminatrice et devenir le nazisme du XXIème siècle. Les « fondamentaux » idéologiques de ce nazisme du futur sont les mêmes que ceux qui prédisposèrent au nazisme du XXème siècle, une théorie de l’évolution des civilisations, la biologie et l’anthropologie au service d’une croyance dans l’inégalité des races humaines, le mépris de la culture et le goût de la violence comme solution pour résoudre des problèmes, imaginaires ou non. A partir du moment où certains de nos contemporains ou de nos descendants commenceront à penser que le Peuple est d’une « espèce » différente de celle d’une supposée « élite » à laquelle ils appartiennent, différence non seulement sociale, ce qui est déjà le cas mais redoublée d’une différence « d’essence », de « nature », biologique ou génétique, la porte sera ouverte à un nouvel eugénisme, prélude à une Vernichtung [5]de masse.

  Le mot de transhumanisme, sinon le concept, était d’une diffusion relativement discrète au tournant du millénaire,[6] mais je suis certain que si l’on m’avait demandé à l’époque ce que j’en pensais, j’aurais trouvé très excitante, très « accélératrice », l’idée d’augmenter le potentiel humain et de prolonger indéfiniment l’existence limitée par la fatalité du vieillissement. J’aurais éprouvé le même type de frémissement à imaginer ces perspectives mobilisées par la volonté de puissance, que celui ressenti à la lecture d’un bon récit de hard SF vous mettant les neurones sous speed, vous procurant l’illusion de « comprendre » plein de choses, d’être en avance sur votre époque. J’aurais été prêt à m’embarquer pour arriver premier au pays des chimères. Mais c’était il y a plus de quinze ans et je ne pense plus de la même manière aujourd’hui. Quand est-ce que ma « vision du monde » a-t-elle commencé à changer ? Si je devais la dater, je dirais : en septembre 2008, ce qui me ramène à Clichy.

  Le lien que je fais avec la science-fiction n’est pas fortuit. N’ayant que des connaissances très générales ou datées dans certains domaines[7], il m’est difficile à faire la part des choses entre recherche scientifique ou pure science-fiction lorsqu’il est question de bio-ingénierie, de nanotechnologies, de neurosciences ou d’intelligence artificielle, pour citer quelques-uns des principaux domaines couverts assez lâchement par le vocable de transhumanisme. Les propositions, les anticipations plus ou moins rationnelles de la science, comme de la fiction, à propos de l’immortalité me semblent passées par le même traitement de texte, être la copie légèrement décalée les unes des autres, sans que je puisse dire quoi de la science ou de la science-fiction précède ou suit l’autre. A telle enseigne que les récits de hard SF du talentueux écrivain australien Greg Egan dont j’étais très friand, souffrent aujourd’hui d’un syndrome de vieillissement précoce, la « réalité » ayant rattrapé et dépassé la fiction dans un certain nombre de cas.
  Justement : la question de la reconnaissance d’un fait scientifique ou d’un fait d’imagination est de nos jours singulièrement mise à l’épreuve, cause ou conséquence d’une grande confusion des esprits. Le « nouveau paradigme » de la « post-vérité », qui a éclaté au grand jour dans les médias suite à l’élection du dernier Président des USA, est le révélateur d’un mal profond qui a contaminé les sciences dures avant de faire irruption dans le champ social et politique.
  La fameuse troisième loi d’Arthur C. Clarke[8] : « toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie », s’applique d’abord au domaine des sciences et des technologies dont les acteurs sont bien obligés d’accepter comme une croyance non-réfutable ou non-vérifiable personnellement, un immense ensemble d’acquis afin de garder une crédibilité dans des domaines de recherche de plus en plus resserrés. Pour prendre un exemple parmi des milliers : qu’est-ce que je sais des quasars ou des trous noirs ? Pour moi cela ressemble à de la poésie ou à des mythes. Je n’ai aucun moyen de vérification. Ce qui m’appartient en propre, dans mon champ d’expérience est incroyablement réduit, limité par rapport à la masse des connaissances. Tout le reste doit être accepté, ou réfuté en bloc, si je me persuade d’être le jouet de la conspiration d’un malin génie, opérant en cela avec le doute méthodique de Descartes dans ses Méditations métaphysiques,[9] qui consiste à réduire le monde entier à un seul point de certitude, le Sujet, le Cogito. Si j’accepte le monde et son peuplement par une multitude d’artefacts résultant de l’ingéniosité humaine accumulée depuis les origines, le corolaire en est l’impossibilité de la vérification et par conséquent la confiance que je suis obligé d’accorder à d’autres que moi qui savent de quoi ils parlent et qui peuvent m’expliquer comment les choses fonctionnent. C’est dans ce sens-là que je peux accepter comme métaphore du monde, la « magie » et l’idée qu’entre un « fait » et l’image d’un fait dans l’imagination, il y a toute la gradation des interprétations et des expertises. Si je dis par contre qu’un « mal profond a contaminé les sciences dures », je prétends que ce dédoublement normal de la compréhension du réel, entre analyse scientifique, ou phénoménologique (limitée) et imagination (illimitée), est confondu en une seule vision, celle du scientisme ou de la religion du Progrès, dans une affirmation de volonté de puissance. C’est le même phénomène qui éclate aux yeux de tous à présent dans la société, les médias et la politique.

  D’où procède le succès de cette Vision du Monde qu’un futur historien des idées pourra un jour pleinement décrire ? En partie du principe d’autorité et d’exemple à suivre que des leaders « inspirants » nous proposent, du modèle que l’autorité, par exemple politique, offre à l’imitation, ou de tous les modèles de comportement basés sur la violence symbolique qui inondent l’espace médiatique. Un exemple ? Cela fait partie des platitudes servies en permanence dans la novlangue du management, relayée par le coachisme, on demande aux « leaders », dans les entreprises, en politique, partout, « d’inspirer » les autres (leurs employés, subalternes, auditeurs, étudiants, membres du parti…), de servir d’exemples à suivre. C’est une illustration parfaite de la culture narcissique, de la gonflette des egos comme résultat du développement personnel. « Toi aussi, deviens plus grand que toi-même, deviens un chef ». Mais ces « experts » se sont-ils déjà demandés si le « leader naturel » n’est pas celui qui aide le groupe à réaliser quelque chose, en commun et que la qualité d’un « leader naturel » est inversement proportionnelle à sa prétention à la domination ? A moins que l’idéal dans cette vision de la société consiste à transformer chacun d’entre nous en un exemple « inspirant » ? Tous leaders ! C’est de fait la conception du lien social fondée sur l’ultra-libéralisme : chaque individu mène sa barque selon son intérêt égoïste bien compris. La société est juste l’ensemble des atomes individuels. Il n’y a plus d’espace commun. A terme, le sens de la vie sociale disparaît. Bienvenue dans le monde de l’anomie et du burnout, corrélats logiques de la disparition du lien social. Il suffirait donc aujourd’hui qu’une autorité – mais attention, une autorité suffisamment investie d’une puissante charge libidinale (conséquence de son caractère « inspirant »), prétende que si la Lune était en fromage blanc, on pourrait la manger, pour que des curieux ou des fanatiques inspirés se disent qu’il y a quelque chose de vrai là-dedans. Dieu merci, je n’imagine pas une seconde que le Premier Ministre de mon pays puisse nous faire croire à de telles sornettes ; par contre, j’imagine que d’autres leaders mondiaux puissent un jour avancer ce genre de sottises et être pris au sérieux. Mais notre Premier Ministre ? Non, vraiment pas lui… c’est la charge libidinale qui n’est sans doute pas assez puissante dans son cas.

  On est loin. Mais aujourd’hui, nous sommes en 2017 et j’ai débuté ce texte en vous parlant d’une époque lointaine où le monde me semblait très différent, où les choses étaient encore bien séparées, entre vérité et mensonge, entre réalité et fiction, entre l’amour du chef pour le peuple et le peuple en amour devant son chef. Que s’est-il passé au cours des dix dernières années ? Une accélération. Que va-t-il se passer au cours des dix prochaines années ? Une accélération. En l’an 2027, je pourrais avoir le sentiment que nous serions déjà arrivés, plus vite que prévu, en l’an 2127, d’un coup, comme ça, un bond d’un siècle ! Au rythme où vont les choses… c’est possible !

  Entretemps, l’investissement de Larry Ellison, le fondateur d’Oracle Corporation, dans la recherche médicale ne rapportant sans doute pas assez vite les résultats escomptés, l’homme d’affaire californien semblait s’être retiré de Calico[10] (la compagnie du nouveau Graal de la vie éternelle fondée par Google, la California Life Company) – du moins si j’en crois Aubrey de Grey, le gourou junkie de la gérontologie[11], lequel n’hésite par contre pas, lui, à proclamer que les humains qui vivront mille ans sont déjà nés.
  En septembre 2008, il n’était pas question pour moi de m’intéresser au transhumanisme mais d’apprendre à gérer des bases de données ORACLE en commençant une formation chez Learning Tree. Je me demande si je n’ai pas éprouvé une secrète attirance pour cette technologie en partie à cause de son nom qui évoquait la Pythie de Delphes… Où l’on retrouve cette association de la technologie « suffisamment avancée » avec la « magie ». Cette question pourrait faire l’objet d’un autre récit… Toujours est-il que je quittais généralement Bruxelles dimanche en fin de journée rejoindre l’hôtel à Clichy, rue Villeneuve, établissement trois étoiles, pas du grand luxe, mais correct, que j’avais sélectionné pour sa proximité avec le centre de formation et la remise de prix accordée aux clients de Learning Tree. J’y passais souvent la semaine complète, la durée courante, à l’époque, d’une formation du cycle sur le SGBDR ORACLE, était de quatre ou cinq jours et il y avait cinq formations au programme. Clichy est une commune située de l’autre côté du périphérique parisien, avec son Hôtel de Ville, son église, sa place, son marché, ses quartiers résidentiels, populaires, sa zone industrielle le long des quais de la Seine, sa zone de services, ses librairies, sa bibliothèque publique. Arrivé en Gare du Nord, je rejoignais la ligne n°13 du métro et me rendais directement à la station Mairie de Clichy, d’où, en quelques minutes je me rendais à l’hôtel. Les journées étaient studieuses, les soirées souvent solitaires. Je me suis donc beaucoup promené à Clichy, parfois je « descendais » sur Paris. J’ai beaucoup lu pendant mes séjours, en particulier dans un bistroquet situé derrière l’hôtel de ville, qui avait attiré ma sympathie pour la qualité de ses andouillettes ou de ses cuisses de canard, pour son ballon de Brouilly généreusement servi et son plateau de fromages. L’établissement était tenu par un couple de Cinghalais (non, ce terme ne vous dit sans doute plus rien), je veux dire de Sri Lankais, d’origine Tamoul. Il y avait, ai-je appris, une communauté assez importante de Tamouls originaires de Ceylan (Sri Lanka) établis à Clichy. Si vous vous rappelez-bien, c’était l’époque où une guerre civile féroce, qui déchirait cet ancien paradis colonial britannique depuis vingt-cinq ans, était en train de se terminer avec l’écrasement de la rébellion des Tigres Tamouls. Je n’ai jamais pris le temps de m’informer correctement des origines du conflit, des acteurs en présence. J’ai souvenir que la minorité Tamoul était en lutte contre l’Etat dominé par la majorité bouddhiste cinghalaise. Conflit ethnique ? Religieux ? Economique ? J’ai aussi le souvenir très clair d’atrocités commises par les Tigres Tamouls, d’actes de terrorisme. J’ai connu quelques Tamouls dans ma vie, outre ce couple installé à Clichy, des collègues ou ex-collègues dans l’IT, envoyés par leurs firmes (Tata Consultancy Services, Infosys, Cognizant) depuis Bangalore ou Madras (Chennai), travailleurs high-tech venus s’installer en Europe, la plupart pour des périodes assez courtes, d’un an, d’autres y sont toujours installés, ils ont fondé famille à Bruxelles, à Paris… La majorité de ces Tamouls-là sont originaires de l’état du Tamil Nadu, un des principaux états du sud de l’Inde, pas de Ceylan (Sri Lanka). Je m’installais en début de soirée, prenait le temps de l’apéro, puis de manger, suivi du pousse-café. Des photos en noir et blanc du cinéma parisien des années ’30, ’40, décoraient les murs tapissés d’un papier peint rouge. Je finissais par reconnaître quelques-uns des habitués, des français du coin, des travailleurs. Dieu merci, aucun touriste ! Je ne me considérais pas comme touriste. Entre les plats je bouquinais. Parfois, j’emmenais avec moi quelques livres pour le voyage, mais en septembre 2008, au moment où débute ce récit, je ne devais pas avoir emporté grand-chose comme lecture depuis Bruxelles car je me suis mis assez vite à chercher une librairie dans le coin. Ce n’était pas la première fois que je m’installais à Clichy pour un stage chez Learning Tree, par contre je suis certain que je n’avais pas encore mis les pieds à la Librairie 107, située 107 boulevard Jean Jaurès.
  Un des premiers soirs de cette semaine-là je pousse la porte de la librairie et regarde les nouveautés proposées. Je décide d’emporter un livre d’un auteur que je ne connaissais pas. J’ai lu ce livre pendant la semaine de stage, je devais relire souvent plusieurs fois certains passages pour m’assurer de bien comprendre, pour m’y retrouver entre le corps du texte et les abondantes notes, des « scolies » comme l’expliquait l’auteur (« autant de petites précisions indépendantes »). C’est peut-être bien ce livre-là qui fut le déclencheur d’un changement de ma « vision du monde », jusque-là dominée par l’univers des techniques, vers une vision plus politique et plus critique. Il s’agissait d’un ouvrage du philosophe Jean-Claude Michéa, L’empire du moindre mal. Essai sur la civilisation libérale.[12]

  Il y a quelques jours j’ai acheté et lu le dernier livre de Jean-Claude Michéa, Notre ennemi, le capital. Notes sur la fin des jours tranquilles.[13] Voici ce que je notais dans un statut publié récemment sur le mur d’un réseau social bien connu :
« Une question que j’entends souvent ces temps-ci : qu’est-ce que le Peuple ? Une manière d'y répondre est peut-être de reprendre la question du Capital qui est au centre de la critique de l'économie politique. Le grand intérêt des livres de Jean-Claude Michéa que j'ai découvert en 2008 avec des titres et des lectures qui ne m'ont pas laissé indemne, comme : L'empire du moindre mal. Essai sur la civilisation libérale, L'enseignement de l'ignorance, Impasse Adam Smith ou Orwell éducateur", réside dans une écriture très fluide qui vous scotche dès les premières lignes, alliée à une méthode d'exposition rigoureuse et à une excellente documentation -- mais c'est essentiellement par ses idées qu'il me force depuis lors à reconsidérer les divisions du champ politique, clivages qui nous semblent tellement évidents que nous ne questionnons plus leur pertinence ou leur origine, entre par exemple la gauche et la droite, le libéralisme et le conservatisme, le progrès ou la tradition, le bien privé et le bien commun, le peuple et les élites etc.
  Critique de gauche, de la gauche libérale autant que de la gauche radicale lorsqu'elle fait table rase du passé, Jean-Claude Michéa est mal vu, surtout de la part de cette gauche dont il commente la généalogie faite d'abandon du socialisme au profit d'une catégorie parlementaire qui reste dans l'orbite du capitalisme. Il faudrait revisiter les mots du discours et plutôt que d'invoquer la fiction de la gauche (une catégorie parlementaire), revenir au sens du socialisme comme critique de l'économie politique. Il ne s'agit pas d'une nostalgie de retour à Marx mais d'une tentative lucide pour tenter quelque peu de se désintoxiquer d'éléments de langage envahissants. Rien de plus dangereux aujourd'hui par exemple chez certains partisans de la religion du Progrès que de prétendre qu'il faut poursuivre l'accélération, qu'il faut aller toujours de plus en plus vite et plus loin dans la destruction de tout ce qui fait lien avec le passé et que le transhumanisme fera le bonheur de l'humanité. C'est un des caractères du Capital aujourd'hui, et qui le rend semble-t-il indépassable, que de se rendre aimable même chez ceux qui rêvent de sa disparition. Mas si le peuple est du côté du réel, donc de ce qui résiste, sans surprise faudra-t-il constater par ailleurs que le peuple fera son retour sur la scène. »





J-C Michéa
(Crédit : Le Comptoir)


Christo Datso
- Journal des Métamorphoses
Laeken, 15 janvier 2017


[2] Traduit en français sous le titre Humanité 2.0. La bible du changement, M21 Editions, 2007. https://www.amazon.fr/Humanit%C3%A9-2-0-bible-du-changement/dp/2916260048/ref=asap_bc?ie=UTF8. Je dispose de l’édition originale en anglais (The Singularity is Near. When humans transcend biology, Penguin Books, 2005). Le catalogue de l’éditeur M21 qui a traduit le livre en français, propose d’autres livres sur des thèmes à la gloire du progrès et des révolutions numériques, aux nouvelles tendances du management, du marketing ou de l’intelligence collective. La traduction du livre de Kurzweil chez cet éditeur illustre bien à mon sens le phénomène de réception d’une idéologie futuriste de « libération » de l’humanité comme sous-produit du capitalisme post-moderne. Le marché des idées de l’enfumage se porte très bien, entre développement personnel, coachisme et nouveaux modèles de transformation des entreprises en tous genres, pour le plus grand « bien » des travailleurs, cela va sans dire et sans rire. 
[3] Lire à ce propos le livre passionnant de Yuval Noah Harari, Sapiens. Une brève histoire de l’humanité, Albin Michel, 2015. https://www.amazon.fr/Sapiens-Une-br%C3%A8ve-histoire-lhumanit%C3%A9/dp/2226257012
[4] Je renvoie aux analyses du philosophe Jean-Louis Vullierme dans son livre Miroir de l’Occident. Le nazisme et la civilisation occidentale, Editions du Toucan, 2014.
[5] Vernichtung. Anéantissement ou extermination. C’est à dessein que j’utilise le terme allemand. Il se trouvera, il se trouve peut-être déjà, des penseurs, des idéologues, qui pourront facilement endosser ce concept s’il est pensé comme solution au problème de la raréfaction des ressources ou comme restauration d’une Nature perdue. Le culte de Gaïa et le nazisme ? Une association scandaleuse, certes. Consulter par exemple les discussions controversées autour de la Deep Ecology et du Green Nazism. Attention, je n’adhère pas à ces positions anti-écologiques critiques. Mais il y a des liens à éclaircir qui méritent, pour le coup, toute notre attention critique. Je renvoie de manière générale à Jean-Louis Vullierme pour comprendre d’où vient « l’intelligence » du nazisme (op. cit.) et pour anticiper les lieux (du discours scientifique ou sociétal) d’où cette intelligence pourrait resurgir.
[6] La World Transhumanist Association a été fondée en 1998 par Nick Bostrom et David Pearce. Nick Bostrom est un philosophe suédois, une personnalité intellectuelle très intéressante, à mon avis situé à des années-lumière au-dessus de la vulgarisation inculte d’un Ray Kurzweil. On lui doit notamment des réflexions sur le principe anthropique, les risques existentiels auxquels l’humanité est confrontée, ou la « super-intelligence ». Voir sur ce thème son dernier livre Superintelligence. Paths, Dangers, Strategies, Oxford University Press, 2016  https://www.amazon.com/Superintelligence-Dangers-Strategies-Nick-Bostrom/dp/0198739834
[7] Le seul domaine scientifique dans lequel je puisse prétendre à une certaine « expertise », mais je l’admets, dépassée depuis longtemps, est celui des neurosciences. Voir mon résumé, biblio et biographique, incomplet à ce jour, dont j’ai entrepris la rédaction sur le blog des Métamorphoses.
[8] Arthur C. Clarke (1917-2008), un des plus grands écrivains britanniques de science-fiction, à qui on doit, sur le modèle des « Trois Lois de la Robotique » d’un autre célèbre auteur de SF, l’américain Isaac Asimov, trois « lois » du développement scientifique, dont on trouvera le résumé ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Trois_lois_de_Clarke
[9] René Descartes, Méditations métaphysiques, PUF coll. Quadrige, 1956, 2012. Voir en particulier la Méditation Seconde. De la nature de l’esprit humain et qu’il est plus aisé à connaître que le corps, § 1, 2, 3 et 4, p. 36-37.
[12] Jean-Claude Michéa, L’empire du moindre mal. Essai sur la civilisation libérale, Climats, 2007. https://www.amazon.fr/Lempire-moindre-mal-civilisation-lib%C3%A9rale/dp/2081207052
[13] Jean-Claude Michéa, Notre ennemi, le capital. Notes sur la fin des jours tranquilles, Climats, 2017. https://www.amazon.fr/Notre-ennemi-capital-Jean-Claude-Mich%C3%A9a/dp/2081395606

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